Dans l'actualité récente

L'oeil de Téléfoot - Pourquoi l'OL est une fabrique à grands attaquants

Voir le site Téléfoot

Karim Benzema  avec Lyon
Par CReaFeed - Luc Magoutier|Ecrit pour TF1|2017-05-18T06:00:02.236Z, mis à jour 2017-05-18T06:00:02.236Z

De Bernard Lacombe à Alexandre Lacazette, en passant par Karim Benzema ou Florian Maurice, Lyon a toujours su fabriquer et mettre en valeur de grands attaquants. Son centre de formation est une référence mondiale en la matière.

Lancé en profondeur sur un long ballon, Karim Benzema élimine un premier défenseur messin d'un subtil coup du sombrero de l'extérieur du pied droit, puis un deuxième. Lucide, il sert ensuite parfaitement Bryan Bergougnoux qui, d'une frappe puissante, ne laisse aucune chance au gardien grenat Grégory Wimbée. Pour son premier match professionnel face à Metz, le 15 janvier 2005, le gamin de 17 ans marque les esprits en seulement treize minutes. La formation lyonnaise parvient une nouvelle fois, aux yeux de tous, à sortir l'un des plus prometteurs espoirs du football français. Une habitude depuis que le club de Jean-Michel Aulas est remonté en Ligue 1 en 1990. "Benzema, c'est l'exemple absolu, indique le journaliste et écrivain Vincent Duluc, auteur de La grande histoire de l'OL aux éditions Prolongations. C'est lui, l'accomplissement parfait, sur la formation et sur la réussite économique. Il n'y a pas de meilleur exemple."

Une lignée prestigieuse

Karim Benzema, par son talent et sa précocité, s'inscrit dans une prestigieuse lignée. Florian Maurice, Ludovic Giuly, Frédéric Kanouté, Sidney Govou, Hatem Ben Arfa, Loïc Rémy, Alassane Pléa, Alexandre Lacazette, Anthony Martial ou Nabil Fekir sont tous passés par le centre de formation lyonnais. "À Lyon, il y a forcément un savoir-faire particulier, poursuit Vincent Duluc. La formation, là-bas, a toujours été orientée vers le jeu, vers l'offensive." Des formateurs comme José Broissart, René Duplessy ou Armand Garrido ont mis en œuvre cette stratégie de développement, qui est à la fois sportive et économique.

Benzema et Ben Arfa avec l'OL

Ce style de jeu se travaille dans toutes les équipes de jeunes de l'académie. "On est beaucoup plus axé sur le jeu offensif que sur le jeu défensif, décrit Armand Garrido, responsable des U17 et engagé au centre de formation lyonnais depuis 1989. Je suis en train d'assister à un entraînement en ce moment. Tout est porté sur l'attaque, l'offensive. On a plutôt tendance à former des attaquants plutôt que des défenseurs. C'est également la manière de jouer de Lyon qui veut ça. On laisse beaucoup de liberté aux attaquants, à la fois dans l'aspect technique, le dribble ou la prise de risque". "C'est toujours l'idée de marquer un but de plus que l'adversaire", résume le responsable du centre de formation du club rhodanien, Stéphane Roche.

Ce parti-pris se retrouve également dans les exercices proposés à l'entraînement. "On travaillait beaucoup devant le but, que ce soit lors d'exercices avec des centres, des ballons qui viennent de l'arrière, se souvient l'ancien joueur Bryan Bergougnoux, 48 matches, 6 buts avec Lyon de 2001 à 2005. On faisait beaucoup d'ateliers techniques. On travaillait beaucoup plus le jeu offensif que le reste. Mais vraiment énormément". Armand Garrido appuie. "On fait beaucoup de petits jeux mais aussi pas mal d'enchaînements techniques devant le but. Et surtout, beaucoup de travail spécifique pour les attaquants."

Un joueur collectif plus qu'un buteur

Chaque élément du centre de formation est choisi par la cellule de recrutement, pilotée par Gérard Bonneau, pour épouser cette philosophie. "Le recrutement des jeunes a toujours été orienté vers le milieu de terrain et l'attaquant", explique Vincent Duluc. "Il faut sentir que c'est un joueur collectif, plus qu'un buteur. C'est la clé, poursuit Roche. Même si on dit qu'on naît buteur, aujourd'hui, on peut le devenir petit à petit. La plupart de nos attaquants sont de bons footballeurs qui deviennent encore meilleurs devant le but avec notre formation"

L'attaquant lyonnais n'est pas seulement un buteur égoïste, obnubilé par ses statistiques. Il aime participer au jeu, apporte son inventivité et une touche technique. "Les attaquants qui sortent du centre de formation de Lyon ne sont pas que des buteurs, explique Stéphane Roche, qui a joué 138 matches professionnels avec l'OL de 1988 à 1998. Ce sont aussi des joueurs qui s'intègrent dans le jeu d'équipe et le jeu combiné".

[Quand les jeunes forment la griffe de l'Olympique Lyonnais !]

Pour parvenir au résultat espéré, il faut du travail et surtout beaucoup de patience. "On arrive au niveau Benzema parce qu'on a du talent mais aussi parce qu'on a beaucoup travaillé, rappelle Armand Garrido. Cela prend du temps". Le formateur cite l'exemple d'Alexandre Lacazette (96 buts en Ligue 1). "Quand il avait 16, 17 ans, il avait des manques. Pour en arriver là où il est aujourd'hui, il a fallu qu'il travaille. Ça ne s'est pas fait tout seul."

La capacité du club à couver ses pépites facilite aussi leur éclosion. Quand le niveau d'un jeune joueur se rapproche de celui demandé en équipe première, il reçoit les conseils d'anciens attaquants comme Florian Maurice (92 buts en Ligue 1), aujourd'hui responsable de la cellule de recrutement, ou Gérald Baticle (80 buts en Ligue 1), adjoint de l'entraîneur Bruno Génésio. Même le patron local, Bernard Lacombe, ancien buteur du club entre 1969 et 1978 (258 matches, 149 buts) et fidèle conseiller du président, Jean-Michel Aulas, pose un regard bienveillant sur les buteurs du centre. "Ce n'est pas un élément déclencheur au niveau de la formation, décrit Vincent Duluc. Il s'occupe plutôt d'aider par le dialogue. Quand il discute avec un avant-centre, il va parler d'un détail, de son déplacement. Il va voir des choses que tout le monde ne voit pas".Lacombe Maurice Panini

Une expertise qui s'exporte

Développer le talent des attaquants du centre de formation a également un avantage économique. C'est en vendant ses meilleurs joueurs que Lyon a construit son modèle économique sous l'ère Aulas. Dans les dix meilleures ventes de l'histoire des Gones figurent trois joueurs formés au club. Hatem Ben Arfa a été transféré en 2012 à l'Olympique de Marseille pour 12 millions d'euros. Clinton Njie a rejoint Tottenham en 2015 pour 14 millions d'euros. Enfin, Karim Benzema s'est envolé en 2009 pour le Real Madrid avec à la clé un chèque de 35 millions d'euros pour Lyon. 

La formation lyonnaise pourvoit également l'équipe de France en attaquants comme Ben Arfa, Benzema, Lacazette, Martial ou Fékir. En Europe, peu de clubs peuvent se targuer d'une académie aussi pourvoyeuse. "Barcelone et Lyon sont, en Europe, ceux qui utilisent le plus de joueurs formés au club qui deviennent internationaux, remarque Vincent Duluc. C'est probablement l'un des meilleurs centres de formation du monde".

[Les archives de Téléfoot : Quand Ben Arfa et Benzema faisait rêver les Bleus !]

"L'objectif pour nous est de maintenir ce niveau de savoir-faire", explique Stéphane Roche. Pour pérenniser l'excellence du centre de formation, Lyon tente de réduire le temps d'adaptation pour un jeu entre le monde amateur et professionnel. "L'enjeu pour nous, c'est d'avoir des joueurs qui puissent être plus vite efficaces dans le contexte professionnel, même s'il y a des étapes dans leur formation que l'on ne peut pas sauter"

Cette "expertise", selon les mots de Jean-Michel Aulas, est amenée à s'exporter. En décembre 2016, le club lyonnais a entériné l'entrée à son capital du chinois IDG pour 100 millions d'euros pour ainsi vendre son savoir-faire en matière de formation aux clubs locaux. En attendant, l'Olympique Lyonnais cherche un remplaçant à Alexandre Lacazette, fréquemment annoncé partant du côté de Tola Vologe, le centre d'entraînement des Lyonnais. Des jeunes comme Myziane Maolida (18 ans), Alan Dzabana (20 ans), Amine Gouiri (17 ans) ou Willem Geubbels (15 ans) se préparent déjà à prendre la relève.