Dans l'actualité récente

L'oeil de Téléfoot : Montpellier, la vie après Loulou

Voir le site Téléfoot

LoulouOeil
Par CReaFeed|Ecrit pour TF1|2018-01-16T16:40:50.353Z, mis à jour 2018-01-16T17:03:12.961Z

Après la perte de son mythique président, le Montpellier HSC maintient le cap et l'identité fixés par Louis Nicollin. Si chacun, au club, regrette la vision et les coups d’éclat de « Loulou », la structure du club, elle, avait déjà préparé l'avenir. Elle peut le regarder sereinement.


Un seul être vous manque… Et quel être ! Avec la perte de Louis Nicollin en juin dernier, le Montpellier Hérault Sport Club a perdu plus qu’un président. Il a perdu celui qui l’a racheté au milieu des années 1970, lorsqu’il végétait en division d’honneur, pour en faire un des meilleurs clubs français, champion de France en 2012. Son repère, son emblème aussi, lui, la figure charismatique connue de tout le football français.

Autant dire que l’annonce de son décès, à l’âge de 74 ans, a constitué une onde de choc pour le club et ses supporters. « C’est lui qui a tout bâti en partant de rien, souligne Davy Goumel, journaliste à Midi-Libre, spécialiste du MHSC. On ne se rend pas bien compte, à mon avis, de ce qu’a fait Montpellier en quarante petites années : avec trois cacahuètes, le club a gagné un championnat de France, une coupe de France, disputé un quart de finale de Coupe d’Europe… C’est énorme. »

Sept mois plus tard, la mémoire de « Loulou » est d’ailleurs omniprésente dans la vie du club. Début janvier, à l’heure d’aborder coup sur coup un 32e de finale de Coupe de France et un quart de finale de Coupe de la Ligue, les différents protagonistes du MHSC ne manquaient pas d’évoquer le nom de leur regretté président. « Cette saison, ils ont tous envie de faire un gros coup en Coupe, décrypte Davy Goumel. Parce que la Coupe de France, ça a toujours été une compétition très particulière pour Loulou. Il a toujours dit qu’il avait préféré la Coupe de France en 1990 au titre en 2012. C’est pour ça que Michel Der Zakarian n’a jamais fait tourner en Coupe cette saison. »


« Quand il est parti, tout le monde s’est posé des questions »



L’héritage de Louis Nicollin, ce sont aussi des valeurs. Dans L’Equipe, en décembre dernier, Michel Der Zakarian parlait par exemple d’un « monsieur très généreux, très entier, qui avait un profond respect pour les gens qui travaillent dur. » Et l’entraîneur héraultais de prendre en exemple l’histoire personnelle de l’entrepreneur, dont le groupe éponyme est spécialisé dans la collecte et le traitement de déchets (300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel) : « Ramasser les poubelles, ce n’est pas facile non plus. Et il a travaillé très dur pour construire son entreprise et son club. Ces valeurs-là me parlent beaucoup. »

Sylvain, capo du groupe de supporters Butte Paillade, embraye : « L’héritage qu’il nous lègue, c’est le club en lui-même. Sans lui, le club n’aurait jamais existé. Il nous laisse aussi une mentalité, celle d’un club très familial. Ce n’est pas un club qui va changer pour devenir comme Paris ou Monaco. » Davy Goumel confirme la force du sillon tracé par l’emblématique dirigeant : « Ici, tout le monde s’accorde à dire que le nom de Nicollin doit rester lié au club. Il serait même envisagé que ce soit la fille de Loulou, mordue de football, qui reprenne le club après Laurent (le fils, ndlr). Quoiqu’il arrive, le MHSC restera une grande famille. »

Avec la perte d’une telle figure, l’avenir n’a pas tout de suite été facile à envisager pour le club. « Loulou, c’était le club, il était plus connu que nos entraîneurs et nos joueurs, rappelle Sylvain, supporter historique du club. Quand il est parti, tout le monde s’est posé des questions. Et puis on a vu les hommages, on a réalisé la ferveur qui existait autour de lui. Et ça a donné un coup de boost à tout le monde, y compris à son fils. » Car c’est à lui, Laurent Nicollin, 44 ans, qu’est revenue la charge de commander le bateau MHSC. Cette succession n‘est pas tombée de nulle part. Loulou avait nommé son fils en tant que président délégué dès 2002 et lui a confié de plus en plus de pouvoirs au fil des années.

« Louis s’était déjà mis en retrait depuis quelques années, rappelle Davy Goumel. Il donnait son aval sur les grandes décisions mais ce n’est pas lui qui gérait les affaires courantes. Concrètement, ça n’a pas changé grand-chose au fonctionnement quotidien du club. Laurent était déjà aux manettes, notamment sur les questions de recrutement. » Sylvain, le bouillant capo de Butte Paillade, confirme : « L’équipe actuelle, elle a été construite à 100% par Laurent et la cellule de recrutement sur laquelle il avait la main. Cette équipe, c’est déjà la sienne. »



Laurent Nicollin, le même ADN mais un style opposé



A la reprise en juillet, Michel Der Zakarian, l’entraîneur de l’équipe professionnelle, évoquait aussi un Loulou « qui était plus en retrait ces derniers temps » : « Même si sa disparition est malheureuse, le club est assez bien structuré et Laurent a les épaules assez larges pour guider le bateau. » C’est justement l’atout principal du club pailladin : tout avait été préparé, ces dernières années, pour qu’il apprenne à vivre sans Loulou. « C’est un club très professionnel, qui s’est beaucoup structuré depuis la remontée en Ligue 1 en 2009, analyse Davy Goumel. Aujourd’hui, le centre d’entraînement est flambant neuf et le club progresse dans tous les domaines. »



Nicollin


Avec la disparition de son père, Laurent Nicollin a vu aussi ses responsabilités croître. Charge à lui, à présent, de fixer un cap et un style. Avec son caractère, bien éloigné de celui de Loulou. « Laurent est différent, moins impulsif, plus calme, que ce soit avec les salariés ou les joueurs », analysait par exemple Michel Der Zakarian. Davy Goumel enchaîne : « Aujourd’hui, Laurent doit faire les choix seuls, il est en première ligne. C’est quelqu’un de très introverti, voire timide, mais il a ses convictions. Il est très ambitieux pour son club, parfois plus que son père. »



La Coupe de France comme ambition, pour Loulou



Par exemple, le nouvel homme fort du MHSC ne ferme pas la porte à l’ouverture du capital du club ou à la construction d’un nouveau stade, en partenariat avec la municipalité. « C’est lui qui porte le projet et qui l’a mis sur les rails, raconte Davy Goumel. La Mosson, aujourd’hui, est un stade désuet, hors-normes et mal placé. » Même Sylvain l’ultra concède, du bout des lèvres, que le club « doit se mettre à la page et rattraper ses vingt ans de retard » là-dessus : « Ça nous ferait chier de quitter la Paillade, mais s’il le faut pour passer un cap, grandir et attirer des joueurs et des spectateurs… »



Sportivement, le choix de Michel Der Zakarian, porte pour l’instant ses fruits. Le club est encore en lice dans les deux coupes nationales et occupe une flatteuse huitième place en Ligue 1. Le symbole de ces deux béquilles montpelliéraines. D’un côté, l’histoire et la tradition, avec cette Coupe de France qui « plaisait tant à Loulou » (dixit Sylvain) et ce coach qui est un ancien de la maison, comme tout le monde (ou presque) à Montpellier. Fana de combativité, amoureux de la formation, gagneur hors-normes, bref, un vrai Pailladin comme Louis les aimait. Et puis, de l’autre, il y a la modernité et l’envie de grandir. Sylvain, pourtant pas un perdreau de l’année, conclut ainsi, plein d’ambition : « Ce qu’on aimerait, c’est s’installer dans le top 10 de Ligue 1 et jouer une Coupe d’Europe tous les deux ans. » Même après sa disparition, cela resterait l’œuvre de Louis Nicollin.