L'oeil de Téléfoot - Le nouveau LOSC a tout pour réussir : il avait les fondations, il ne lui manquait que l'ambition

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LOSC   Gérard Lopez   Oeil Téléfoot
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-05-17T12:34:47.326Z, mis à jour 2017-05-18T10:48:57.375Z

Racheté en janvier par l'homme d'affaires Gérard Lopez, le LOSC peut rêver à un futur plus faste. Avec Marcelo Bielsa aux commandes, le club nordiste va pouvoir s'appuyer sur ce qui fait déjà sa force : son public, son centre de formation et son stade flambant neuf.

Lille a rejoint le club des "rachetés". Après le PSG, pionnier du genre, en 2011, puis Monaco et ses investisseurs russes, Marseille et son propriétaire américain, Nice et ses actionnaires chinois et américains ou encore Lyon et son fonds chinois, voici le LOSC et son nouvel homme d'affaires, Gérard Lopez. Le club nordiste a changé de propriétaire en janvier dernier, après une bonne quinzaine d'années passées dans le giron de Michel Seydoux. L'objectif du nouveau propriétaire hispano-luxembourgeois : faire passer au LOSC, comme aux clubs précédemment achetés, une nouvelle étape dans sa progression.

Lille n'était pourtant pas le choix premier de Gérard Lopez, ancien patron de l'écurie de Formule 1 Lotus. Il avait d'abord jeté son dévolu sur l'Olympique de Marseille, dans une offensive publique et médiatisée. Il s'était finalement vu griller la politesse par Franck McCourt, un investisseur américain. Lopez avait fini par viser le LOSC. Des bords de la Méditerranée à la frontière belge, l'écart est grand mais le passage de l'un à l'autre a une certaine logique.

"Lille a un potentiel important, explique Luc Dayan, actionnaire puis président du LOSC entre 1999 et 2004. C'est une marque du football français, avec un capital sportif déjà important, un bassin de populations et d'entreprises dynamique… Si j'avais dû conseiller un investisseur, je lui aurais probablement dit de s'intéresser à Lille. C'est l'intuition que j'avais il y a quinze ans et qui a été confirmée au cours du cycle de Michel Seydoux." De fait, Lille est la 4e plus grande agglomération du pays, avec plus d'un million d'habitants. Seules figurent devant elle les agglomérations de Paris, Lyon et Marseille. Dans l'ordre, les trois autres clubs étant "pris", investir sur le LOSC a donc du sens.

Le troisième club français sur les six dernières années

Sportivement, les nouveaux dirigeants nordistes ne partent pas d'une feuille blanche. Bien au contraire. Le LOSC est l'un des trois derniers champions de France, avant les quatre sacres du PSG et celui de Montpellier en 2012. Mieux : sur les six dernières années, Lille est le troisième club français. Il a toujours fini dans le top 8 entre 2011 et 2016, avec deux pics sur le podium en 2012 et 2014. Autre indicateur de bonne santé sportive : depuis 2009, Lille a participé à six reprises aux compétitions européennes. 

"Aujourd'hui, tout le monde trouve normal que Lille soit en Ligue 1, alors qu'il était redescendu en D2 jusqu'à l'an 2000, rappelle Luc Dayan, qui a repris le club à ce moment-là. Le capital de marque et la légitimité de ce club sont importants. Le LOSC a une place importante sur la carte du football français." Et une place, semble-t-il, pérenne : les Dogues ont fait de leur centre de formation de Luchin une des références françaises en la matière.

Eden Hazard

Depuis le retour du club en L1, ils sont nombreux à avoir appris le métier au domaine de Luchin avant de briller au plus haut niveau : Yohan Cabaye, Mathieu Debuchy, Lucas Digne puis Eden Hazard, devenu un emblème de la formation du LOSC. Sans compter ceux qui en sont partis prématurément, comme Franck Ribéry (qui y a fait toute sa préformation) ou Nabil Bentaleb. "Lille a compris depuis longtemps ce que tout le monde fait aujourd'hui, expliquait Frédéric Paquet, numéro 2 du club de 2009 à 2015, à Eurosport en mai 2016. En 2011, le LOSC a été champion de France avec 50% de joueurs formés au club."

L'un des meilleurs centres de formation de France

Cette année encore, des U15 aux U19 Nationaux, les équipes de jeunes du LOSC jouent les premiers rôles de leur championnat. Aucune d'entre elles n'est classée en dessous de la cinquième place de sa poule. Ce gage de qualité s'explique aussi par la place accordée aux anciens joueurs du club : Stéphane Dumont et Stéphane Pichot, anciens pros du LOSC, sont tous les deux entraîneurs au centre de formation. "Et encore, les jeunes Lillois ont un peu stagné ces dernières années, décrypte le recruteur d'un club voisin sous couvert d'anonymat. Ces derniers mois, ils se sont remis à bosser de façon intense sur la région parisienne et à restructurer leur recrutement. Ils vont faire mal dans les années à venir." 

L'objectif pour les jeunes Dogues sera de briller dans ce qui fait une autre des grandes forces du LOSC : son stade. Livré en 2012, le stade Pierre-Mauroy a offert un regain d'attractivité au club, fort de ses 50.000 places. Cette capacité le place au quatrième rang national, derrière le Stade de France, le Vélodrome et le Parc OL. Par son stade, le LOSC a déjà intégré le gotha français. Il possède aussi la première enceinte de football en France à pouvoir fermer son toit.

[Archive : Le premier match du LOSC au stade Pierre-Mauroy]

Malgré tous ses atouts, Lille n'a pas connu que des périodes fastes sur le plan sportif. Cette saison, il a flirté longtemps avec la zone rouge. Finalement, Franck Passi est venu à la rescousse et a hissé, fort de sept recrues (!) achetées au mercato hivernal, le LOSC de la 18e à la 11e place, obtenant un maintien tranquille à trois journées de la fin. Si Lille doit actuellement monter d'un cran, c'est dans son management sportif.

"A long terme, jouer le Top 3"

Cette donnée, Gérard Lopez semble l'avoir intégrée. Il a confié la direction générale du club à Marc Ingla, ancien vice-président du FC Barcelone (de 2003 à 2008). Il a nommé à la direction technique Luis Campos, passé par le Real Madrid et l'AS Monaco ces dernières années. Et enfin, il a annoncé l'arrivée au 1er juillet, comme entraîneur, de l'Argentin Marcelo Bielsa, technicien reconnu internationalement et passé par l'OM entre 2014 et 2015. Trois hommes qui témoignent d'une volonté d'installer de la compétence et du savoir-faire au LOSC.

[Marc Ingla : "J'ai choisi Lille parce que je suis un passionné de football"]

Puisque les structures sont saines, que le club est bien géré et que les hommes en place font office de références dans leur domaine, Lille donne l'impression de pouvoir rêver à un destin XXL, façon Monaco, en passe de signer une des meilleures saisons de son histoire. Mais attention à ne pas s'enflammer : même Gérard Lopez, volontiers sujet à l'enthousiasme, a tempéré les éventuelles ardeurs lors du rachat du club : "L'objectif est de jouer le Top 5-6 en France à moyen terme, a-t-il déclaré. Et à long-terme, c'est de jouer le Top 3… Mais il est difficile de prédire ce qui va se passer." 

Le 13 janvier, le nouvel homme fort des Dogues disait aussi ceci : "Ce n'est pas un projet de révolution mais de continuité." Ce que corrobore Luc Dayan : "Il n'y a rien de révolutionnaire dans la route tracée par les nouveaux dirigeants du LOSC. Ce n'est pas un virage mais plutôt une étape supplémentaire dans le projet conduit depuis quelques années par Michel Seydoux."

Comparable à Monaco

Sportivement, cela va se traduire, selon l'ancien président du club, par un modèle économique basé sur la vente de jeunes à fort potentiel : "Lille va essayer de former des jeunes ou d'acheter des joueurs en post-formation, pour les valoriser en équipe première assez tôt et pouvoir les vendre et dégager des plus-values. C'est ce cercle, reproduit saison après saison, qui va faire vivre le club. Le choix de Marcelo Bielsa, qui aime faire jouer et progresser les jeunes, va d'ailleurs dans ce sens." OM : Convoité en Italie, Marcelo Bielsa restera-t-il à Marseille la saison prochaine ?

Dans un document révélé par France 3 Nord-Pas-de-Calais et Médiapart fin janvier, le président du LOSC présentait comme perspectives le renforcement de la formation et le développement d'académies à l'étranger, notamment en Chine. Cette stratégie ressemble à celle mise en place par l'AS Monaco il y a quelques années.

Selon Luc Dayan, cette politique ne permettra pas au LOSC d'aller tutoyer les sommets : "Dans la configuration actuelle, ça me paraît compliqué d'aller chercher le PSG et Monaco, ex-plique-t-il. Quand la politique sportive est bonne, le modèle que vise le LOSC peut permettre, pen-dant une ou deux années, d'être compétitif avec des clubs qui sont déficitaires comme le PSG. Mais sur le long-terme, c'est impossible de rivaliser." L'idée d'y retourner, même l'espace d'un instant, reste le premier cadeau offert au LOSC et à ses supporters.