L'Oeil de Téléfoot - Valenciennes, le club qui plie mais ne rompt jamais

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Oeil de Téléfoot   VAFC
Par CReaFeed - Luc Magoutier|Ecrit pour TF1|2018-04-16T13:27:23.610Z, mis à jour 2018-04-17T14:55:44.255Z

Le Valenciennes FC est une formation "sur la corde raide" qui a toujours su rebondir après les coups durs et qui garde, même aujourd'hui, l'ambition de retrouver la Ligue 1.

En août 2014, dans un stade aux trois quarts vide, Valenciennes s'apprête à recevoir Nîmes pour le compte de la 2e journée de Ligue 2. Ce match est tout sauf anecdotique : après huit saisons passées en Ligue 1, le club joue son premier match à domicile en Ligue 2 depuis une saison 2005-2006 où les Nordistes avaient accroché un titre et une montée inattendus. Dans les tribunes, les indéfectibles supporters ont décidé de marquer le coup. Le kop arbore une banderole symbolique et lourde de sens : "Valenciennes : souvent touché, jamais coulé". Les meilleurs historiens du club se rappellent que le même message avait été brandi dans des conditions plus heureuses, le 25 juillet 2005 pour le retour de VA en deuxième division après onze ans à faire l'ascenseur entre le CFA et le National.

VAFC

"C'est un club qui a toujours su remonter, explique Gilbert Hocq auteur en compagnie de Jacques Verhaeghe du livre USVA-VAFC, Histoire du football professionnel à Valenciennes. Il a toujours su rebondir malgré le manque de titres et les coups durs". A leur palmarès, les Valenciennois n'ont presque rien : deux titres de champions de Ligue 2 en 1972 et 2006, et comme meilleure performance une troisième place en Division 1 en 1965 et 1966 et une finale de Coupe de France en 1951, perdue contre Strasbourg (3-0). "Ils ont eu un pic dans les années soixante, raconte Gilbert Hocq. C'était la grande époque de Valenciennes. En 1965, ils finissent troisièmes à trois points de Nantes. Ils ratent le titre de peu. C'était la grosse période du football valenciennois."

A l'époque, le club ne s'appelle pas encore le VAFC mais l'USVA pour Union Sportive Valenciennes-Anzin. Derrière Lille et Lens, "Valenciennes a toujours été le troisième club régional" poursuit Gilbert Hocq. Il s'est intéressé à cette formation en se rendant compte, avec son collègue, que VA "n'avait pas de livre dédié" à son histoire. Sans trophée majeur, dans l'ombre de ses deux encombrants voisins régionaux, les Valenciennois impressionnent alors par leur faculté à renaître après des périodes économiquement compliquées, où le club frôle le dépôt de bilan ou pire doit s'y résoudre. "Ils se sont toujours maintenus au-dessus de la ligne de flottaison", résume Hocq.

"On se définissait comme des guerriers"

En 1986, Jean-Louis Boorlo reprend un club qui végète en deuxième division devant moins de 2.000 spectateurs en moyenne. En 1996, Valenciennes, encore marqué par l'affaire de corruption VA-OM de 1993, touche le fond et se voit rétrogradé en CFA, perd son statut professionnel et dépose le bilan. C'est à cette période que le nom USVA disparaît au profit de VAFC. Plus proche de nous, en juin 2014, le tribunal de commerce de Valenciennes place le club en redressement judiciaire. Encore une fois, Jean-Louis Boorlo vole au secours de sa formation de cœur en compagnie de Luc Dayan. Il redevient président pour quelques semaines avant de laisser sa place à Eddy Zdziech après avoir cédé ses parts en août 2014.

À chaque fois, Valenciennes a su trouver les ressources pour revenir au plus haut-niveau hexagonal ou du moins se maintenir dans le monde professionnel. Avec des moyens limités, les Nordistes réalisent un authentique exploit : de 2004 à 2006, ils remportent deux titres d'affilés (le National et la Ligue 2) et retrouvent la Ligue 1, treize ans après l'avoir quittée.

"A l'époque, on était une des premières équipes à faire le palier entre National et Ligue 1 en deux ans, se souvient José Saez, l'ancien milieu de VA, formé à Lille et passé par Angers ou Caen. On était un groupe avec pas mal de revanchards qui n'avaient pas réussi dans les centres de formation. On se définissait comme des guerriers. On a pratiquement tous joué en Ligue 1 après : Eric Chelle, Steve Savidan, Rudy Mater, Orlando Silvestri, Mody Traoré." Une accumulation de forts "caractères", capables de se chauffer par moment à l'entraînement mais extrêmement "unis" pour porter Valenciennes au sommet.

Grâce à ce groupe, VA reste huit saisons en Ligue 1. "Il fallait se battre pour y rester, souligne José Saez, 245 matches au compteur avec Valenciennes pour 16 buts. C'était très difficile pour nos adversaires de venir gagner chez nous, à Nungesser." Le club se structure, même en se battant régulièrement pour le maintien. Sous Philippe Montanier, il est même comparé au "Barça du Nord" pour la qualité de son jeu. Il change de stade, quitte le vieux Nungesser et ses moisissures et découvre en 2011 avec le Stade du Hainaut et ses 25.172 spectateurs.

En 2008, un nouveau centre d'entraînement voit le jour sur le site de l'université du Mont Houy à Famars ainsi qu'un nouveau centre de formation en 2009. "Ceux qui jouent aujourd'hui bénéficient de choses qu'on n'avait pas avant, indique Saez. Tant mieux pour eux. Quand je vois les terrains d'entraînement aujourd'hui et ceux qu'on avait avant, ça n'a rien à voir."

"Si je ne suis pas optimiste, j'arrête"

Malgré tout, Valenciennes ne parvient jamais à atteindre la première moitié du classement. Sa meilleure performance reste une dixième place en 2009-2010. En 2013-2014, les Nordistes ne remportent que sept matches et finissent dix-neuvièmes. Retour en Ligue 2. Les raisons de cette relégation sont tout aussi sportives qu'économiques. "On a eu tellement de perte de joueurs, beaucoup en fin de contrat, appuie José Saez. Économiquement, rien ne rentrait dans les caisses. On n'a pas assez bien recruté pour la Ligue 1. On a perdu de très bons joueurs comme Carlos Sanchez, Vincent Aboubacar, Foued Kadir, Renaud Cohade, Rémi Gomis, Gael Danic…"

Depuis, Valenciennes reste sur la "corde raide" comme le souligne justement Gilbert Hocq. En trois ans de Ligue 2, le meilleur classement du club reste une 12e place en 2015-2016. Cette année, VA est toujours dans la deuxième partie du tableau. Ce qui n'empêche pas le président Eddy Zdziech d'avoir de l'ambition, même si son club possède le onzième budget de Ligue 2 avec 10 millions d'euros. "VA est un club de Ligue 1 qui tente de faire le passage le plus court en Ligue 2, déclarait-il dans une interview à La Voix du Nord au début de la saison. Ça, c'est notre projet à court terme". Si cette assurance peut interroger au regard des résultats depuis quelques saisons, la vision est partagée par les salariés du club. "Qui n'est pas ambitieux quand on est dans le sport ?, s'interroge José Saez qui fait partie de la cellule de recrutement de Valenciennes. Si le président n'est pas ambitieux, il ne faut pas faire ce métier."

La route est encore longue pour retrouver la Ligue 1 mais la formation nordiste paraît être au début d'un nouveau cycle. "En 2014, on était à – 10M€ de fonds propres, – 4M € en 2015, -3M € en 2016, là, on arrive à -1M€ et en juin 2018, on aura tout remboursé et on sera à +3,2M€", prédit Eddy Zdziech, toujours à La Voix du Nord. Une possible amélioration qui permet d'espérer à nouveau. "Je pense que le club se porte mieux sur le plan financier, appuie José Saez. Les erreurs d'avant sont toujours là. La Ligue 1, ce ne sera pas pour aujourd'hui. Mais si je ne suis pas optimiste, j'arrête. Il y a de quoi faire entre le stade, le centre d'entraînement et la qualité de certains joueurs. C'est normal d'être optimiste. Une montée en Ligue 1, ça ne vient pas tout seul, c'est un groupe, une ambiance. Il faut avoir la rage, l'envie de se faire mal. J'ai fait quatre montées (Angers, Caen, Lille, Valenciennes). Chaque groupe était composé de rageurs, des gagneurs, des compétiteurs."

Les recrutements récents de Sloan Privat, venu de Guingamp, Jordan Tell (Rennes) ou Gaëtan Robail (PSG) s'inscrivent dans cette logique. Histoire d'envisager à nouveau un possible retour en Ligue 1 et une énième résurrection.