L'oeil de Téléfoot - SCO d'Angers, l'art de recruter pour révéler

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SCO Angers   Oeil Téléfoot
Par CReaFeed - Luc Magoutier|Ecrit pour TF1|2017-05-17T08:50:02.318Z, mis à jour 2017-05-17T08:50:03.059Z

La politique de recrutement du SCO d'Angers est claire : dénicher des joueurs capables de se révéler pour ainsi faire progresser le club pour ensuite les vendre. Voici pourquoi ça marche.

Soixante ans après, et pour la deuxième fois de son histoire, Angers va vivre une finale de Coupe de France. Dès le coup de sifflet final de la demi-finale contre Guingamp (2-0), la communion entre les joueurs et les 18.000 supporters du stade Raymond-Kopa est intense. "Ce n'est que du bonheur", savoure le costaud défenseur angevin Ismaël Traoré, arrivé de Brest à l'aube de la saison 2015-2016. L'Ivoirien, comme d'autres joueurs, symbolise la stratégie sportive des Angevins en termes de recrutement depuis leur remontée en Ligue 1 2015, validée par deux maintiens consécutifs et donc une finale de Coupe, le 27 mai prochain face au Paris Saint-Germain. Avec son petit budget - le plus faible du Championnat de France, soit 25 millions d'euros -, le SCO réalise un exploit : exister au plus haut niveau en dépensant extrêmement peu sur le marché des transferts. 

"L'année de notre remontée, on a fait zéro transfert, se souvient Olivier Pickeu, le directeur sportif du club. On n'a pris que des joueurs en fin de contrat. Ça ne nous a pas empêché de terminer neuvièmes". Pour arriver à une telle performance pour un promu, Angers a visé des joueurs qui ne connaissent peu ou pas la Ligue 1, avec un profil inexpérimenté pour qu'ils puissent rentrer dans la grille salariale du club. "La première année, on a engagé 16 joueurs qui n'avaient jamais foulé une pelouse de Ligue 1, poursuit Pickeu. Cette année, on en a lancé dix. Ça fait qu'on a lancé vingt-six joueurs en deux saisons. Voilà la difficulté de notre modèle sportif".

"Le club parfait" pour débuter en Ligue 1

Cet été, le SCO a pu toutefois investir en vendant des joueurs comme Romain Saïss à Wolverhampton pour 4 millions d'euros. Les attaquants Famara Diédhiou et Toko Ekambi sont arrivés pour 1,3 million d'euros et 1,2 million. Le milieu de terrain Baptiste Santamaria a quitté Tours pour 500 000 euros. Enfin le gardien de Nîmes a rejoint la formation de l'entraîneur Stéphane Moulin pour 1 million d'euros.  Aucun de ces quatre joueurs n'avait joué en Ligue 1 auparavant. "On a le sentiment de prendre moins de risques, a précisé à 20 minutes en octobre 2016 le responsable de la cellule de recrutement Axel Lablatinière. On a plus de références sur les joueurs. On sait vraiment ce qu'ils valent". Les recrues, en tous cas, adhèrent à ce discours. Interrogé par Onze Mondial en novembre 2016, Toko Ekambi décrit Angers comme "le club parfait" pour débuter son apprentissage en Ligue 1.

L'enttraîneur du SCO, Stéphane Moulin

Après avoir révélé ces joueurs, le club a accepté de les vendre. Razza Camara a rejoint Derby County en janvier 2016 pour 2 millions d'euros. Acheté 50.000 euros à Reims, Jonathan Kodija rejoint Bristol en 2015 pour 3 millions d'euros. Autre exemple, Sofiane Boufal, formé au club, a rejoint Lille dès janvier 2015 pour 4 millions d'euros.

Fonctionnement de start-up

La cellule de recrutement est pourtant petite. Autour d'Olivier Pickeu et Axel Lablatinière, se trouvent Philippe Leclerc, Allan Petitjean et Yohann Eudeline. "Ces quatre personnes m'aident au quotidien, décrit Olivier Pickeu. Ensuite je tranche avec le coach. Le président Saïd Chabane est averti du projet sportif mais n'intervient pas dans ce domaine. Je finalise la partie financière avec lui. Personne n'est au courant des contrats à part le président et moi-même. Voilà comment on travaille"

Selon ses mots, Angers fonctionne "comme une start-up" avec peu d'hommes, peu de moyens pour un club de Ligue 1 mais beaucoup d'imagination et d'agilité dans la prise de décision. "On est en train de tout mettre en place aussi bien dans nos infrastructures que dans notre politique de formation" avec la création d'un centre il y a quatre ans. Recruter et vendre malin est la marque de fabrique du SCO d'Angers. Pour continuer à progresser en Ligue 1, les dirigeants angevins souhaitent surtout miser sur les joueurs actuels. Sur un groupe de 25 joueurs, le club veut en conserver entre 18 et 20, pour construire sur un effectif habitué à l'exigence de la Ligue 1. "Ça voudra dire qu'on a passé une étape dans le recrutement", appuie Olivier Pickeu. Sur le plan économique, les Angevins attendent la renégociation des droits télé dans trois ans "pour franchir un cap à l'aube de la saison 2020-2021".

Stabilité, sérieux et bientôt ambition

En attendant, les bonnes performances du SCO attisent les convoitises et permettent à la formation de valoriser son capital joueur. "On a effectivement la chance d'avoir des joueurs qui sont sollicités, explique Pickeu. On aurait pu vendre pour 25 millions d'euros lors du mercato hivernal. On a eu des sollicitations notamment pour Toko Ekambi, Famara Diédhiou et Nicolas Pépé. Romain Thomas a été approché par West Bromwich Albion. On a un actif de joueurs intéressants." Pour la future saison, le directeur sportif estime que la valeur du recrutement d'Angers va être sa "capacité à garder" l'ossature du groupe et recruter des joueurs capable de franchir un palier en Ligue 1.

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L'actuel 14e de Ligue 1 développe d'autres atouts pour palier à son manque de ressources financières. "Il faut savoir se décider vite, déclare Axel Lablatinière à 20 minutes. Si ça sort dans la presse, on n'a pas les moyens de résister à la surenchère. Et, ensuite, la force de persuasion du coach intervient. Tous les joueurs qui viennent chez nous se bonifient, ça commence à se voir…" Difficile de résister à une équipe qui dispose d'une belle stabilité - Pickeu et Moulin travaillent ensemble depuis onze ans - et d'un projet sérieux. "L'idée est de leur donner un contexte idéal de travail et leur permettre de continuer à passer des paliers", appuie Olivier Pickeu. Après le maintien et une installation durable en Ligue 1, le club a un double objectif : gagner un trophée et participer à une Coupe européenne. Pour, dans un futur proche, passer à l'étape supérieure.