Liga / Andalousie, efficacité, Betis B, Serra Ferrer : voici Loren Morón la nouvelle sensation de la Liga

Voir le site Téléfoot

RTX4XNHJ
Par Alexandre COIQUIL|Ecrit pour TF1|2018-03-13T13:35:22.243Z, mis à jour 2018-03-14T19:39:03.711Z

LIGA - Auteur de cinq buts en six rencontres depuis février et ses débuts chez les professionnels, Loren Morón est l'une des révélations de la saison en Liga. Voici ce qu'il faut savoir sur le buteur de 24 ans.

Loren Morón, le pari gagnant du Betis


C’est l’heure d’exploser pour Loren Morón. Auteur d’un doublé sur la pelouse d’Alavés, lundi soir en match en retard de la 28e journée de Liga (1-3), le buteur a largement contribué au succès d’un Real Betis en plein renouveau. Un succès fondamental dans la course à l’Europe en Espagne. Son doublé n’a, lui, fait que confirmer son explosion au plus haut niveau. Après seulement un gros mois dans l’élite, le N.16 du Real Betis Balompie est devenu un titulaire indiscutable dans le onze de Quique Setien. Une performance qu’il ne faut absolument pas sous-estimer.


Intégré dans l’effectif des Béticos le 30 janvier afin de pallier aux absences d'Antonio Sanabria et Joel Campbell, touchés au genou et indisponibles depuis la fin d'année dernière, Loren a rapidement fait mouche et tué dans l'oeuf les espoirs de titularisations de joueurs confirmés comme Cristian Tello et Sergio Leon, obligés de rester des jokers. Ça aussi, il ne faut pas le sous-estimer. L’attaquant de 24 ans a réussi le pari fou de s'imposer à la vitesse de l'éclair. Loren n'a que six matches de Liga dans les pattes (490 minutes), on dirait pourtant qu'il évolue dans cette équipe depuis plusieurs saisons. 


Sa montée en grade est due aux blessures qui ont charchuté le secteur offensif du Betis à l'automne mais aussi à ses performances avec l'équipe réserve (17 buts en 23 matches cette saison). Des performances qui n'ont pas laissé Lorenzo Serra Ferrer, le vice-président du club en charge du secteur sportif, insensible. C'est l'ancien entraîneur du Barça qui lui a directement annoncé sa montée dans le groupe professionnel cet hiver. Cette promotion n'était qu'une question de temps pour certains car il avait effectué le stage de pré-saison en Italie et en Allemagne à la demande de Quique Setien, le technicien du groupe professionnel.


Celui qui en parle le mieux, c’est probablement Setien. "Quelque fois j’ai des doutes. Je peux compter sur des joueurs confirmés comme Ruben Castro et Sanabria. Mais nous avons fait le pari de faire confiance à Loren et nous ne sommes pas trompés. Cela fait plusieurs années qu'il marque des buts.", a concédé le technicien. Expérimenté et sage, l’ancien maître de Las Palmas a toujours refusé de s’enflammer au sujet de son attaquant. Il le sait mieux que quiconque, le plus dur c’est d’être un joueur pro sur la durée, et non de parvenir à en être un. En février dernier, Setien s’était par exemple refusé à tout emballement alors que Loren avait inscrit son premier but chez les pros et son premier doublé, et permis aux siens de s’imposer face à Villarreal (2-1). "Loren n'a encore rien fait. Il lui reste un monde pour montrer qu'il a les qualités pour perdurer", prévenait Setien. Il s'en passe des choses en trente jours quand même.

Dans le profil de Loren, on retrouve toutes les qualités du joueur dit moderne. Rapide, technique, doté d’un sens de l’anticipation développé, l’Andalou rayonne. C’est surtout ses facultés de N.9, et un N.9 très habile dans la surface de réparation, qui lui ont permis de devenir indéboulonnable. Auteur de cinq buts depuis ses débuts en février, Loren a eu la force de se montrer particulièrement meurtrier face au but. Le buteur a trouvé l’ouverture à cinq reprises lors de ses huit premiers tirs cadrés. Autant dire, que lorsque Loren tire au but, il n’y va pas pour acheter du terrain. L’efficacité, c’est l’outil le plus important pour un attaquant. Plus que jamais en 2018. Et ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Avant Loren, aucun joueur n'avait marqué cinq buts en six rencontres de championnat d'Espagne au XXI siècle.




Le football, une histoire de famille


La progression de Loren est allée crescendo au fil des mois. Repéré et recruté en janvier 2015 par le Real Betis, l’Andalou évoluait à l’époque en prêt en troisième division au Vélez CF dans son Andalousie natale. Celui qui avait 21 ans à l’époque empilait les buts (14 en 21 rencontres). C'est grâce à un accord tripartite entre Marbella, son club d’alors, Vélez et le Betis, qu’il a pu rejoindre les rangs de ce dernier, l’un des clubs les plus importants d’Espagne. Venu au Villamarin avec l’espoir de devenir un joueur professionnel, le joueur né en 1993 a dû s’armer de patience avant de faire mouche. Surtout que le club andalou a failli le larguer après des débuts très moyens. 


"J'ai du changer de mentalité quand je suis arrivé au Betis. Je vivais chez mes parents à Marbella, je passais mes journées avec mes amis et j'avais très peu de maturité. Ma mentalité était juste de profiter.", expliquait Loren dans un entretien donné à El Correo en février. "Aujourd'hui, j'ai compris qu'avec cette mentalité, je n'arriverai à rien faire. Ma première année et demi au Betis m'a beaucoup coûté, que ce soit au niveau sportif et au niveau psychologique. Je n'avais jamais vécu seul et j'ai énormément gagné en maturité."


Le pari fait et réussi avec l'Andalou n’est pas une première cette saison pour le Real Betis. Trois autres joueurs – le défenseur Junior Tirpo, l’ailier Francis Guerrero et le milieu offensif Juan Narvaez (prêté à Cordoba) ont eux aussi eu droit à monter chez les professionnels. Sans oublier Fabian Ruiz, monté un an plus tôt dans la cour des grands avant d'être prêté à Elche. "Nous avons fait de manière générale un pari avec la Cantera", a souligné Setien. "Francis et Junior ont par exemple réalisé un match extraordinaire (face à Alavés). Aller sur le terrain, sur un terrain comme ça où le public met la pression, les jeunes ont répondu comme s’ils avaient dix ans d’expérience en première division." Désireux de retrouver son lustre d'antant, le Betis a fait comme de nombreux clubs espagnols (la Real Sociedad, Valence pour ne citer qu'eux) - en recherche de liquidités - et misé sur ses produits locaux pour boucher certains postes. Un pari osé, mais gagnant.


"L'effort qu'il est en train de faire lui permettra de profiter de sa carrière"


Pour Loren son destin d'être un Béticos est loin d'être un clin d’œil à son histoire familiale : sa tante est une fan de Malaga, son grand-père était un supporter convaincu de l'Atlético de Madrid et son père est, lui, partagé entre Salamanca et le Recreativo Huelva. Loren n’est rien d’autre que le fils de Lorenzo Morón Vizcaíno, un joueur professionnel qui avait principalement milité dans des clubs de second rangs, avant de faire son trou en première division au début des années 2000 à Séville (2000/2001), puis au Recreativo Huelva avec qui il avait disputé la finale de la Copa del Rey en 2003 face au Majorque de Samuel Eto’o. 


Bref, le football est une histoire de famille chez les Moron. C'est pourtant en allant voir jouer son père au Villamarin en 2003 que Loren est devenu un inconditionnel du Betis et de ses stars d'alors : Capi, Dani et Joaquin capitaine emblématique avec qui il évolue aujourd'hui. Pieds sur terre, Loren le reconnaît, il doit sa trajectoire à sa famille et à son père, devenu entretemps entraîneur, qui lui a conseillé de signer dans le club d'Estepona alors qu'il évoluait en division d'honneur chez les jeunes. Un choix décisif, effectué très jeune, alors que lui voulait simplement profiter du football avec ses amis. "J'ai la chance de beaucoup discuter avec mon père et ma mère", a reconnu l'homme à la mode en Liga quand il a abordé ses débuts comme footballeur.


Réussir et prendre le train du professionnalisme, Loren est peu à peu en train de réussir son pari. "L’année dernière, il jouait encore en troisième division et aujourd’hui il évolue en Liga à un niveau extraordinaire. Il fait beaucoup de choses de la bonne manière et il va progresser. L’effort qu’il est en train de faire en ce moment lui permettra de profiter de sa carrière. C’est un actif pour le club", a expliqué Setien lundi soir après le succès des verts et blancs au Pays basque. L'histoire de Loren, c'est aussi celle d'un timing serré. Âgé de 23 ans au début de la saison (24 en décembre), l'attaquant avait atteint la limite d'âge imposée par Serra Ferrer (23 ans) pour évoluer dans la réserve du Betis. C’était donc soit la prise d’opportunité soit la porte. Surtout que l’intéressé, désormais sous contrat jusqu’en 2021, n’a pas manqué de recevoir des offres d’Espagne et d’Europe. Qui sait peut-être qu’un destin a la Jonathan Soriano (qui a fait les beaux jours du FC Salzbourg après ses passages à l'Espanyol et au Barça) aurait pu l’attendre sur le Vieux continent.


En mettant le maillot verdiblanco, Loren est avant tout autre chose devenu un homme. Surtout, il s'est évité le destin funeste de nombreux joueurs talentueux devenus trop fainéants pour devenir de grands professionnels alors qu'un monde plein d'étoiles les attendait. L'histoire retiendra que c'est en se mettant un bon coup de pied au cul qu'il a réussi. Le reste, c'est le fruit du travail accompli et d'un sens de la responsabilité décuplé par les moments difficiles. L'avant-centre a attrapé la balle au bond et au bon moment. L'avenir lui appartient. Comme dirait le dicton, c'est dans dans ses pieds désormais.






Les exploits de Loren avec le Betis B