L'oeil de Téléfoot - Perdre le Racing Club de Lens, ce serait une très mauvaise nouvelle pour le foot pro français

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OEIL DE TELEFOOT   RC LENS
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-11-02T10:02:20.664Z, mis à jour 2017-11-02T10:02:26.103Z

Relégable après un début de saison catastrophique, le RC Lens craint le pire : la descente en National 1. Place forte du foot français, Lens a pourtant tous les atouts pour perdurer au niveau professionnel et pour remonter dans l'élite. Une évidence clamée bien au-delà de l'Artois.

Imaginez la scène : un vendredi soir, le Racing Club de Lens se déplace à Cholet pour le compte de la 18e journée de National, une semaine après la réception victorieuse de Concarneau. Fictif, mais pas si improbable. Englué dans les tréfonds du classement de Ligue 2 après un début de saison catastrophique, Lens vit avec le cauchemar d'une relégation au troisième échelon du football français, qu'il n'a plus côtoyé depuis 1971. Pour tenter d'enrayer ce mauvais scénario, les dirigeants ont écarté Alain Casanova, l'entraîneur, pour nommer Eric Sikora, légende locale, avant de démettre également de ses fonctions Jocelyn Blanchard, le directeur sportif, jugé responsable d'une campagne de recrutement ratée.

Le compte n'y est pas encore. Et le Racing, champion de France 1998, est beaucoup plus proche d'une descente que d'un retour au niveau de ses plus belles heures. "C'est quelque chose que je n'arrive même pas à imaginer, explique par exemple Daniel Moreira, entraîneur-adjoint et ancien joueur vedette du club. Ici, j'ai connu une finale remportée au Stade de France (la Coupe de la Ligue 1999, ndlr), la Ligue des champions, la deuxième place en championnat (en 2002)… Alors le National, non, je ne peux pas y penser."

Rédacteur en chef du site MaLigue2.fr et spécialiste du RCL, Laurent Mazure accepte lui d'imaginer - et d'analyser - le pire. "Ce serait une énorme perte pour le football français, assure-t-il, ainsi qu'une catastrophe pour la région (NDLR, Hauts-de-France), la ville de Lens, le département (Pas-de-Calais)… Demain, si Lens vient à disparaître du monde professionnel, ça aura des répercussions importantes à l'échelle locale."

Un champion de France en National 1, ça ne serait pas commun

Rien de franchement étonnant quand on regarde l'histoire et le palmarès du club artois. En plus du titre de champion et de la Coupe de la Ligue, deux participations à la Ligue des champions en 1999 et 2003 (dont une victoire mythique 1-0 à Wembley contre Arsenal en 1998), une demi-finale de Coupe de l'UEFA en 2000, une Coupe Intertoto en 2005... Sans oublier quelques noms cultes, comme ceux du président Gervais Martel (arrivé à ce poste en 1988), de Daniel Leclercq (joueur puis entraîneur), Jean-Guy Wallemme (joueur puis entraîneur), Marc-Vivien Foé, Tony Vairelles ou encore Seydou Keita.

Autant dire que la chute serait vertigineuse. Dans la France de l'après-guerre, seuls trois champions de France de Ligue 1 sont descendus plus bas que la Ligue 2 par la suite. Le Stade de Reims, champion de France à 6 reprises entre 1949 et 1962, est redescendu en Troisième division en 1991, et en Division d'Honneur l'année suivante. Revenu dans l'élite en 2012, le club rémois en a été relégué en 2016. D'autres anciens champions ont connu des périodes de vache maigre : Lille a fréquenté la troisième division en 1969 quinze ans après avoir été champion, et Strasbourg, titré en 1979, vient seulement de retrouver l'élite après de longues années qui l'ont mené jusqu'à la CFA2.

Le cas de Lens présente quelques spécificités. Il y a souvent eu, dans les cas précédemment cités, des problèmes financiers à l'origine des complications sportives. Là, malgré les difficultés liées aux transitions de plusieurs actionnariats, Lens, désormais possédé par la société luxembourgeoise Solferino, est un club qui tourne. Sa descente n'en serait que plus étonnante. "Le Racing, ce n'est pas un club comme les autres, ajoute Luc Dayan, qui a présidé le club au moment de sa vente au dirigeant azéri Hafiz Mammadov en 2012-2013. C'est un cas particulier, même exceptionnel. L'histoire, l'assise populaire, les infrastructures, les sponsors : tout est présent ici pour faire un grand club dans une région de foot."

Un public toujours présent et reconnu

Même discours chez Daniel Moreira : "Ici, on a tout pour réussir. Lens fait partie, pour moi, des dix clubs français avec le plus de potentiel." L'ancien buteur, aujourd'hui adjoint d'Eric Sikora, raconte le prestige associé au maillot : "Il y a énormément de joueurs qui rêveraient de jouer à Lens. Certains nous appellent et nous disent 'Si vous m'appelez, je viens direct'. On a encore un nom qui parle." Cette attractivité se ressent sur le plan économique. Luc Dayan a été président du RC Lens après avoir été celui du LOSC. Il compare : "A Lens, c'est beaucoup plus simple qu'à Lille et qu'ailleurs. Ici, les recettes arrivent de façon plus naturelle : les sponsors, la billetterie et tout le reste. Ça vient tout seul ici tellement le nom est fort."

Effectivement, Lens n'a pas de mal à remplir son stade. Même au cœur de la crise, ils étaient 20.000 à Bollaert pour chanter en chœur "Les Corons". "Avoir jusqu'à 40 000 personnes en Ligue 2, ce n'est pas commun, confirme Laurent Mazure. C'est un plaisir de venir jouer à Bollaert, même les joueurs et entraîneurs adverses le disent. En déplacement, ils sont toujours plusieurs centaines, voire un millier à suivre l'équipe. Peu de clubs ont une ferveur aussi grande autour d'eux, même en Ligue 1. Aujourd'hui, ce sont les supporters qui font vivre le club dans l'imaginaire collectif. Depuis dix ans, quand on parle de Lens, on parle de son ambiance et des Corons plus que de ses résultats."

"Un intérêt commun pour que Lens remonte en L1"

Qu'il y ait relégation en National 1 ou pas, Lens aura besoin de ce public pour retrouver la place qui est la sienne dans le foot français. Le club a aussi une autre corde à son arc, celle de la formation. "Il y a à Lens un vrai savoir-faire, décrypte Luc Dayan. C'était la grande faute de la direction sportive précédente, d'ailleurs, que d'avoir fait venir beaucoup de joueurs de l'étranger. Il faut s'appuyer sur les jeunes du club, être patient jusqu'à avoir une bonne génération." "Certains jeunes ont un potentiel monstre, embraye Laurent Mazure. La nomination de Sikora, qui est un enfant du cru et un ancien entraîneur de la réserve, est une très bonne chose de ce point de vue."

[L'équipe type des joueurs formés au RC Lens toujours en activité]

Daniel Moreira ne dit pas autre chose : "Les jeunes, on les connaît tous un par un, on les a en-traînés. On veut qu'ils prennent toute la place qu'ils méritent." Alors, il sera temps de reparler d'une montée et de réinstaller durablement Lens en Ligue 1. Moreira prévient, "ça prendra peut-être un peu de temps." Mais la France du football semble prête à patienter. "Lens n'a rien à faire en Ligue 2, encore moins en National 1, conclut Laurent Mazure. Il y a un intérêt commun au football français pour que Lens remonte en Ligue 1. Maintenant, il faut que les actes suivent les paroles."