L'oeil de Telefoot.fr - Comment la Coupe de France "m’a tuer"

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Nouvelle notoriété, revenus exponentiels… Un beau parcours en Coupe de France entraîne souvent un changement de dimension pour les clubs amateurs. Ne pas savoir gérer ce tournant, c’est bien souvent s’effondrer.

C’est la face cachée de la magie de la Coupe de France. Plutôt celle qu’on découvre quelques semaines ou mois plus tard, loin de l’euphorie des exploits qui s’enchaînent. A chaque tour franchi, l’argent s'amasse. Souvent négligeables pour les clubs professionnels, ces sommes permettent aux amateurs de doubler, voire de tripler leur budget. Au point de se constituer des trésors de guerre. Entre les primes versées aux joueurs et au staff, les dépenses démesurées pour assouvir de nouvelles ambitions ou la mauvaise utilisation du pactole sous influence de gens mal intentionnés, la chute guette après l’exposition-éclair.

L’AS Moulins est l’un des derniers “Petit Poucet” a en avoir fait l’expérience. En 2014, alors en CFA (4e division), le club auvergnat avait réussi à se hisser en quarts de finale de la compétition, après avoir notamment éliminé Toulouse, club de Ligue 1, en seizièmes de finale. “Pourtant j’avais prévenu, rappelle Hervé Loubat entraîneur à l’époque. J’avais dit : ‘Attention à ne pas faire comme tous ces clubs qui avaient connu des épopées et s’étaient écroulés financièrement’. Mais en tant que salarié, je devais aussi rester à ma place et je n’avais pas de leçon à donner.”


La gestion précaire du club savoyard, d’abord interdit de monter en CFA en 2011, a conduit à une liquidation en 2015. C’est l’un des revers de la Coupe chez les amateurs. Le train de vie change. On dépense sans trop faire attention. De toute façon, se dit-on, les sponsors vont suivre, les subventions forcément augmenter… Ou pas. “Il y a beaucoup d’euphorie après un parcours en Coupe de France, assure David Chambert, président du Chambéry Savoie Football, né sur les cendres du SOC. Les clubs amateurs ont dû mal à pérenniser ça. C’est peut-être dû à l’appel des sirènes, je ne sais pas… C’est un énorme gâchis.”

“On n’est pas préparé à cela, pas assez épaulé…”

Le nouveau club de Chambéry a été recréé en avril 2015, sur des bases saines. Les équipes séniors ont pu repartir, mais deux échelons plus bas qu’avant le dépôt de bilan. Le budget est, lui, de 250.000 euros. A l’époque de l’effondrement du SOC, David Chambert n’était que bénévole. Il trouve des circonstances atténuantes à ses prédécesseurs. “Il s’est dit un peu tout et n’importe quoi, rappelle-t-il. C’est vrai qu’il y avait des sollicitations qui arrivaient d’un peu tous les côtés. Il faut être bien entouré, s’appuyer sur des gens compétents. Quand on est simple bénévole ou amateur, ce n’est pas simple, la gestion d’un club. On n’est pas préparé à cela, pas assez épaulé.

A Carquefou, Michel Auray a vu l’environnement autour de son club changer. Carquefou, c’est la sensation de 2008 : les petits amateurs de CFA 2 (5e division) ont éliminé l’Olympique de Marseille et ont attendu le Paris-SG en quarts de finale pour craquer. L’USJA a même fini par accéder au championnat de National en 2012. “C’est compliqué, l’après Coupe de France, assure l’ancien président. Plus on monte, plus il faut de finances, plus on est pollué par les agents. Dès la CFA, tous ces charognards étaient là. On est tombé dans tout ce qu’on pouvait vomir. Après, ce n’était plus marrant. On fait ça par passion en tant que bénévole. Et c’est pollué par des gens sans foi ni loi.” Nouveau statut, nouvelle notoriété, nouveaux moyens financiers, nouvelles galères. Quand le Petit Poucet est encouragé à devenir Grand, le conte devient souvent cruel pour les personnages fragiles.

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