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Oeil Téléfoot   Clermont Foot
Par CReaFeed|Ecrit pour TF1|2017-06-07T08:52:42.455Z, mis à jour 2017-06-07T08:52:44.983Z

Premier club à nommer une femme entraîneur dans le football professionnel français en 2014, Clermont a pris l'habitude d'étonner et d'innover. Sous la houlette de son président Claude Michy, le club auvergnat continue de progresser tout en cassant les barrières. A l'écouter, ce n'est pas fini.

A Clermont, quand on parle ballon, c'est souvent pour évoquer sa version ovale. Dans la ville auvergnate, le sport-roi est bien le rugby, et le club chéri l'ASM. Cette saison, en Ligue 2, le club de foot local n'a réuni que 3.280 spectateurs en moyenne sur les 10.500 que peut accueillir le stade. Soit la dix-septième affluence de Ligue 2, seulement devant Bourg-en-Bresse et les deux clubs d'Ajaccio. Dans un contexte peu favorable, le Clermont Foot 63 tente de trouver sa place avec créativité. 

La tâche revient d'abord à un homme : Claude Michy, président et propriétaire du club depuis 2005. Douze ans qui lui ont permis de constater l'ampleur de la mission : "Ici, on est dans un environnement où la culture, c'est l'ASM en rugby et l'OM en foot, explique-t-il. On n'est pas leader, loin de là. Nous, notre identité, elle n'est pas très affirmée, pas très connue. Ajoutez à cela qu'on a un des plus petits budgets de Ligue 2… On est obligés de faire intelligent et malin." 

Son action à la tête du club, de fait, est "intelligente et maline". Pérennisé en Ligue 2, parfois passé à deux doigts de la Ligue 1, le Clermont Foot 63 s'est aussi fait connaître à plusieurs reprises en faisant tomber des barrières. En 2012, par exemple, lorsqu'il a choisi de confier les rênes de son équipe première à Régis Brouard, un entraîneur qui n'avait jamais officié au niveau professionnel. C'était l'époque de son épopée en Coupe de France avec Quevilly qui l'a fait connaître du grand public… et des dirigeants auvergnats.

Une femme pour entraîner les pros

Rebelote en 2014, après le départ de Brouard. Claude Michy annonce la nomination d'Helena Costa à la tête de l'équipe. Une femme pour entraîner des pros : c'est une déflagration dans le monde du football. Le club auvergnat fait l'objet d'un article dans le New York Times, le quotidien américain qui tire encore à 1,5 million d'exemplaires. Deuxième femme à être nommée sur un banc professionnel (après Carolina Morace, en 1999, avec l'AS Viterbese en Serie C1), la Portugaise finit pourtant par renoncer à son poste quelques semaines avant le début de la saison. Mais, là encore, le Clermont Foot surprend et décide de nommer une nouvelle femme en tant qu'entraîneur : Corinne Diacre. L'ancienne internationale A venait tout juste d'obtenir son DEPF, le sésame d'entraîneur pro, une première pour une femme en France.

Helena Costa et Claude Michy

Trois ans plus tard, le pari semble avoir payé. Clermont est toujours en Ligue 2, et a obtenu aisément son maintien à trois reprises (12e, puis 7e, puis 12e). Il a même joué la montée dans l'élite en 2015-2016. Surtout, Corinne Diacre s'est imposée et sa légitimité ne fait plus l'objet d'aucune discussion. "Elle fait du super boulot, avec de l'autorité et de la personnalité, salue Philippe Dard, cofondateur du site MaLigue2.fr et observateur assidu du championnat. Elle a une vraie rigueur de travail, une vraie exigence qui se ressent aussi sur le terrain." 

Mêmes éloges dans la bouche de son président, Claude Michy. "Elle a montré ses qualités, y compris dans les moments délicats qu'on a traversés, nous confie-t-il. Pourtant, elle a eu un traitement particulier, avec des médias qui titraient ‘Corinne Diacre a perdu' à chacune de ses défaites. Mais c'est quelqu'un qui travaille énormément. Elle est très consciencieuse, ça fait sa force aujourd'hui et celle du club." 

"L'idée n'est pas de faire le buzz mais d'être innovant"

Les critiques initiales, qui accusaient le Clermont Foot de vouloir faire le buzz avec la nomination inédite d'une femme au poste d'entraîneur, ont été éradiquées. En revanche, il n'est pas interdit de penser que les dirigeants clermontois trouvent une forme de plaisir et de singularité à casser certains codes du monde du football. "Tout cela doit beaucoup au président Claude Michy, analyse Philipe Dard. C'est un type qui est très ouvert à la nouveauté. Sur la nomination de Costa puis de Diacre, l'idée n'est pas de faire le buzz mais plutôt d'être innovant. Il faut dire qu'ici, ils n'ont pas vraiment le choix. S'ils veulent exister face au rugby, ils sont obligés de faire parler d'eux de manière un peu différente." Faire le buzz, Claude Michy avait cependant réussi à le faire après la Coupe du monde 2010, en émettant l'idée d'attaquer en justice les grévistes de Knysna pour faire jouer leur responsabilité délictuelle dans la dégradation de l'image du football.

[Helena Costa, The Only One]
 

Lorsqu'on lui soumet cette analyse, Claude Michy reconnaît qu'il est pour beaucoup dans les différents caps pris par le club. "Moi, je suis propriétaire du club, je n'ai pas d'actionnaire, rappelle-t-il. Sur la notion de décision, c'est beaucoup plus simple : il n'y a pas de réunion (rires). L'autre point, c'est que je n'ai pas de connaissance footballistique et que je ne suis pas passionné de foot. Je n'ai pas peur de tenter des choses, de faire des choix que d'autres n'auraient pas faits." La vraie passion de Claude Michy, c'est le sport automobile. Il est encore aujourd'hui le promoteur du Grand Prix de France en moto.

Un centre de formation commun avec le rugby

Ses choix de joueurs déroutent aussi. "Quand Famara Diedhiou arrive de Sochaux, par exemple, il est en échec, il n'a joué qu'en National… illustre Philippe Dard. Finalement, il explose à Clermont et finit meilleur buteur de Ligue 2. Cette année encore, leur meilleur buteur, Rémy Dugimont, a 30 ans. Ils sont allés le chercher en National. Ils n'hésitent pas à tenter des paris, ils suivent encore des joueurs du monde amateur pour cet été… C'est leur mode de fonctionnement." 

Ce fonctionnement fondé en grande partie sur l'innovation ne semble pas près de s'arrêter. "Aujourd'hui, cette philosophie a infusé dans tout le club", salue Philippe Dard. Claude Michy confirme et cite en exemple son dernier bébé, l'ouverture d'un centre de formation commun, cet été, avec l'ASM. Des bâtiments dernier cri où seront regroupés footballeurs et rugbymen en herbe.

"L'ASM avait un centre mais voulait des structures plus importantes. On a construit, ensemble, un bâtiment de 3.000 mètres carrés, où on partagera des vestiaires, des salles de réunion, des lieux de soins et de remise en forme… On a trouvé un moyen de vivre ensemble. Je crois que ça n'existe nulle part ailleurs." Effectivement, c'est une première… Signé Clermont Foot 63.

[La Minute belge Belge : Corinne Diacre]