L'Oeil de Téléfoot - La diaspora havraise, voilà la vraie fierté du HAC

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Oeil de Téléfoot   Le Havre
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2018-04-19T10:02:28.742Z, mis à jour 2018-04-19T10:04:18.927Z

Pogba à Manchester, Diarra au PSG, Mandanda à l'OM... Ils sont nombreux, les joueurs formés au Havre, à briller dans les meilleurs clubs français et étrangers. Les résultats de sa formation représentent pour le HAC un réel motif de fierté, qui valide une politique sportive ambitieuse, mise en place depuis plusieurs générations. Elle a permis au présumé plus vieux club de France de ne jamais quitter le professionnalisme.

Réputé doyen des clubs français, fondé en 1894, le Havre Athletic Club a une armoire à trophées bien maigre, tout juste garnie d'une Coupe de France glanée en 1959. Pourtant, le club normand n'a rien d'une institution surannée ou désuète. Il y a, bien sûr, ses cinq titres de champion de deuxième division, dont le dernier acquis en 2008, l'installation au Stade Océane en 2012, le rachat par l'entrepreneur américain Vincent Volpe…

Mais une des principales réussites du HAC, c'est la qualité de sa formation, validée par des résultats visibles ces quinze dernières années. Une étude réalisée en 2014 par l'Observatoire du football du CIES montrait que Le Havre était, après River Plate et l'Ajax Amsterdam, le club hors "big 5" - premières divisions française, anglaise, espagnole, italienne et allemande - à avoir formé le plus de joueurs professionnels évoluant dans ce fameux "big 5".

Sous couvert d'anonymat, un agent de joueurs habitué à collaborer avec le HAC témoigne : "Le Havre, en formation, c'est une institution. Depuis que j'ai commencé dans ce métier, c'est un club qui a toujours été respecté en la matière. Il y a au HAC un vrai savoir-faire sur la question." Avec de jolies réussites en stock : les internationaux français Steve Mandanda, Benjamin Mendy, Paul Pogba, Lassana Diarra sont par exemple tous passées par la Cavée verte, du nom du stade où évoluent les équipes de jeunes du club.

Avec Sochaux et Auxerre, un club précurseur

Jean-Pierre Louvel a été un des acteurs majeurs de cet accent mis sur la formation. Joueur dès 1962, éducateur de jeunes en 1975, entraîneur de l'équipe réserve en 1982, directeur du centre de formation de 1985 à 1997 puis président de 2000 à 2015… Autant dire que, sur la question, il était difficile de trouver meilleur interlocuteur. "Nous avons été parmi les premiers à mettre autant d'efforts sur la formation, se souvient-il. Mais chez nous, c'était évident. Nous étions des gens du cru et nous avions la conviction que, pour monter un grand club en France, il fallait passer par la formation."

"A partir de là, c'est devenu quelque chose d'ancré dans l'ADN du club, poursuit Jean-Pierre Louvel. Et quelque chose pour lequel nous étions connus. Avec Auxerre et Sochaux, nous avons fait office d'inspirateurs pour la formation française. L'année de la remontée en Ligue 1, en 2008, plus de 70% de l'effectif était formé au club. Depuis, beaucoup d'autres clubs sont arrivés ou revenus à la jeunesse, c'est une très bonne chose." Signe de la bonne santé de la formation havraise, les jeunes pousses du club trustent régulièrement les premières places des championnats de France en U17 et U19, et son équipe réserve évolue en National 2.

Au rang des fiertés, figure aussi l'excellence du HAC en matière de formations de gardiens de but. Petite énumération de glorieux anciens portiers : Nicolas Douchez, au club de 1999 à 2003, passé par Rennes et le PSG ensuite, convoqué à deux reprises en équipe de France ; Idriss Kameni, recruté à 15 ans au Cameroun, devenu champion olympique et champion d'Afrique avec sa sélection ; Steve Mandanda, qui, après 8 ans au HAC, a connu l'OM et l'équipe de France ; sans oublier Brice Samba, Johnny Placide, Zacharie Boucher…

L'importance de la filière parisienne

Une autre caractéristique de la formation havraise, c'est son implantation parisienne. Le club haut-normand a toujours bénéficié d'une belle implantation dans la capitale et les départements alentours. C'est comme ça que Paul Pogba, par exemple, a pu être repéré et raflé chez les moins de quinze ans de l'US Torcy, au nez et à la barbe du Paris Saint-Germain. Finalement, le HAC n'a pas pu jouir très longtemps des talents, devenu un des joueurs les plus chers de l'histoire du football, puisque Manchester United l'a attiré dans ses filets deux ans plus tard, à seulement seize ans.

Des coups comme Pogba, le HAC en a fait un certain nombre. La réussite d'une cellule de recrutement jugée à l'époque parmi les meilleures de France. "Il fallait bien sûr beaucoup de doigté pour convaincre les familles de venir chez nous, explique Jean-Pierre Louvel, l'ancien président. Nous n'avions pas les moyens de mettre de l'argent pour attirer des jeunes joueurs. Il fallait être plus rapide et malin. La base, c'était d'être présent partout, pour voir avant les autres. Ensuite, il fallait être persuasif, sur nos valeurs et la qualité de nos infrastructures. Enfin, les jeunes savaient qu'au HAC, ils avaient une grande chance de jouer en équipe première car c'était la politique du club."

La proximité avec Paris a pu également constituer un atout. "Cela a servi notre projet de formation, c'est certain, assume celui qui a présidé ensuite l'UCPF, le syndicat des clubs professionnels. Le vivier parisien était très important et, à l'époque, aucun club n'avait la main dessus. Le PSG n'était pas très formateur, il l'est devenu depuis. Venir au Havre permettait donc aux jeunes de se retrouver chez eux assez souvent, de limiter le déracinement. Ce qui nous aidait à les attirer mais aussi à leur garantir, ensuite, un certain équilibre familial et personnel."

L'ère américaine et son lot d'inquiétudes

Conséquence partielle de ce recours au vivier francilien, les équipes du HAC étaient constituées de joueurs souvent en avance morphologique, en tout cas dont les qualités de puissance et de vitesse sautaient généralement aux yeux. "Le Havre aimait les profils qui avaient une certaine maturité physique, témoigne notre agent de joueurs. Ils estimaient qu'ils auraient tout le temps pour façonner, ensuite, leur potentiel technique et tactique."

Ce que nuance Jean-Pierre Louvel : "C'est vrai que, pendant un certain temps, nous avions l'image d'un club qui formait des joueurs puissants, forts athlétiquement, se souvient le président. Mais c'était une identité de l'extérieur. A l'intérieur du club, nous voulions des joueurs complets, qui avaient une certaine discipline. Et puis nous avions notre patte, avec un gros travail fait sur l'éducation civique, le respect des arbitres, la tolérance… Aujourd'hui, ce côté humain et éducatif à la formation est partagé dans tous les clubs, et encouragé par la FFF. A l'époque, ce n'était pas quelque chose de commun."

Aujourd'hui, le HAC peut s'enorgueillir de ces générations glorieuses couvées au centre de formation. Et demain ? Passé sous pavillon américain, le club a changé les têtes de sa formation. L'année prochaine, c'est François Rodrigues, actuellement au PSG, qui devrait prendre la responsabilité technique de son centre. Reste à savoir avec quels moyens et quels objectifs. "Si on en croit les propos de M. Volpe, la formation est toujours une priorité, déclare son prédécesseur. Mais on voit plus les jeunes sous l'angle financier que sportif, à présent. J'ai l'impression qu'on pense que, par la formation, on va obtenir des sources de financement pour acheter d'autres joueurs et former une équipe."

Dernier exemple en date : Rafik Guitane, un jeune espoir du HAC considéré comme un des plus grands talents français de sa génération, s'est engagé cet hiver en faveur de Rennes. Si le club breton l'a laissé finir la saison en prêt au Havre, voir un gamin de dix-huit ans quitter son club formateur après seulement quelques mois passés au niveau professionnel n'a pas plu à tout le monde. "Je pensais que l'arrivée d'un investisseur permettrait justement de garder un peu plus longtemps ce type de joueurs", dit avec regret Jean-Pierre Louvel. Demain, Guitane poursuivra peut-être sa carrière au très haut-niveau international. Il rejoindrait alors la prestigieuse constellation des anciens du Havre.