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L'oeil de Téléfoot - L'OM s'est promis de donner des Minots à son équipe pro

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Le minot de l'OM, Maxime Lopez
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-04-27T12:00:19.772Z, mis à jour 2017-04-27T12:00:19.772Z

L'Olympique de Marseille a décidé d'ouvrir un ambitieux chantier dans un domaine où il faillit depuis des décennies, la formation. Voici comment l'OM de McCourt s'y prend pour séduire les Minots de talent, très nombreux en Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

À Marseille, tout est désormais histoire de labels anglophones. Depuis son rachat par l'homme d'affaires américain Franck McCourt à l'automne 2016, le club phocéen a mis en place deux projets pour retrouver les sommets : le fameux "OM Champions Project" et son petit frère. Un peu plus méconnu, le "Next Generation Champion" vise à replacer l'OM dans un domaine où il a longtemps failli : la formation. La bataille sera longue mais Marseille a entrepris de la mener. 

"Les jeunes doivent savoir que la formation est une priorité pour nous, expliquait le nouveau président, Jacques-Henri Eyraud, dans L'Equipe en février. Le staff pro y passe beaucoup de temps. On ne voyait pas ça, avant à l'OM." L'arrivée d'Andoni Zubizarreta au poste de directeur sportif s'inscrit dans cette stratégie. L'Espagnol a occupé la même fonction dans un temple de la formation, le FC Barcelone, entre 2010 et 2015. Cet investissement dans l'avenir rappelle celui formulé par Nasser Al-Khelaïfi lors du rachat du PSG par QSI : "Faire du PSG un club fort, ce n'est pas seulement acheter des joueurs, c'est aussi s'appuyer sur le centre de formation, trouver le nouveau Messi."

"Ces garçons revenaient souvent avec la tête à l'envers"

Pour l'instant, l'OM ne s'est pas affiché comme en quête du nouveau Messi. Mais il a encore de la marge, à l'heure où il peine à faire éclore le nouveau Nasri. Car le constat est implacable : année après année, les joueurs qui sortent du centre de formation olympien n'arrivent pas à faire leur trou en équipe première. Il faut fouiner dans les archives pour trouver, çà et là, quelques pépites émergées de la Commanderie. André Ayew et Mathieu Flamini en sont les principales derrière Nasri.

Samir Nasri avec le maillot de l'OM

Longtemps, faute de temps, de compétence ou d'attention, l'OM n'a entretenu que des liens peu étroits avec son centre de formation. C'est une anomalie tant le vivier est pléthorique. Avec les agglomérations parisienne et lyonnaise, la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur est le plus grand bassin de footballeurs en France. Les clubs hexagonaux et étrangers y envoient régulièrement des observateurs, conscients de la qualité du vivier local. Mais, contrairement à l'OL en Rhône-Alpes, l'OM est loin d'être maître en PACA. Zinédine Zidane, Éric Cantona, Jean Tigana, ou plus récemment André-Pierre Gignac ont tous grandi à Marseille ou dans les villes voisines… sans jamais passer par le centre de formation de l'OM.

Ces dernières années encore, les meilleurs jeunes de l'agglomération passaient souvent de leurs clubs formateurs – Air Bel, Burel ou encore Martigues – à des écuries comme Monaco, Nice ou Montpellier. La faute à une relation compliquée entre le club-phare de la région et ses voisins amateurs. "Avant, c'était "nous, on est l'OM, vous, on s'en fout", dénonce Christophe Poujol, secrétaire général du CA Plan-de-Cuques. S'ils voyaient deux petits intéressants, ils les convoquaient avec un courrier et on n'avait rien à dire. Et puis, c'était fait de manière tellement aléatoire… Ils nous prenaient des jeunes assez tôt, dès 7 ou 8 ans. Et ces garçons revenaient souvent avec la tête à l'envers."

"Ils nous ont présenté un projet très solide et très précis. On s'est senti écoutés et entendus"

Même discours du côté de Serge Obré, responsable de l'école de football du club de Burel. "On a toujours eu des relations très frileuses avec l'OM, en mode 'je t'aime, moi non plus', détaille-t-il. Et je me fais là-dessus le porte-parole de tous les clubs de la région. Ils ont toujours eu des attitudes un peu cavalières avec nous, en appelant directement les parents pour nous chiper des enfants de 8 ou 9 ans… Tout ça pour être champion de Provence en poussins ou benjamins. On leur en a toujours voulu pour cela. Et, à côté, on avait des meilleures relations avec d'autres clubs comme Monaco, Lyon, Nice… Qui, eux, acceptaient de nous les laisser jusqu'à 14 ou 15 ans."

Pour pallier ce handicap et panser les plaies ouvertes avec le temps, l'OM s'est donné les moyens de séduire rapidement ces nouveaux partenaires. Une quinzaine de clubs amateurs du département s'est vue soumettre un partenariat sportif et économique. À ses "petits frères", le club olympien a proposé une dotation de 5 000 euros, la prise en charge des coûts de formation des éducateurs et une coopération poussée. En échange, l'OM aura une forme de priorité sur les meilleurs joueurs de la région, qu'elle s'engage à laisser dans leurs clubs avant 14 ans.

Zubizarreta, le nouvel homme fort

Cet accord gagnant-gagnant, l'OM s'est démené pour le faire accepter. "On a été pris au sérieux, se réjouit Christophe Poujol. Notre comité directeur a été reçu par le président Eyraud et par Zubizarreta en personne, avec le directeur du centre de formation et le président de l'association." Là encore, Serge Obré (Burel FC) embraye : "Aucun président n'est allé aussi loin qu'Eyraud avec nous. Ils ont délégué un référent qui est venu nous démarcher, ils nous ont invités, ils nous ont présenté un projet très solide et très précis. On s'est senti écoutés et entendus."

"Quand on fait signer nos gamins ailleurs, c'est par dépit"

À les entendre, les clubs du coin n'attendaient que ça. "Ici, on est tous supporters de Marseille de père en fils, affirme avec fierté l'éducateur de Burel. Pour nous, l'OM est une institution, le club d'une ville et d'une région. Quand on fait signer nos gamins ailleurs, c'est par dépit. Ce que j'ai ressenti quand Maxime Lopez (formé au FC Burel, ndlr) a foulé la pelouse du Vélodrome lors du Clasico, je ne l'ai ressenti pour aucun autre de mes anciens joueurs devenus pros ailleurs. Là, j'ai vraiment eu des frissons."

[Ligue 1 : Lopez, le minot du Vélodrome ]


En plus de cette priorité donnée à l'ancrage local, l'OM a également investi sur un recrutement national. Dans les semaines qui ont suivi l'arrivée des nouveaux propriétaires, deux milieux de terrains défensifs ont été recrutés en provenance de région parisienne : Brahima Doukansy (17 ans), qui évoluait en division départementale au FC Solitaires, dans le 19e arrondissement de la capitale, et Ilan Yapi Yapo (16 ans), qui portait les couleurs d'Aubervilliers.

Rachid Aloui, l'éducateur du premier nommé, raconte sa signature : "C'est un gamin atypique, qui avait arrêté le football pendant deux ans en U17, qui avait repris avec moi cette saison au niveau District… Malgré cela, l'OM lui a donné sa chance et a cru en lui. Avant cela, j'avais appelé toute la France, et personne n'en voulait. Je pense que c'est aussi une des forces du nouvel OM, qui n'a pas peur de tenter des coups."

"Ce sont des professionnels et des passionnés"

Ancien recruteur pour Valenciennes et Arles-Avignon, l'homme a aussi apprécié le professionnalisme olympien. "Dans les autres clubs, tu es reçu par le directeur du centre et un recruteur, en général. Là, on a été accueillis par le président et le directeur sportif en personne, se souvient-il. Ils ont pris le temps de nous expliquer leur projet, et on sentait qu'ils y croyaient vraiment. Ce sont des professionnels et des passionnés."

C'est un autre chantier que veut développer l'Olympique de Marseille version McCourt : son attractivité. "Ils ont longtemps cru que le simple fait d'être l'OM suffirait à attirer les meilleurs joueurs", tacle Christophe Poujol. A ce sujet, Serge Obré a, lui, une anecdote passionnante, qu'il assure avoir raconté "en aparté à M. Eyraud, le soir de l'invitation, sur un de (ses) jeunes qui est accro à l'OM, qui connaît la Commanderie par cœur…" "Mais ce jeune, prévient-il, l'ASSE veut absolument le recruter."

"Alors, la semaine dernière, lui et sa famille ont été invités à Saint-Etienne, détaille-t-il. Dominique Rocheteau lui a fait visiter les installations. Puis le président Romeyer est arrivé et lui a dit 'Tiens, j'ai un cadeau pour toi' : c'était un maillot à son nom ! Et le soir, le club a invité la famille en loges pour assister à la victoire 3-0 contre l'OL. À la même période, le papa du petit avait rendez-vous avec l'OM. Le formateur qui devait le voir l'a fait attendre 45 minutes avant de l'accueillir." Moralité, selon l'éducateur : "Si vous n'êtes pas charmeurs, vous pourrez faire tous les partenariats du monde, vous ne signerez personne. Et je l'ai dit au président, qui m'a dit qu'ils allaient travailler là-dessus."

Mais le recrutement - même bien mené - ne suffira pas à amener les équipes de jeunes de l'OM au plus haut niveau. Le club phocéen a d'importants progrès à faire en termes de formation, comme en témoignent les résultats obtenus ces dernières années. Au palmarès de la très prisée Coupe Gambardella (la Coupe de France des moins de 19 ans), Marseille n'a plus inscrit son nom depuis 1979, alors que Monaco, Nice ou Montpellier l'ont tous remportée depuis 2009. Cette saison encore, l'OM ne brille pas en équipes de jeunes : son équipe réserve se bat pour son maintien en CFA (la 4e division nationale), tandis que les U17 et les U19 végètent en milieu de tableau du championnat national. Pire : les U15 et les U17 du club sont classés derrière… le SC Air Bel, un club amateur de la ville !

D'autres Maxime Lopez

Il faudra du travail pour que, dans l'ordre, les meilleurs jeunes de la région signent à l'OM, y progressent, y restent et y éclosent en équipe première. Encore ces derniers temps, le club phocéen a éprouvé toutes les peines du monde à conserver ses quelques pépites. Bilal Boutobba, un talentueux milieu offensif de 18 ans qu'adorait Bielsa, est parti au FC Séville avant même son premier contrat pro à l'OM, comme Flamini avec Arsenal en son temps. En ce moment, l'OM négocie avec Boubacar Kamara, un jeune défenseur déjà utilisé en pro par Rudi Garcia, pour lui faire signer son premier contrat professionnel.

Alors, il y a bien l'étincelle Maxime Lopez. Minot par excellence, formé à Burel puis à l'OM, et désormais chouchou du Vélodrome à même pas 20 ans. Tous rêvent, en leur for intérieur, que le gamin de Marseille ouvre la voie. "Pour que, demain, les jeunes prometteurs choisissent l'OM, il faudra qu'il y ait d'autres Maxime Lopez, qu'ils voient des aînés émerger en équipe première, confirme Christophe Poujol. L'attraction du maillot blanc, ça n'a pas d'égal. Quand vous donnez à un petit une convocation pour aller à l'OM, il a les yeux qui brillent."Maxime Lopez Minot

Le représentant du club de Plan-de-Cuques demande, en revanche, du temps. "J'ai senti une volonté de prendre la bonne direction. Mais si ça se fait, si Lopez n'est pas juste un élément isolé, ça ne se verra pas l'année prochaine, prévient-il. Il faudra attendre cinq, dix ou quinze ans." A Burel, Serge Obré a envie d'y croire : "Quand je vois le vivier qu'on a et ce que font le Barça en Espagne ou Nice en France… C'est tout le mal que je souhaite à l'OM."