L'oeil de Téléfoot - Deux identités, un seul club : l'innovante équation de Quevilly-Rouen

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Quevilly Rouen   Oeil de Téléfoot
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-11-02T09:18:51.856Z, mis à jour 2017-11-02T09:18:52.881Z

Comment faire de deux clubs anciennement voisins, voire rivaux, une seule entité ? C'est la question à laquelle doit répondre Quevilly-Rouen depuis 2015. Le club essaie de se construire un ADN commun en associant les deux populations, leur histoire et leur singularité. Le tout au profit d'une grande ambition sportive pour le foot normand.

Un club issu d'un rapprochement entre Quevilly et Rouen qui reçoit Nancy au Mans : géographiquement, c'est un peu compliqué mais c'est bien le pitch d'un match de Ligue 2 qui s'est déroulé le vendredi 15 septembre dernier. Pour la petite histoire, QRM (pour "Quevilly Rouen Métropole") a gagné 2-0, obtenant sa première victoire de la saison. Mais il n'y avait pas grand monde pour célébrer l'événement dans la Sarthe. Sur les 20 000 places que compte la MMArena, à peine plus de 600 sièges étaient pourvus. Trop peu pour un match de Ligue 2.

A sa décharge, ce club hybride formé en 2015 entre l'US Quevilly et le FC Rouen se cherche encore. Cela fait tout juste deux ans qu'il existe en tant que tel, et il dispute sa première saison au niveau professionnel. La conclusion d'un mariage de raison entre deux entités qui n'avaient pas forcément vocation à s'unir. Michel Mallet, président de QRM issu des rangs de l'USQ, explique la genèse du projet : "C'est très simple. On avait un club qui progressait sportivement mais qui ne pouvait pas retrouver le National ou la L2 avec ses infrastructures (NDLR : l'USQ). A côté, on avait un club bien doté mais moins bien loti sportivement (Rouen). Alors, on a voulu mutualiser nos moyens pour ramener le foot pro dans le département." Sur le plan géographique, le rapprochement a du sens : seul un bras de Seine sépare Rouen des deux communes le Petit Quevilly et le Grand Quevilly.

Le tout poussé par les pouvoirs publics, à commencer par la métropole rouennaise, relayés par les partenaires privés. Une seule équipe fanion, c'était le moyen d'éviter la dispersion des subventions et de concentrer l'effort sur une entité unique. L'équipe première de l'USQ est alors en CFA et vient de manquer d'un cheveu la montée en National. Le FC Rouen sort, lui, d'une saison de Division d'Honneur achevée à la 3e place. Sous l'impulsion des deux présidents, l'équipe première de l'USQ prend alors le nom de Quevilly-Rouen Métropole à l'aube de la saison 2015-2016.

Une montée fulgurante et l'attente d'un élan populaire

Et là, tout s'enchaîne. Dès la première année, le nouveau-né gagne le championnat de CFA et monte en National. L'année suivante, QRM monte en Ligue 2. "Sportivement, la réussite est quasiment insolente, affirme Victorien Lenud, journaliste en charge du suivi de QRM à Paris-Normandie. Au départ, ils voulaient monter en Ligue 2 dans les cinq ans. Ils ont réussi dans les deux ans." Le président Mallet ne se désole pas, loin de là : "Je ne vais pas vous surprendre : le bilan sportif montre qu'on a réussi sur ce plan-là de notre projet."SUPPORTER QUEVILLY

L'homme fort de QRM reconnaît un regret. "Sur l'adhésion populaire, on n'a pas encore réussi à associer tout le monde à notre démarche." L'année dernière, si le dernier match pour la montée a attiré 7000 personnes, l'affluence tournait le plus souvent autour de la barre de 1500 fidèles. "Il y a peu de soutien populaire", résume Victorien Lenud. Et le journaliste d'avancer une hypothèse : "Peut-être que le club a grandi trop vite sportivement. Ni le stade, ni les structures n'étaient prêtes pour qu'il y ait un véritable élan." On soumet l'idée au président : "Il y a un soutien, avec par exemple un kop qui s'est créé (les Irrésistibles normands, ndlr) mais il aurait peut-être été plus fort si on était montés en quatre ou cinq ans au lieu de deux, c'est vrai…"

Les supporters de Rouen "boudent" QRM

Difficile de croire, néanmoins, que tout cela n'est qu'une question de durée. Il y a quelque chose de complexe dans le rapprochement entre l'USQ et le FCR. D'abord parce qu'il s'agit de la création d'une équipe première et d'un nom communs, mais pas de la fusion de deux clubs. Si l'on excepte le groupe professionnel, les deux entités existent encore indépendamment. Avec quelques curiosités : le FC Rouen a encore une équipe première, en National 3, dans la même poule que… la réserve de QRM. Sans compter les problèmes plus épineux, comme celui du stade.

Celui-ci était un des moteurs principaux du rapprochement : permettre au nouveau-né d'occuper le stade Robert-Diochon et ses 12.000 places assises. L'enceinte a même été entièrement mise aux normes professionnelles cet été, et le club y disputera ses matches de Ligue 2 à compter d'octobre. Sauf que cela s'est fait au détriment du FC Rouen, dont les équipes de jeunes ont déjà été délogées et qui pourrait voir ses matches de National 3 également exilés. Les supporters du club rouennais, déjà largement hostiles au rapprochement de 2015, ont du mal à l'accepter.

"Les supporters historiques de Rouen boudent ce projet-là, éclaire Victorien Lenud. Pour eux, QRM, ça reste l'US Quevilly. Ils ont le sentiment que QRM a complètement mis de côté le FC Rouen et va les priver de ‘leur' stade Robert-Diochon." "J'aurais pensé avoir une adhésion beaucoup plus large des supporters rouennais, regrette le président, Michel Mallet. Là-dessus, on est un peu sur notre faim. Il y a un petit noyau dur qui voit l'arrivée de Quevilly d'un oeil négatif. Mais notre projet n'est pas d'avantager tel ou tel club, c'est bien de mettre en avant les deux entités et les deux histoires."

Objectif : se construire une identité partagée

Le tout en construisant un ADN commun ; pas une mission simple pour un club si jeune. Victorien Lenud résume : "C'est un club qui se cherche une identité. C'est un cas à part dans le football français." Pour trouver, Michel Mallet se penche d'abord sur l'histoire. "Quand on se déplace, on se rend compte que les gens savent placer Quevilly et Rouen sur la carte du football français : Quevilly pour ses parcours récents en Coupe de France (NDLR, finale en 2012), Rouen pour ses années en première division (la dernière en 1984-1985). L'idée, c'est donc de capitaliser sur cet héritage." Le tout pour faire un club normand d'excellence, aux côtés du Havre ou de Caen. "L'identité de ce club, c'est l'identité locale, détaille le président de QRM. La Côte d'Azur est bien fournie en clubs pros, pourquoi pas la Normandie ?"

Les objectifs sont ambitieux : "la pérennisation en Ligue 2", "la construction d'un vrai centre de formation"... Et, à terme, la fusion totale entre le FCR et l'USQ. "J'y suis favorable, sans ambages", assume Mallet. Mais difficile de l'imaginer pour l'instant. Cette saison encore, les derbies USQ-FCR en National 3 "vont être bouillants, tant la rivalité est terrible", avance Victorien Lenud. Pourtant, les deux clubs peuvent être complémentaires : Rouen apporterait une équipe féminine en D2, une structure et une histoire imposantes et des équipes de jeunes performantes.

Exemple cité par le président Michel Mallet : l'an dernier, dans le groupe Nord du championnat national U19, les trois relégués se nommaient l'US Quevilly, le FC Rouen et… Bois-Guillaume, autre commune limitrophe. "Voilà pourquoi on agit en ce sens. On peut travailler chacun dans son coin mais nous serions condamnés à faire l'ascenseur en permanence, se désole le président. Ce que l'on veut, c'est avancer ensemble pour construire un beau club professionnel." Difficile, diront les uns ? "A l'impossible nul n'est tenu, répond Mallet. Je crois à ce projet et je le défendrai bec et ongles." Ce n'est pas franchement ce qu'on appelle une réponse de Normand.