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L'oeil de Téléfoot - S'ouvrir pour grandir, le pari audacieux de l'AC Ajaccio

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AC AJACCIO   OEIL DE TELEFOOT
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2018-02-23T09:00:32.459Z, mis à jour 2018-02-23T09:00:32.459Z

Désireux de retrouver la Ligue 1, l'AC Ajaccio veut aussi grandir et se structurer. Pour cela, le club corse a un ambitieux projet axé sur une identité ouverte, notamment sur l'espace méditerranéen, qui se traduira par l'ouverture d'un nouveau centre de formation ou encore d'un centre d'activités de plusieurs hectares. Le président du club nous en explique les grandes lignes.

Avec la relégation du SC Bastia l'été dernier, finalement reparti de National 3, le football corse ne compte plus aucun représentant en Ligue 1. Cette anomalie, l'AC Ajaccio s'évertue à la corriger. En deuxième division depuis 2014, le club insulaire compte bien retrouver l'élite. "L'idée, c'est évidemment de remonter en Ligue 1 et de s'y installer, assume Léon Luciani, le président de l'ACA. Nous faisons tout, actuellement, pour permettre au club d'accomplir ses objectifs et de se pérenniser."

La stabilité n'a jamais été le fort du club ajaccien. En cent ans d'existence, l'ACA a connu les divisions amateures, les montées en Ligue 1 (en 1967, 2002 et 2011), les relégations, les années de vache maigre… Et ces dernières saisons n'ont pas été de tout repos, puisque l'ACA a connu des difficultés à la fois sportives et financières. "Nous sommes toujours un club professionnel en difficulté puisqu'on doit reconstruire notre club", assume le président.

Pour y parvenir le club a tracé une ligne directrice claire, que l'on peut résumer en un mot : l'ouverture. En partant d'un principe clair. S'il se restreint à son simple bassin, l'ACA n'aura pas une assise suffisante pour se hisser au haut-niveau. "Aujourd'hui, on voit bien qu'on n'est pas le club professionnel typique, explique le président Luciani. Toutes les études montrent que les grosses agglomérations ont de réels avantages en termes de football professionnel. Nous, on doit penser différemment. Être différents, encore plus qu'on ne l'est déjà (rires)." Un constat que partage, sous couvert d'anonymat, un agent de joueurs qui a déjà travaillé avec l'ACA : "Aujourd'hui, la Corse est trop petite pour faire vivre l'ACA, le Gazélec et le Sporting, malgré ses difficultés. Il faut voir plus grand."

Un développement axé sur la Méditerranée

Les chiffres rendent ce projet concret. "On a une population de 320.000 habitants avec 10.000 licenciés au football, explique-t-il. Le tout avec une démographie assez faible. On a besoin de travailler sur d'autres profils et d'autres territoires." D'où un concept qui lui tient particulièrement à cœur : "Nous sommes attachés à notre identité, bien sûr, basée en Corse, mais nous revendiquons une identité ouverte." Ouverte d'abord géographiquement. "La Corse a toujours été méditerranéenne et nous tenons à cela, poursuit-il. Le football n'est pas à part, il s'inscrit aussi dans cette histoire-là."

La première chose que l'ACA va chercher ailleurs en s'ouvrant, ce sont des joueurs. Et notamment des jeunes joueurs. "En termes de formation, on a aujourd'hui un centre de catégorie 2, ce qui ne nous classe pas parmi les meilleurs dans le domaine, rappelle Léon Luciani. On souhaite continuer à attirer et former les meilleurs corses mais aussi se tourner vers d'autres régions : le bassin parisien, la région marseillaise, la Côte d'Azur…"

"L'ACA est un club bien implanté sur Paris, rappelle notre agent. Encore l'année dernière, ils ont organisé plusieurs détections de jeunes joueurs de clubs amateurs, dont une pour des jeunes de 17 ans, un âge déjà avancé pour intégrer les structures professionnelles. Mais ils veulent se démarquer, ils s'intéressent aux meilleurs joueurs des clubs amateurs qui ont manqué le coche à 15 ans et qui n'ont pas été repérés par les gros." Toujours la dite volonté d'être "différents", dixit le président ajaccien : "On regarde les bons joueurs jusqu'à la post-formation, même s'ils n'ont jamais été en clubs professionnels. On a aussi un oeil sur les championnats amateurs."

Des partenariats avec des clubs tunisiens, croates...

A terme, le projet du club se veut à la fois plus précis et plus ambitieux. "La volonté, pour nous, c'est d'aller vers la création d'un centre de formation euro-méditerranéen, sur des terrains que nous avons acquis à Pietrosella. Avec une telle structure, on passerait en catégorie 1 à la FFF, on aurait le droit à des financements de l'UEFA…" L'ACA mise aussi sur des partenariats. "Avec des clubs azuréens, mais aussi tunisiens, croates et autres… Chaque mois, on accueillera aussi quelques jeunes joueurs américains en formation dans le cadre d'un échange international." Ce projet serait complètement inédit en France. Il offrirait à l'ACA une réelle singularité. Et un recrutement potentiellement international.

Le tout doit être mené sans renier les valeurs du club et son implantation corse. "Tous ces joueurs, même s'ils viennent d'horizons différents, devront parler un même langage footballistique et défendre des valeurs communes, insiste Luciani. Notre exemple, ce sont par exemple les clubs basques où l'identification est très forte et se fait au club. C'est pour ça que nous avons réinvesti ces derniers temps l'histoire et le patrimoine corse." Illustration récente : l'effigie de Napoléon, natif de la ville insulaire, est présente sur les maillots des joueurs cette saison.

Maillot AC Ajaccio   Napoléon Bonaparte

Le projet ajaccien reposera sur ses deux jambes : l'histoire et le patrimoine d'une part, l'ouverture d'autre part. Le projet d'ouverture d'un grand centre d'activités autour du stade François-Coty en est une autre preuve. "On a ici un atout en or : nos 2 millions de touristes par an, affirme Léon Luciani. Il y a des gens qui vont et viennent toute l'année, ici, et des milliers de personnes qui sont amoureuses de la Corse. Sans compter la diaspora corse présente partout sur le territoire. Notre idée, c'est de travailler sur cette base de personnes."

Un grand centre d'activités autour du stade François-Coty

L'autre grand atout sur ce sujet est que le club est propriétaire de son stade et des terrains alentours. "Sans prétention, le modèle est un peu celui du Parc OL à Lyon, assume le dirigeant. Quand on regarde géographiquement où on se situe, c'est quand même incroyable : l'aéroport est à deux minutes, il y a la ville, les plages…" Alors, l'ACA prévoit d'installer un parc de 5 ou 6 hectares autour du stade voué à devenir un véritable centre névralgique de la ville. Et un passage obligé des amoureux de l'ACA, de la Corse ou tout simplement des touristes.

Car l'idée, insiste le président, "n'est pas seulement de créer du pognon mais aussi de créer du sens." Ce principe revient comme un leitmotiv dans le discours des dirigeants de l'ACA. L'objectif de la hausse des recettes est de faire de l'ACA un club dynamique, attractif et reconnu. Le tout avec une dimension sociale non négociable, pierre angulaire du projet. "On part du principe que si on réussit seul, on ne réussit pas vraiment, tranche Luciani. On s'inscrit donc dans un développement solidaire. Comment être un moteur, une aide pour notre territoire, pour les jeunes corses, pour nos clubs partenaires ? On y travaille beaucoup."

Sur la formation, par exemple, pas question de se préoccuper uniquement de la progression sportive des pensionnaires du centre. "Les clubs professionnels doivent être au plus près des populations, déclare le président du club corse. L'essentiel pour nous, c'est d'être utile aux jeunes que l'on a, de leur ouvrir le regard. On les initie à la langue corse, à la musique, bientôt au théâtre… On veut qu'ils sortent avec de vrais diplômes, et un vrai plus. Ce plus, c'est l'ADN du club. Le partage et l'ouverture."