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L'oeil de Téléfoot - Le FCSM, plus qu'un club pour sa ville

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FC SOCHAUX OEIL DE TELEFOOT
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2018-02-22T13:29:19.740Z, mis à jour 2018-02-22T14:07:41.473Z

Fini, le temps de Peugeot et du patronage. Pourtant, le FC Sochaux-Montbéliard est toujours un acteur à part entière d'un territoire dont il est un emblème. Dans le Doubs, le club de football est un peu plus qu'un club de football. C'est un repère, un lieu de retrouvailles et, encore après toutes ces années, un motif d'espoir pour la suite.

C'est probablement l'affiche la plus alléchante de la saison du FC Sochaux-Montbéliard. Depuis que le tirage au sort de la Coupe de France a promis au club doubiste un huitième de finale face au grand Paris Saint-Germain, l'effusion va crescendo dans la région. Le mercredi 31 janvier, l'ouverture de la billetterie pour les abonnés a occasionné des embouteillages et de longues files d'attente au stade Bonal, l'antre de l'équipe sochalienne.

Le signe que, même en Ligue 2, même dans une période compliquée de son histoire – aucune saison finie au-dessus de la 10e place depuis le retour en deuxième division en 2014 -, le FCSM reste un véritable poumon du pays montbéliard. "Je suis très attachée au club comme tous les Montbéliardais, explique par exemple la maire de la commune, Marie-Noëlle Biguinet. C'est un club qui fait résolument partie de notre identité."

Cet emblème dépasse les frontières de la région. "C'est certain que, quand on dit Montbéliard, les gens pensent immédiatement à Peugeot et au FCSM, reconnaît l'édile de Montbéliard et ses 28.000 habitants. Souvent, on nous dit se souvenir de tel joueur, de tel match… C'est vraiment quelque chose qui fait le rayonnement de notre territoire." Président du Supporter Club depuis près de vingt ans, Jean-François Bonnet embraye : "Le FCSM sert de porte-drapeau à la région, c'est incontestable. Quand on pense à Sochaux, on pense tout de suite à son club de football."

Une histoire prestigieuse longue de 90 ans

Il faut dire que le FC Sochaux-Montbéliard a marqué l'histoire du football français. Sa naissance en 1928 est liée à la réussite du groupe Peugeot, bien installé dans la région. "Quand les automobiles Peugeot se sont développées au début du XXe siècle, les patrons de l'entreprise ont souhaité, dans un grand mouvement de paternalisme positif, proposer des activités d'occupation à leurs salariés, raconte la maire de Montbéliard. Le football en faisait évidemment partie." Naît ainsi le FC Sochaux, qui fusionnera rapidement avec l'écurie voisine de Montbéliard.

Le club revendique dès ses prémices son attachement au "spectacle". C'est en ce sens que le FCSM va recruter un certain nombre de stars françaises et étrangères puis participer à la création du premier championnat de France professionnel en 1932. Il gagnera la compétition en 1935 et 1938. D'autres heures de gloire suivront, comme la demi-finale de Coupe UEFA en 1981 ou l'ère dorée sous Guy Lacombe au début des années 2000, marquée par l'éclosion de joueurs formés au club, comme Pierre-Alain Frau et Benoît Pedretti.

"C'est un club qui a une histoire longue de quatre-vingts dix ans, ce qui en fait un des plus anciens clubs professionnels français, raconte avec fierté la maire de Montbéliard. Nous en sommes particulièrement fiers." Témoin privilégié de cette histoire, Jean-François Bonnet en est même un symbole. Agé de 70 ans, cet ancien cadre de Peugeot, aujourd'hui retraité, a "commencé à supporter le club vers 1965… Ça remonte ! Je suis venu au football parce que, dans ma promotion d'étudiants, il y avait des jeunes qui sont devenus ensuite professionnels au FCSM. J'ai ensuite travaillé chez Peugeot et je n'ai jamais lâché le club."

"Une affection qui se passe de génération en génération"

Cette histoire ouvrière, elle fait partie de l'ADN du club jusqu'à aujourd'hui. "Les valeurs du club découlent de son histoire, résume joliment Jean-François Bonnet. La principale valeur à mes yeux, c'est la simplicité. On est un club ouvrier. Les jeunes du centre de formation reçoivent une éducation humaine, sans artifices, qui se transmet de génération en génération. A l'époque, le club était un vrai lien social pour le territoire. Quand les salariés avaient fini leur semaine de boulot, ils se divertissaient avec le football, ils rencontraient des gens, ils avaient du spectacle… Ce rôle existe moins aujourd'hui mais il est resté dans l'identité du club."

C'est cet ADN si particulier qui justifie la place prépondérante du club de football au cœur de son territoire. D'abord sur le plan sentimental, bien sûr. "On a des supporters très attachés à leur club, décrit Madame le Maire. Il y a vraiment une affection forte pour le club, qui se passe de génération en génération." Le président du Supporter Club raconte qu'il y a "énormément de jeunes" dans leurs rangs aujourd'hui. "Ils ont envie de revoir le club au plus haut niveau, explique-t-il. La passion pour le club est héréditaire, elle se transmet de père en fils, voire de grand-père en petit-fils."

Mais cette place proéminente du club dans son territoire se comprend aussi sur le plan économique. "Le FCSM participe à l'attractivité du territoire, reconnaît Marie-Noëlle Biguinet. Il y a bien sûr les salariés du club qui vivent dans le territoire, y consomment, mettent leurs enfants à l'école… Mais chaque match fait venir aussi des milliers de personnes en ville. Et puis, il y a la logistique dans et autour du stade : la sécurité, la restauration, la communication… Tout cela représente une activité importante pour l'agglomération."

Sur le plan politique, le FCSM est aussi un enjeu important pour les pouvoirs publics. La communauté d'agglomération PMA y injecte par exemple des sommes importantes pour être présente sur le maillot de l'équipe professionnelle et dans les panneaux publicitaires autour du terrain. "Les collectivités sont là pour participer financièrement à la pérennité du club, indique la maire de Montbéliard, également vice-présidente de l'agglomération. A la commune, nous avons une loge au stade à l'année, nous prenons des espaces publicitaires… Chacun joue son rôle pour aider à faire vivre le club mais aussi son stade."

Un pavillon chinois qui inquiète pour l'avenir

Enfin, le club joue un rôle d'animation sociale du territoire. "Il y a des initiatives avec les enfants et les jeunes qui sont organisées, précise Marie-Noëlle Biguinet. Des matches sont organisés dans différents quartiers, le club tient un stand au marché de Noël, les revenus de certaines rencontres sont donnés à la Ligue contre le Cancer… A la fois dans le monde sportif et dans le monde social, il y a des relations fortes entre le club et son environnement." Et l'élue de raconter les "vives discussions sur le marché de Noël au sujet du FCSM, avec les jeunes et les moins jeunes qui échangent des souvenirs de matches, qui racontent des anecdotes sur le club…"

Cet hiver, les discussions n'étaient pas toujours aussi légères. Car le club traverse une tempête, deux ans après le rachat du club par le groupe chinois Ledus. "Le fait que PSA se soit séparé du FCSM a beaucoup marqué les supporters, mais aussi le personnel ouvrier", note Jean-François Bonnet. Depuis, le club cumule les difficultés, financières et sportives. Et reste sous le coup d'une relégation administrative décidée par la DNCG, le gendarme financier du football français. "Je ne vois pas l'avenir de façon très optimiste, reconnaît Marie-Noëlle Biguinet. On n'a aucune visibilité. Il y a une absence de communication claire sur le devenir du club et le positionnement des dirigeants."

Cette inquiétude est partagée par les supporters, comme l'explique Jean-François Bonnet. "C'est un vrai sujet de conversation dans la région, assure-t-il. On est très inquiets pour l'avenir du FCSM. On n'a jamais connu un tel flou, on n'est informés de rien… On veut absolument que le club reste dans le football professionnel et garde son côté populaire et attractif. Tout ça, on le dit mais on n'a pas franchement l'impression que notre parole est entendue." Alors, justement parce que "le FCSM n'est pas qu'un club de football", les pouvoirs publics assument s'en mêler.

"Le club est une entreprise privée qui se gère comme elle l'entend, c'est vrai, nuance d'abord la maire. Mais les collectivités ont évidemment un rôle à jouer. On a un pouvoir d'influence dont il faut user, surtout aujourd'hui. Prochainement, le président de l'agglomération et les parlementaires du territoire vont par exemple rencontrer le cabinet de la ministre des Sports, pour voir ce qu'elle pourrait faire sur la question." Si l'élue ne se mouille pas sur les solutions à trouver, elle assume avoir une forte envie de revoir le FCSM en Ligue 1. "On rêve tous de cela, ici", sourit-elle. Décidément le club d'une région toute entière.