L'oeil de Téléfoot - Bastia, l'ADN corse pour se relever

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BASTIA OEIL
Par CReaFeed|Ecrit pour TF1|2017-11-17T10:04:45.765Z, mis à jour 2017-11-17T10:09:04.550Z

Reparti en N3, le Sporting Club de Bastia a misé sur une valeur sûre pour retrouver de l'allant : l'identité corse. Joueurs, supporters, entraîneur, dirigeants... Depuis la reprise, tout est fait maison. Pour pouvoir rêver à un retour dans l'élite, le plus vite possible.

14 octobre 2017. Le Sporting Club de Bastia reçoit l’AC Ajaccio à Furiani, devant plusieurs milliers de spectateurs. Les deux équipes font match nul (1-1) au terme d’une rencontre rythmée et engagée. Il y a quelques années, la scène que l’on décrit aurait pu se passer en Ligue 1 ou en Ligue 2, un soir de multiplex. Cette fois, pas de caméras, pas de zone mixte… Rien que l’anonymat (tout relatif) d’un match de National 3, le cinquième échelon du football français, celui dans lequel est tombé le Sporting, contraint d’affronter l’équipe réserve de son grand rival ajaccien.



C’est le résultat d’une succession de catastrophes survenues au printemps précédent : la descente sportive en Ligue 2, d’abord, puis la relégation administrative en National 1 prononcée par la DNCG. Et puis, le constat que le club, criblé de dettes, ne présentait pas non plus les garanties financières pour continuer à exister en tant que structure professionnelle. Nous sommes alors début août et c’est le spectre d’un dépôt de bilan qui plane sur le SCB, et avec lui la relégation en National 3 (le niveau de l’équipe réserve).

Quelques jours plus tard, les repreneurs qui devaient redresser le Sporting annoncent qu’ils jettent l’éponge. Le club est alors menacé d’un retour… en Régional 2, soit le plus bas échelon du football amateur corse ! C’est dire si Bastia revient de loin. Finalement, le 17 août 2017, alors que la saison de N3 a déjà commencé, deux entrepreneurs du cru, Claude Ferrandi et Pierre-Noël Luiggi, récupèrent les rênes du club corse. Avec l’obligation de remplir une feuille blanche en un temps record.


Des salariés "licenciés" qui continuent bénévolement

On revient de loin, sourit aujourd’hui Claude Ferrandi, le président du club. Le projet, c’était d’abord de sauver le club de la catastrophe. On a voulu sauver le numéro d’agrément FFF du club, c’est-à-dire l’institution, la marque “Sporting Club de Bastia”, son palmarès… Le club est un monument, c’est le plus grand ambassadeur de la Corse. Alors, on a voulu d’abord sauver ça, puis repartir sur des bases saines et solides. Avant de monter, évidemment, un projet de reconquête du haut niveau et d’ouverture d’un centre de formation.

Plus facile à dire qu’à faire. Pour mener à bien cette tâche titanesque, tout un club se retrousse les manches. Le duo Ferrandi-Luiggi garde certains salariés, est contraint de se séparer d’autres et s’entoure d’amoureux du club qui, depuis, ne comptent pas leurs heures. “Il n’y a que des gens passionnés autour de nous aujourd’hui, souligne le président. Beaucoup d’entre eux sont bénévoles. Le directeur de la communication, par exemple, qui occupait ce poste en Ligue 1, a décidé de poursuivre l’aventure bénévolement pour nous donner un coup de main sur la reconquête.”

Cette volonté de reconquête est accueillie avec soulagement sur l’île. “C’est un peu la planche de salut à laquelle on ne s’attendait plus, sourit Jean-Paul Cappuri, chef des sports à Corse-Matin et suiveur du SCB depuis 1979. L’été a été très compliqué pour le club et, à l’allure où ça allait, on voyait très bien le club disparaître complètement. Et puis, il y a eu ces repreneurs qui ont été accueillis comme des sauveurs. Ici, le Sporting est une institution. S’il disparaissait, c’était un pan entier du patrimoine corse qui disparaissait avec.”


Le "fait maison" pour repartir de l'avant

Pour préserver le patrimoine corse, la nouvelle équipe dirigeante du Sporting a justement fait le choix de s’appuyer sur ce qu’il y restait de plus fort : l’identité d’un club fermement attaché à son territoire. “On est dans une région particulière, où l’identité a toujours une très forte place, justifie le président Ferrandi. On ne fera rien sans cet ADN.” Premier choix fort, la nomination de Stéphane Rossi comme entraîneur. Couronné de succès avec son club précédent, le CA Bastia, l’homme est un technicien reconnu et du cru. Son arrivée fait l’unanimité.

Même chose du côté des joueurs. Quelques “gros” poissons signent, comme Gilles Cioni, resté fidèle malgré la relégation, ou Gary Coulibaly, formé au club et passé ensuite par Monaco, Istres ou Laval. A leurs côtés, le club fait confiance à de jeunes joueurs locaux et monte, en quelques jours, un effectif à la hauteur de la cinquième division qui l’attend. “Quand on est arrivés, il ne restait que quatre joueurs, des jeunes de l’équipe réserve, rappelle Claude Ferrandi. Il a fallu construire ça vite et bien.”


BASTIA

Crédit Photo : SC BASTIA CORSICA


4500 abonnés en National 3 !

L’objectif est limpide : s’appuyer sur l’ADN corse pour se relever. “Les nouveaux dirigeants ont bien compris que c’est à travers l’identité que Bastia retrouvera sa place dans le football, affirme Jean-Paul Cappuri. La volonté est de s’appuyer sur des valeurs ancestrales du football corse : la vaillance, la générosité et une capacité à fédérer autour de ça. Même les joueurs arrivés de l’extérieur adhèrent ici à ces valeurs, les adoptent et tout cela donne un élan collectif qui fait la singularité de ce club.

Le président ne dit pas autre chose : “C’est un état d’esprit qui nous anime. On a des valeurs, ici, qui sont importantes et qu’on s’efforce de faire partager. Au sein de l’équipe, ça donne une force assez conséquente. Un esprit conquérant, en somme.” A terme, l’équipe dirigeante veut s’appuyer sur les talents locaux en priorité, à commencer par les plus jeunes : “Nous voulons, au travers de notre centre de formation, aider la jeunesse corse à s’émanciper via les métiers du sport.

Pour l’instant, la greffe a pris. En quelques jours à peine, la campagne d’abonnement a convaincu plusieurs milliers de supporters. Ils sont aujourd’hui 4500 à avoir pris leur carte pour vivre une saison en National 3 ! Le projet des socios, lui, a convaincu 4000 personnes de payer 50 euros pour contribuer à la remontée du Sporting. “Cet appui du public est indispensable, salue Claude Ferrandi. Le club n’appartient pas à quelques personnes qui se sont lancées dans la reprise de celui-ci mais il appartient au peuple bastiais.


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Crédit Photo : SC BASTIA CORSICA


Un peuple dont la ferveur a surpris jusqu’à Jean-Claude Cappuri, qui connaît pourtant le club de fond en comble : “Au départ, on était partis pour traiter le Sporting comme les cinq autres clubs corses de National 3, avec un compte-rendu hebdomadaire et une petite présentation d’avant-match. Et puis, quand on a vu, semaine après semaine, l’engouement populaire, on a été obligés de s’adapter. On fait un effort particulier sur le SCB, on assiste aux conférences de presse, on y consacre des reportages réguliers, ce qui n’est pas fréquent en cinquième division. Le SCB a aussi, de son côté, une volonté de conserver une certaine dimension malgré la descente.

Sorte d’ovni du football amateur, Bastia veut donc capitaliser sur son aura pour retrouver au plus vite le niveau qui fut le sien. “Nous aimerions retrouver le niveau professionnel d’ici trois ou quatre ans, clame Claude Ferrandi, construire un centre de formation sur la plaine de Borgo, créer une société commerciale pour soutenir l’association…” Avec l’objectif de redevenir le Sporting, sans les travers du passé. “On veut montrer qu’on sait jouer au foot et de bonne manière, conclut Ferrandi. Le SCB veut se montrer à la hauteur de ce qu’il est, à la hauteur des valeurs qui sont les siennes.” Des valeurs qui sont, décidément, la pierre angulaire de ce projet