L'oeil de Téléfoot - Comment l'AJA prend le temps d'écrire une nouvelle page de son histoire

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Oeil de Téléfoot   AJ AUXERRE
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-11-03T09:49:59.569Z, mis à jour 2017-11-03T09:50:00.734Z

Plus de dix ans après le départ de Guy Roux, l'AJ Auxerre n'est pas encore redevenue la place forte qu'elle était. Pour cela, le nouveau propriétaire chinois du club, James Zhou, a misé sur une méthode simple : attirer des professionnels reconnus et leur laisser le temps de la reconstruction. Explications avec Cédric Daury, nommé directeur sportif de l'AJA cet été.

Il y avait urgence à Auxerre. Depuis plusieurs années, le football français voyait une de ses places fortes, l'AJA, sombrer en Ligue 2, frôler même à deux reprises la relégation en National (en 2014 et en 2017). Mais le club a entamé cet été l'écriture d'un nouveau chapitre de son histoire : nouveau propriétaire, nouveau projet, nouvelles ambitions et… nouvelles têtes. Cette mixture devra permettre à l'AJA de retrouver son lustre d'antan, plus de vingt ans après son mémorable doublé Coupe-Championnat en 1996.

C'est en tout cas ce qu'espère James Zhou, patron de l'entreprise ORG Packaging et propriétaire du club depuis le mois d'octobre dernier. "Il faut faire remonter Auxerre, comme dans sa belle et longue histoire, assurait-il début septembre dans France Football. L'AJA a quand même été championne de France… Je suis là pour l'aider à monter d'un cran. Mon ambition sûre et certaine, c'est de disputer la Ligue des champions." A l'heure où les projets d'investisseurs pullulent dans le foot français, à Paris, Monaco, Marseille ou Lille, la déclaration est audacieuse.

Pour que cela ne reste pas un vœu pieux, l'entrepreneur chinois a répété un leitmotiv : l'AJA ne précipitera pas sa progression et prendra le temps qu'il faudra. "A l'heure actuelle, le plus important, c'est de faire les choses de manière concrète et avec beaucoup de patience", explique-t-il. D'où une attention particulière portée au choix des hommes. Depuis le départ de l'emblématique Guy Roux, en 2005, le club s'est enlisé dans une instabilité chronique : pas moins de huit entraîneurs de juin 2005 à juin 2017, dont les éphémères Laurent Fournier, Jean-Guy Wallemme ou Viorel Moldovan (parti avec pertes et fracas au bout de quatre mois en octobre 2016).

Des nominations en série en mai : Graille, Gillot, Janot…

Cette fois-ci, les décideurs bourguignons se sont passé un maître-mot : la stabilité. L'idée est simple : faire confiance à des hommes compétents, ayant fait leurs preuves ailleurs, afin de pouvoir bâtir des fondations pérennes. Arrivé en octobre 2016 en tant qu'entraîneur, Cédric Daury a par exemple été nommé directeur sportif. "Le club a besoin de se relancer, explique-t-il. Et pour reprendre une croissance, il fallait de la stabilité, financière mais aussi humaine. C'était la première étape du projet."

Les nominations se sont enchaînées. Le 17 mai, le conseil d'administration fait de Francis Graille le nouveau président, des années après avoir été celui de Lille et du PSG. Le 1er juin, Francis Gillot, passé par Lens, Sochaux ou Bordeaux, débarque en tant qu'entraîneur. Le 2 juin, le retour de Bernard David est annoncé en tant que directeur du centre de formation, un poste qu'il avait occupé entre 2002 et 2011, avant d'être chargé de la même mission à Saint-Etienne. Enfin, le 7 juin, Jérémie Janot rejoint le staff de l'équipe professionnelle en tant qu'entraîneur des gardiens, fort de ses quelque 400 matches professionnels au compteur.

A chaque fois, un même constat : Auxerre fait confiance à des hommes d'expérience, dont les compétences ne sont pas à prouver. "On a un staff de très haut-niveau, confirme Cédric Daury. On a fait le choix de l'expérience. Il était important que le projet s'enrichisse de moyens humains différents. Chacun apporte son vécu, son ressenti. A nous, maintenant, de construire une histoire commune." Pour cela, le club a souhaité donner toute leur place à quelques glorieux anciens. Tout juste retiré des terrains, Lionel Mathis est par exemple devenu entraîneur-adjoint de l'équipe réserve.

Guy Roux consulté

Guy Roux, légende de l'AJA, est quant à lui entré dans le conseil d'administration. "J'ai été beau-coup écarté par les présidents successifs, exprimait-il dans les médias du club en juillet dernier. Cette fois, j'ai été associé, on a eu le temps de connaître ORG. Monsieur Zhou est un chef d'entreprise de dimension internationale, on a de la chance d'être tombé sur une bonne entreprise chinoise. Ils ont eu le fair-play de mettre directement un président français. Comme le club avait très mal travaillé les années précédentes, il faut refaire un effectif et son amalgame."

Une mission difficile, comme le reconnaissait alors le sage Guy Roux : "Il y a une grande inconnue, malgré des efforts formidables." Et il ne croyait pas si bien dire. Cette saison, l'AJA l'a démarrée de la plus mauvaise des manières, en enchaînant quatre défaites lors des cinq premières journées. Le tout couronné d'une ambiance délétère, avec un Gillot refusant par exemple de se présenter à une conférence de presse post-match alors que des rumeurs l'annonçaient déjà sur le départ… "Monsieur Zhou est très déçu, évidemment, convenait d'ailleurs Francis Graille dans L'Yonne Républicaine fin août. La patience a des limites donc il va falloir rapidement qu'on lui redonne…"

"Redevenir un grand club"

Cédric Daury, s'il s'avoue aussi déçu, tente une explication : "On a reconstruit ce groupe en pro-fondeur, avec 14 joueurs recrutés, 11 qui viennent du centre de formation… Il faut le temps que ça se mette en route. Avec autant de changement, il y a forcément de l'irrégularité." Alors, pour être sûr que la courbe finisse par rester ascendante, l'AJA mise sur d'autres leviers que le simple investissement sur l'équipe première et le recrutement. "Il faut respecter les temps de passage, affirme-t-il. Il y a des étapes indispensables pour redevenir un grand club."

Pêle-mêle, le directeur sportif icaunais cite la "reconstruction de la méthode de recrutement, la refonte de la cellule de scouts, la mise en place de réunions techniques pour définir une identité de jeu commune dès le centre de formation"… Et puis, de façon plus transversale, la "réaffirmation des valeurs fortes de l'AJA" : "Nous sommes une belle et grande structure, historique, avec des notions de travail et de formation qui sont fondamentales ici. On veut aussi s'ouvrir sur l'international, très modestement."

Pour tout cela, Auxerre a des moyens. Le club se déplace en avion ou en train quand d'autres voyagent en bus en L2, l'équipe première a fait deux stages de préparation estivale, un luxe à ce niveau. Le centre d'entraînement devrait être amélioré… Avec, dixit Daury, "une ambition à moyen-terme : retrouver la Ligue 1 et emmener le club le plus loin possible." Il y a vingt ans, l'AJA était en quart de finale de la Ligue des champions. Mais vingt ans plus tôt, il évoluait en Ligue 2. La patience fait partie de son histoire.