L'oeil de Téléfoot : Pour revenir dans l'élite, Reims compte sur sa filière parisienne

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Stade de Reims
Par CReaFeed|Ecrit pour TF1|2018-01-26T14:21:09.719Z, mis à jour 2018-01-26T14:21:10.804Z

L’effectif du Stade de Reims est composé de nombreux joueurs issus de la région parisienne, qui constituent son ossature aujourd’hui en Ligue 2. Cette stratégie assumée par la direction se reflète à toutes les strates du club : être proche de Paris, c’est un vrai atout sur lequel le Stade de Reims a décidé de capitaliser.

Les voies de l’autoroute A4 ne doivent plus avoir aucun secret pour eux. Dès qu’ils ont deux ou trois jours de repos, Julian Jeanvier, Danilson Da Cruz ou encore Anatole Ngamukol peuvent faire les 150 bornes qui séparent Reims de la région parisienne. Ces trois-là forment, avec quelques autres, une sorte de colonie parisienne au sein de l’effectif du Stade de Reims. Et l’ampleur de cette colonie est loin d’être anodine. « Être un des clubs professionnels les plus proches de la région parisienne est un atout considérable, affirme Jean-Pierre Caillot, le président du Stade de Reims. Nous le revendiquons comme tel. »

De fait, l’actuel leader de Ligue 2 a décidé de faire de sa proximité avec Paris un atout majeur dans son développement. Fin 2015, le club présentait par exemple son projet « Horizon 2020 », qui devait lui permettre de poursuivre sa progression et s’installer dans le top 10 de Ligue 1. Parmi les premières forces du club affichées ce jour-là figuraient les « atouts géographiques » du club, situé à 45 minutes de Paris, et son statut de « porte d’entrée de la région Grand-Est ». « La proximité avec la région parisienne offre de grandes possibilités de développement au Stade de Reims, juge Abbes Saadi, fondateur du site Panamefoot.fr, spécialisé dans le football francilien. Il y a tout, ici, pour aider Reims à grandir, à commencer par des joueurs. »

Cela se traduit donc, en premier lieu, par un tropisme parisien dans le recrutement de l’effectif professionnel. Ils sont au moins un quart à avoir touché leurs premiers ballons sur les terrains franciliens. Exemple avec Anatole Ngamukol, enfant d’Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, formé à Reims entre 2004 et 2009 puis parti en Espagne, en Suisse avant de retourner au Red Star, un de ses premiers clubs, en 2015 puis à Reims, l’été dernier. Un double retour aux sources. Et un double pari gagnant pour Reims, qui récupère un attaquant expérimenté et un enfant du club à la fois.

L'attaquant rémois Anatole Ngamukol (crédit photo : Stade de Reims)

Anatole Ngamukol



« Pour une famille, il vaut peut-être mieux confier son enfant au Stade de Reims qu’au PSG »


Convaincu du bien-fondé de sa démarche, le Stade de Reims prépare l’avenir dans la même direction. « Tout le monde sait que la région parisienne est un vivier exceptionnel de jeunes footballeurs, explique Jean-Pierre Caillot. On a beaucoup développé notre scouting dans la région, en augmentant le nombre de recruteurs, en développant nos relations avec les clubs locaux On a un centre de vie fantastique au club. Quand on le fait visiter aux familles, elles prennent vite conscience que mettre leurs enfants dans un outil comme celui-là, à proximité de chez eux, c’est intéressant pour eux et leur enfant. »

Le tout avec des résultats probants. L’équipe professionnelle est leader de Ligue 2 et est déjà annoncée, à mi-saison, comme une des grandes favorites pour l’accession en Ligue 1. De leur côté, les U19 rémois sont premiers de leur poule dans le championnat National. Deux ans après le titre de champion de France de la catégorie acquis par leurs aînés. Et trois ans après la finale de la Coupe Gambardella, là aussi historique pour le club. A l’époque, le centre de formation était dirigé par un certain David Guion. Il est aujourd’hui entraîneur de l’équipe professionnelle. Un tiers de son effectif a fait ses classes à Reims. « Il y a une vraie logique dans ce qui est fait, analyse Abbes Saadi, de Panamefoot.fr. Leur équipe U19 est une très belle équipe, soudée, compacte, avec des individualités qui peuvent gravir rapidement les échelons. »

Logan Costa est un exemple. Ce défenseur central de 16 ans, né à Saint-Denis et qui a commencé le football à Argenteuil, deux villes de la banlieue nord de Paris, a rejoint Reims à l’été 2016. En un an, il s’est imposé comme une des valeurs sûres de son centre de formation, jusqu’à être sélectionné en équipe de France de sa catégorie. « Le Stade de Reims a un avantage certain pour recruter des jeunes joueurs prometteurs de la région », confirme Abbes Saadi. Jean-Pierre Caillot ose la comparaison avec l’ogre qu’incarne le Paris Saint-Germain : « Face à un club parisien qui aura forcément plus de mal à faire éclore des jeunes de la région, on a notre mot à dire. Pour une famille, il vaut peut-être mieux confier son enfant au Stade de Reims qu’au PSG. Ici, dans une structure familiale, à taille humaine, il aura plus d’opportunités de réussir. C’est un argument qui parle, en général. »


Le président du Stade de Reims, Jean-Pierre Caillot (crédit photo : Stade de Reims)

Caillot


Attirer des joueurs, des entrepreneurs et des supporters


Le club bientôt nonagénaire aspire cependant à un développement plus global. Il essaie de penser son lien avec le bassin parisien dans toute sa stratégie. Avec la montée espérée en Ligue 1, Jean-Pierre Caillot compte attirer des partenaires privés d’envergure nationale, implantés à Paris. « En Ligue 2, on a bien intégré que les sponsors sont essentiellement locaux et régionaux, explique le président. Mais en Ligue 1, l’envergure est différente. Et avec un monstre financier comme le PSG, l’annonceur moyen peut avoir une grande partie du gâteau ici alors qu’il n’aurait eu, avec le même budget, que des miettes à Paris. On espère qu’on profitera d’une remontée pour les attirer à nouveau. »

Les supporters aussi. Avec un peu plus de 8500 spectateurs de moyenne, le Stade de Reims affiche certes la troisième affluence de Ligue 2 mais peine à remplir les 20.000 places du Stade Auguste-Delaune. Malgré une saison sportive pour l’instant réussie. « C’est une de mes grosses frustrations, concède Jean-Pierre Caillot. Nous n’avons pas une affluence au niveau que j’imaginais. L’équipe mériterait d’être plus soutenue, le club travaille sérieusement. De l’avis unanime, nous sommes un club de Ligue 2 avec une structure de Ligue 1. »

Et si le salut venait, justement, de la région parisienne ? Alors que le PSG, implanté à l’Ouest, peine à se trouver un petit frère, encore moins un rival, dans la région, le club rémois a peut-être un bassin de supporters potentiels à aller chercher à l’est de l’Île-de-France. « On en a quelques-uns, affirme le président Caillot. Ce sont souvent des gens qui sont supporters du club depuis plusieurs générations, et qui font le voyage tous les quinze jours depuis Paris pour venir à Auguste-Delaune. En fait, notre problème, c’est que ce sont les locaux, les purs Rémois, qui sont défaillants ! (sourire) »

En spécialiste de la région, Abbes Saadi décrypte : « Le club a besoin d’un noyau de supporters et de partenaires locaux pour fédérer autour de lui et pour renforcer son identité. Mais, pour grandir, il faut aller chercher ailleurs et la région parisienne est une excellente piste. Par exemple, sur les supporters, c’est assez difficile à chiffrer. Mais il y a la possibilité, selon moi, d’attirer des supporters de Seine-et-Marne, à l’est de la région. » Jean-Pierre Caillot embraye sur la question de l’identité : « Le fait d’avoir des clubs plus familiaux, avec des valeurs un peu différentes, ça attire aussi un certain nombre de personnes. » Ce sera sûrement encore plus facile de les attirer, l’année prochaine, pour un Reims-PSG. Les fidèles du club n’attendent que ça.