L'oeil de Téléfoot - Ligue 1 : la saison un peu folle du foot breton

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Jimmy Briand   Guingamp Oeil Téléfoot
Par Gaëtan Pinel - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2017-01-16T16:30:18.660Z, mis à jour 2017-01-16T16:30:19.397Z

Avec Guingamp et le Stade Rennais en très nette réussite et Lorient en lutte pour le maintien, le football breton vit une saison contrastée en L1. Nous sommes allés prendre le pouls d’une grande région de football.

Rouge et Noir, ou les couleurs d’une première partie de saison réussie. Si l’OGC Nice peut en témoigner avec son titre honorifique de champion d’automne en Ligue 1, le Stade Rennais et l’En Avant de Guingamp peuvent aussi en dire long. Les deux clubs, respectivement classés aux septième et cinquième rang de Ligue 1, incarnent la saison de football excitante que vit le territoire breton, par ailleurs secoué par la lutte pour le maintien du FC Lorient (20e).

“Une belle saison de Rennes, cela arrivera avec Christian Gourcuff, mais certainement sur le long terme”

Même s’ils sont à 6 points des places européennes, les supporters du SRFC ont retrouvé la foi en leur équipe. Pour tenter de sortir de longues années anonymes, en dehors de finales perdues en Coupe de France contre Guingamp (2009, 2014), les Rouge et Noir ont attiré Christian Gourcuff l’été dernier. Ce choix au poste d’entraîneur, après un premier passage raté en 2000-2001, laisse penser que Rennes mise sur la stabilité et la qualité de jeu pour retrouver le parfum de l’Europe, jamais fréquentée depuis un premier tour piteux de Ligue Europa en 2011-2012.

Gourcuff a présenté un projet axé sur « le plaisir du jeu, mais qui demande aussi beaucoup de travail et beaucoup de rigueur », ainsi que l’a rappelé le coach de 61 ans à son arrivée dans l’Ille-et-Vilaine. Pas toujours séduisant en début de saison, le jeu rennais s’est enrichi au fil des matchs. La patte de l’ancien entraîneur des Merlus s’installe peu à peu. Fidèle à son 4-4-2 parfois transformé en 4-2-3-1, Christian Gourcuff fait du Christian Gourcuff et adapte à l’effectif rennais la philosophie qui lui a valu sa longévité à Lorient. Un mélange de joueurs expérimentés (Costil, Danzé, Fernandes) et de jeunes pépites issues du centre de formation (Saïd, Hunou, Gnagnon) a assuré quelques belles soirées, comme le succès devant Marseille (3-2) ou à Nantes (1-2) par exemple. « Il fait jouer de jeunes joueurs formés au club et ça c’est aussi la patte Christian Gourcuff », se réjouit Simon, étudiant rennais de 22 ans et supporter du SRFC depuis son plus jeune âge.

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Rennes, avec 28 points, affiche son meilleur total depuis cinq saisons, à égalité avec 2014-2015, et semble parfaitement dans les temps pour accrocher le haut de tableau. Mais, aux abords du Roazhon Park, le stade du club, la crainte de retomber dans le ventre mou du championnat hante les fans, probablement par habitude. « Une belle saison de Rennes, cela arrivera avec Christian Gourcuff, mais certainement sur le long terme », pronostique Simon à mi-saison.

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Eux aussi évoluent en Rouge et Noir. Et eux aussi sont auteurs d’une première partie de saison encourageante, voire exceptionnelle au regard de leur budget, l’avant-dernier de Ligue 1 avec 26 millions d’euros. Avec trente points, les Guingampais pointent au cinquième rang de Ligue 1, six mois après le départ tant redouté par les supporters de l’entraîneur Jocelyn Gourvennec, désormais à Bordeaux. Mais son remplaçant, Antoine Kombouaré, a immédiatement soulagé le Roudourou. « La transition s’est effectuée à merveille, on ne pouvait pas espérer mieux », sourit Alexandre, 35 ans, inconditionnel d’En Avant et bénévole au service communication des Rouge et Noir. Et c’est peu de le dire. Après trois journées, l’EAG était installé sur le fauteuil de leader de Ligue 1 pour la première fois depuis août 2002. Seize matchs plus tard, les Guingampais jouent toujours les premiers rôles. « Je suis surpris, je nous voyais batailler pour le maintien », avoue Alexandre lors de la reprise de la compétition et le 32e de finale de coupe de France face au Havre (2-1).

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Outre le changement d’entraîneur, l’été costarmoricain fut mouvementé dans le vestiaire. Lionel Mathis, Jonas Lössl ou encore Younousse Sankharé ont quitté le navire. Mais En Avant a su combler ses pertes avec des habitués de la Ligue 1 comme Etienne Didot ou Lucas Deaux. Et en allant chercher de jeunes talents à l’image de Jordan Ikoko, déjà sous les ordres de Kombouaré à Lens. Résultat, une parfaite alchimie et le deuxième meilleur total de points du club en une demi-saison dans l’élite.

La réussite guingampaise se veut aussi le fruit d’un nouveau regard. « Le coach, c’est un meneur d’hommes », reconnaît le défenseur Benjamin Angoua. Preuve que le discours composé de « combat, guerrier, soldat » semble être passé dans le vestiaire d’EAG. Et avec cette mentalité, En Avant parvient à surprendre les grosses écuries du championnat. Car, si les Guingampais ont eu un coup de moins bien en septembre enregistrant trois défaites en cinq sorties, ils sont venus à bout de Lyon à deux reprises (en Ligue 1 et en coupe de la Ligue), de l’OM et du PSG. « C’est le résultat de notre travail, il n’y pas de surprises », confie sereinement l’ancien défenseur valenciennois. Ces performances sont impressionnantes pour un club qui participe seulement à la onzième saison de Ligue 1 de son existence. Jusqu’ici, l’EAG n’a jamais fait mieux que sa septième place en 2002-2003 sous la direction de Guy Lacombe, avec Didier Drogba et Florent Malouda en attaque.

La “spirale négative” de Lorient

Le FC Lorient compte deux années supplémentaires dans l’élite du football français. Mais quinze points de moins que son voisin guingampais à la trêve. Les merlus sont derniers à quatre points de Nantes, premier non relégable. Lorient a quasiment tout faux depuis… la reprise de l’entraînement. « On ne peut pas éluder que le mercato ne se soit pas déroulé comme on l’aurait souhaité », rappelle le défenseur François Bellugou. Des départs de joueurs clés (Jouffre, Guerreiro, Ndong) mêlés à des arrivées tardives (Mvuemba, Ciani) n’ont pas aidé l’équipe à se trouver. De longues absences pour cause de blessures (Rose, Marveaux, Aliadière) ou de suspension (Jeannot) ont accru les difficultés de l’équipe pilotée par Sylvain Ripoll.

L’entraîneur a été démis de ses fonctions le 23 octobre, lendemain d’un huitième revers en dix journées, à Dijon (0-1). « On a eu un manque de réussite au départ et une spirale négative difficile à enrayer s’est enclenchée », concède Bellugou. Lorient va mieux depuis l’arrivée de Bernard Casoni sur le banc, début novembre. Mais malgré les succès face à Rennes (2-1) et Saint-Etienne (2-1), le FCL ne décolle toujours pas du bas de tableau. « On est conditionné à jouer la survie, reconnaît l’ancien défenseur nancéien. Mais on essaye d’enclencher un nouvel élan. »

Les Lorientais n’ont plus de temps à perdre, la course aux points est lancée. S’ils avaient déjà joué avec le feu il y a deux saisons en sauvant leur peau lors de l’avant-dernière journée, ils s’étaient maintenus sans trop se faire peur lors du précédent exercice. Mais à l’heure où Rennes et Guingamp en Ligue 1, Brest en Ligue 2 et Concarneau en National brillent, les Merlus suffoquent. L’année 2017 du foot breton s’annonce chaude.