La Ligue 1 a trouvé sa nouvelle star : c’est Balotelli

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Mario Balotelli   OGC Nice oeil telefoot
Par Lucile Alard - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-10-14T10:05:14.118Z, mis à jour 2016-10-17T09:49:44.800Z

Zlatan Ibrahimovic parti faire le bonheur de Manchester United, la Ligue 1 a perdu sa plus grande star. Mais l’arrivée de Mario Balotelli à Nice et ses débuts fracassants sur les pelouses font de l’Italien un substitut crédible à l’attaquant suédois.

« La France avait besoin de lui comme elle avait besoin de Zlatan ». Il est autorisé de se méfier des sentences du truculent agent Mino Raiola, surtout quand il s’agit de vendre ses produits. Mais en parlant en ces termes de l’attaquant niçois Mario Balotelli, le puissant Italo-Néerlandais a peut-être trouvé la formule la plus juste pour qualifier le « phénomène Balotelli » qui est à l’œuvre cette saison en Ligue 1. Raiola sait de quoi il parle quand il disserte sur les phénomènes : il est aussi le conseiller de Zlatan Ibrahimovic, l’homme qui, le 13 mai dernier, a quitté le PSG sur une formule qui fera date. « Je suis arrivé comme un roi, je repars comme une légende. » 

Balotelli est arrivé en France comme une curiosité plus que comme un roi. La comparaison entre Zlatan et lui peut s’avérer hasardeuse sur le papier. L’attaquant suédois, recruté cet été par Manchester United à la fin de son contrat, a joué, à la perfection, pendant quatre ans, le rôle de locomotive d’un championnat largement distancé par le Big Four des championnats européens sur le plan des moyens économiques. Grâce à lui, la L1 avait une star mondiale à l’aura difficilement comparable, serial-buteur, capable de faire parler de lui autant sur qu’en dehors des terrains. Le départ de "la légende" aux 113 buts a laissé orphelin le championnat de France. Quatre mois plus tard, Mario Balotelli décidait de signer à Nice et de débuter la saison comme une balle.


Un joueur de football mais aussi un phénomène médiatique

« Super Mario » repartira de France comme une star s’il continue. Inter, AC Milan, Manchester City, Liverpool. La liste des clubs fréquentés par l’Italien avant de signer pour l'OGCN est aussi longue que prestigieuse. En plus de ce CV de luxe, en plus d’un talent balle au pied incontestable quoiqu’encore brut de décoffrage à 26 ans, l’attaquant possède une aura et une notoriété qu’aucun autre joueur du championnat de France ne peut aujourd’hui égaler. « Sportivement il y a des joueurs meilleurs que lui mais il n’existe pas de tel caractère médiatique en Ligue 1, analyse Pierre Rondeau, économiste spécialiste des questions liées au sport. Les autres stars du foot sont très calmes par rapport à lui, qui déborde dans la sphère extra-sportive. La ligue 1 prend de la valeur médiatique si d’autres journaux que les journaux sportifs en parlent. C’est rarement le cas sur Cavani ou sur Di Maria. »

Même au sortir de deux ans proches du néant sur le plan footballistique (seulement deux buts en championnat avec Liverpool puis l’AC Milan), son arrivée a été la plus commentée du mercato estival et a bousculé la Ligue 1. En accueillant Mario Balotelli, Nice a réalisé un gros coup. Sûrement le meilleur du mercato d’un point de vue strictement marketing. « Il accélère la notoriété du club en France et à l’étranger, détaille Pierre Rondeau. Les ventes des maillots niçois ont explosé (1500 lors des trois premières semaines, ndlr). Nice a créé un compte Twitter en italien. Des journalistes italiens ont été affiliés à Nice pour suivre le club en permanence. »

Avec lui, le Championnat de France a trouvé un joueur qui alimente la chronique, monopolise les projecteurs et peut l’aider à s’exporter. Balotelli est autant un phénomène médiatique qu’un joueur de football, pour le meilleur et pour le pire. « Il améliore l’aura et la renommée de la Ligue 1 à l’étranger, d’autant plus que les droits télé du championnat sont vendus pas lot et non par clubs, abonde Pierre Rondeau. C’est positif pour l’ensemble de la L1. Avoir des stars permet de valoriser l’attrait symbolique du championnat. »

Ultra-présent sur les réseaux sociaux (près de 4 millions d’abonnés sur Twitter), capable de sorties verbales remarquées (« Le seul qui est un peu plus fort que moi, c’est Messi », disait-il en 2010), il aimante l’attention malgré lui. Les quelques frasques qu’il a laissées derrière lui - un feu d’artifice tiré dans sa salle de bain en 2011 ou encore les fléchettes lancés sur les jeunes du centre de formation à City - enseignent que tout est toujours possible avec lui.

Ses débuts en tant que joueur niçois ont donné une idée de sa dimension potentielle. Pour sa première conférence de presse, la salle était comble. Pour son premier entraînement, les supporters se bousculaient sur son passage pour tenter d’arracher une photo. Pour son premier match, les « Lalalalala… Super Mario » résonnaient déjà dans les travées de l’Allianz Riviera. Cette anecdote rapportée sur le site du journal Le Parisien en dit aussi beaucoup : dix jours après son arrivée à Nice, plus de 50 médias différents avaient déjà fait une demande d’interview auprès du service de communication du club.

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Une photo publiée par Mario Balotelli🇮🇹🗿👪 (@mb459) le

Cinq buts en trois matches de Ligue 1

Les doutes, eux, existaient sur sa capacité à s’exprimer sportivement. Ils ont été en partie écartés face à l’OM pour son entrée en matière. En 90 minutes, il a inscrit deux buts, soit autant en championnat que lors de ses deux saisons précédentes, et rappelé à tout le monde qu’il savait être un joueur décisif pour son équipe (3-2). La suite a été aussi convaincante. Pas forcément le plus impliqué dans le jeu et le pressing, Balotelli a, en revanche, réussi ce qu’il sait faire de mieux : marquer. A son deuxième doublé de la saison face à Monaco (4-0) est venu s’ajouter le but de la victoire face à Lorient (2-1). Résultat, cinq buts pour trois matches de Ligue 1 joués et une première place au classement pour l’OGCN après huit journées. Le cycle est pour le moment vertueux explique Pierre Rondeau : « Il est en train de réussir sur le plan sportif, ce qui amène encore plus de médiatisation. »


Parler de Balotelli est devenu le passage obligé pour tous les acteurs du football français. Franck Passi, l’entraîneur de l’OM, s’est fendu d’une petite pique à son encontre en affirmant que Gomis allait remplir le Vélodrome plus certainement que lui. Le Monégasque Kamil Glik a résumé l’enjeu de Nice - Monaco en ces termes : « Notre objectif, ce sera de l’empêcher de se mettre en position de frappe. » Quant à Sylvain Ripoll, tacticien de Lorient, il a dû s’incliner après la défaite des siens : « Balotelli nous a fait mal. » 

Comme Ibrahimovic, il a réussi dès son premier mois à dominer médiatiquement la Ligue 1. Les dirigeants des Aiglons, adeptes des paris risqués, savourent le bilan sportif de Balotelli plus que le reste. Il est bien sûr trop tôt pour comparer son impact avec celui du Suédois. L’actuel attaquant de Manchester United a remporté quatre championnats de France et a marqué 113 buts (soit 0,93 but par match, personne n’a fait mieux dans les buteurs à plus de 100 réalisations). Mais la puissance de Balotelli, son sens du but, ses fulgurances font déjà de lui le joueur qui incarne l’excitation que peut produire la Ligue 1. A terme, de telles stats et une telle aura peuvent lui permettre d’occuper rapidement une place à part parmi les attaquants qui auront marqué le championnat de France.

Balotelli a plutôt tendance à écarter la comparaison avec le Suédois. « Lui, il jouait à Paris, moi je joue à Nice », a-t-il lâché sobrement lors de sa présentation. Mais il a déjà comblé une partie du vide laissé par Zlatan. Edinson Cavani a eu beau enquiller les buts au PSG, il ne dispose pas de l’aura de l’Italien et suscite trop de débats sur ses occasions ratées. Pour que Balotelli reste une chance pour le championnat, le joueur devra continuer d’être à la hauteur de son personnage médiatique. Il n’a, pour l’instant, jamais réussi à y parvenir dans sa carrière.