L'oeil de Téléfoot : Pourquoi les épopées des Herbiers et Chambly en Coupe sont vraiment un miracle

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Coupe de France Oeil
Par CReaFeed|Ecrit pour TF1|2018-04-15T15:35:43.076Z, mis à jour 2018-04-15T15:36:02.518Z

Les Herbiers et Chambly offriront, mardi, un duel inattendu et original en demi-finale de Coupe de France. L’épopée des deux clubs n'est pas un simple concours de circonstances : c'est la récompense méritée de deux clubs travailleurs et plein de valeurs, issus du football amateur et de petites villes que rien ne prédestinait à ce parcours.

Il y aura donc un club de National en finale de Coupe de la France, six ans après l’héroïque Quevilly, alors battu par Lyon. Les Herbiers et Chambly, deux pensionnaires du troisième échelon, s’affrontent ce mardi. Exit les vingt clubs de Ligue 2 et dix-huit clubs de Ligue 1 – tous sauf Paris et Caen, qui s’affrontent dans l’autre demi-finale. Les places si prisées du dernier carré ont été raflées par deux modestes clubs. Environ deux millions d’euros de budget chacun, quinze fois moins que celui du Stade Malherbe. Inutile de comparer avec les 550 millions d’euros annuels du PSG.


Chambly et Les Herbiers, ce sont aussi deux « petits » du National. Rien à voir avec les grosses écuries de ce niveau que sont le Red Star, Grenoble ou encore Laval. A Chambly comme aux Herbiers, la découverte du monde « semi-professionnel » est récente. Le club de l’Oise a découvert le National en 2014 tandis que son homologue vendéen l’a suivi un an plus tard. Dans les deux cas, c’était une première après des années passées dans les divisions amateurs du football français. Un point commun auquel Jean-Michel Rouet, le vice-président du FC Chambly, met un petit bémol : « On vient de plus loin qu’eux, sourit-il. Le club est né en 1989 et est passé de la 6e division de District au National en vingt-cinq ans. Je me suis penché là-dessus longtemps, on est le seul club de l’histoire du football français à avoir fait  ça. »


Dans les deux cas aussi, l’histoire s’est écrite sous la forme d’une aventure humaine, forte de personnalités emblématiques. « Ce sont deux clubs qui ont un peu des histoires communes, souligne Raphaël Bonamy, journaliste à Ouest-France. Dans les deux cas, on a construit avec des hommes et une philosophie, en misant sur la continuité. » A la tête de la rédaction sportive du journal en Vendée, l’homme raconte ce club du bocage vendéen et ses figures. « Il y a bien sûr Michel Landreau, le président, en place depuis dix ans, énumère-t-il. Il gère son club à sa façon, sans fanfaronnade et avec beaucoup de sérieux. Un président normal (sourires). L’autre figure, c’est celle de l’entraîneur, Stéphane Masala. Il est passé du rôle d’adjoint à celui de numéro un mi-janvier. C’est un vrai meneur d’hommes, très pointilleux. »


Deux petites villes, deux clubs au grand coeur


Du côté de Chambly, le club doit également une bonne partie de sa croissance à des emblèmes, les frères Luzi. Le décès de leur père, Walter, fondateur du club, au moment de la qualification pour les demi-finales, a ému la France du football. Depuis de longues années, ce sont eux qui président aux destinées du FC Chambly Oise. Fulvio, le président charismatique, et Bruno, l’entraîneur taiseux, sont les totems du club, dont ils ont tous deux été joueur et entraîneur. Jean-Michel Rouet est arrivé au club il y a quatre ans, après une longue carrière de journaliste sportif. Il raconte : « Quand je me suis reconverti, c’est ce qui m’a immédiatement plu dans ce club. C’est plus qu’un club de football. On dit souvent dans le football ‘c’est un club familial’. Ici, c’est peut-être l’incarnation même du club familial. »


Un club familial à dimension humaine… comme Les Herbiers. Car il n’était pas évident qu’un club de football semi-professionnel émerge dans ces territoires. « Quel que soit le vainqueur, ça serait une première, affirme Jean-Michel Rouet. Les petits poucets, d’habitude, ce sont des grandes villes, comme Calais, Amiens ou NîmesLà, ce sera une histoire très particulière. Il y a 15.000 habitants chez eux, 10.000 chez nous. On n’était pas programmés pour être là. » Conséquence, les deux clubs n’ont ni les stades de Grenoble ou Laval ni le soutien populaire de Boulogne-sur-Mer ou Rodez. 


En championnat, une lutte partagée pour le maintien


« Les installations ne sont pas au club, elles appartiennent à la ville, rappelle Raphaël Bonamy sur le cas des Herbiers. C’est un miracle ce qu’ils font si l’on se fie aux infrastructures. Les entraîneurs successifs s’en sont d’ailleurs souvent plaint. » A Chambly, Jean-Michel Rouet va même plus loin : « Notre grand handicap, c’est le stade. On a une enceinte assez misérable pour le National. C’est un vrai frein à la progression du club. Sans stade, on ne peut pas faire grand-chose. »



Du soutien populaire, il en faudra pourtant aux deux clubs pour surmonter un autre de leurs points communs cette année : leur situation sportive délicate en championnat (Les Herbiers sont 9e avec 36pts, Chambly 15e et relégable avec 33 pts). « On a deux équipes qui se valent et on joue tous les deux le maintien, éclaire Jean-Michel Rouet. Le plus beau cadeau posthume que les joueurs peuvent offrir à Walter Luzi, c’est le maintien, plus encore que la Coupe de France. » Même discours en Vendée, comme le confirme Raphaël Bonamy. « L’angoisse du club, c’est la descente en National 2, explique le journaliste. Pour l’équipe qui va se qualifier, il va être très difficile d’aller jouer des matches décisifs en championnat tout en ayant une finale prévue au Stade de France. »


Comme un Barça - Atlético du National


Si les histoires se ressemblent et si les valeurs se partagent, il reste une vraie opposition de styles entre Les Herbiers et Chambly. « Ce sont deux projets différents, deux manières de voir le foot », résume Raphaël Bonamy. Pour schématiser, Les Herbiers – Chambly, c’est Barça – Atlético à l’échelle du National. « Les Herbiers, ça joue beaucoup, ça s’interdit quasiment de jouer long, analyse le journaliste de Ouest-France. C’est parfois très scolaire, très académique, mais c’est du foot : ça joue en triangle, à une touche de balle… Et le club recrute des profils en conséquence. »


L’approche n’est pas la même du tout à Chambly. Ce qu’assume sans rougir Jean-Michel Rouet : « L’ADN du club, c’est la gagne, comme le répète souvent le président. On n’a pas l’identité du beau jeu. Chambly s’est construit en gravissant chaque année des échelons, quitte à pratiquer un jeu assez défensif et direct. Les Herbiers, c’est la tradition du jeu de l’Ouest, le jeu à une touche, etc. Nous, nous assumons que notre solidité défensive fait partie de notre identité. Au service de l’efficacité et de la victoire. »

 

Cette saison, en championnat, les deux équipes se sont affrontées deux fois, pour une victoire chacune. Ce mardi à La Beaujoire, le duel devrait à nouveau donner une belle opposition de styles entre deux clubs qui se connaissent, se respectent et partagent un certain nombre de valeurs. Le 8 mai, il y aura en tout cas une équipe de National 1 au Stade de France. Et, d’ici là, un club et une ville tout entiers qui célèbreront l’exploit héroïque de leurs protégés.