L'oeil de Téléfoot- Comment le Tours FC accélère l’accès des jeunes joueurs au niveau pro

Voir le site Téléfoot

TOUTS CREAFEED
Par CReaFeed|Ecrit pour TF1|2017-11-24T19:27:41.899Z, mis à jour 2017-11-28T13:57:40.034Z

Enfoui dans la crise depuis des années, le Tours FC s'est pourtant fait une spécialité de révéler des jeunes joueurs promis ensuite à l'élite. Derniers en date, Bingourou Kamara, Saif Khaoui ou Baptiste Santamaria. On peut aussi citer Olivier Giroud ou Andy Delort ces dernières années.

A Tours, ce ne sont pas franchement les résultats qui donnent du baume au cœur aux supporters. Habitué à jouer le maintien au prix d’opérations commandos qui ont fait sa réputation, le club d’Indre-et-Loire peut néanmoins se targuer de quelques réussites sportives. A commencer par celle d’être un tremplin unanimement reconnu pour des jeunes talents français. Le défilé des entraîneurs et les conjonctures sportives n’ont pas altéré cette capacité au fil des années. 

Parmi les derniers exemples en date, citons d’emblée Bingourou Kamara, devenu le gardien titulaire de Strasbourg cet été, Saïf Khaoui, parti en 2016 pour l’OM puis prêté à Troyes, Baptiste Santamaria, transféré à Angers l’été dernier, ou encore Chris Bedia, qui s’est envolé le même été à Charleroi (D1 belge). "Il y a ici une qualité et un savoir-faire d’enseignement qui ont fait leurs preuves depuis plusieurs années", confirme Gilbert Zoonekynd, qui a occupé les fonctions d’entraîneur de l’équipe première et directeur du centre de formation ces dernières années. "Nous avons réussi notre pari avec un certain nombre de jeunes joueurs." 

Cette tradition ne date pas d’hier. Peu se souviennent par exemple qu’Olivier Giroud s’est révélé à Tours. Aujourd’hui dans le top 10 des meilleurs buteurs de l’histoire des Bleus (29 buts), l’attaquant n’était connu de personne avant de signer au Tours FC. Alors âgé de 22 ans, Giroud sortait d’un prêt à Istres (en National), et semblait voir son avenir bouché à Grenoble, son club formateur. C’est alors que Tours, tout juste promu en Ligue 2, décida de miser sur lui. En deux saisons, il a conquis son monde en devenant meilleur buteur du championnat (21 buts en 2009-2010) avant d’être élu meilleur joueur du championnat. La suite est plus connue : Montpellier, un titre de champion de France, puis Arsenal et l’équipe de France. 

Une équipe en difficulté, plus propice à lancer des jeunes 

Reste à comprendre le pourquoi d’une telle facilité à faire éclore de jeunes talents. Quand on les interroge, les formateurs de ces joueurs lient modestement ces résultats à leur manque de moyens. Puisque le club n’a jamais eu vraiment la possibilité d’investir, même en Ligue 2, les entraîneurs se voient contraints de piocher dans le vivier interne. "Ce n’est pas plus facile ici qu’ailleurs mais ça peut aller plus vite", explique Zoonekynd. "L’accès à la Ligue 2 peut être assez rapide." En 2014, le club est par exemple interdit de recrutement par la DNCG. Or, quelques semaines plus tôt, l’équipe U19 du club a remporté le championnat de France au nez et à la barbe de toutes les grosses structures de formation françaises. 

"La génération de joueurs nés en 1995 et 1996 a largement profité de ce concours des circonstances", raconte Nourredine El Ouardani, entraîneur des U19 du club après avoir été avoir eu en charge les U17 et, par intérim, l’équipe professionnelle la saison dernière. "Des garçons comme Kamara, Khaoui ou Santamaria ont eu assez rapidement leur place dans le groupe professionnel, puis du temps de jeu et de la confiance. La réussite de jeunes joueurs ici, c’est aussi une question d’opportunités. Aujourd’hui à Tours, la situation du club et la conjoncture économique font qu’on peut arriver plus vite chez les pros qu’ailleurs." 

Dans son recrutement, le club fait aussi des paris qui s’avèrent, pour bon nombre d’entre eux, plutôt payants. L’audace est, là encore, dictée par le manque de moyens. "On n’a pas les premiers choix de recrutement", assume El Ouardani. "Les gamins qui rentrent à l’INF Clairefontaine, par exemple, ils ont quasiment tous déjà signé dans des clubs pros. On n’a pas les premiers choix. Bingourou Kamara, quand il sort de l’INF, il n’a pas de club et il retourne dans son équipe amateur de Brétigny, en région parisienne. C’est un joueur de sa génération qui l’a proposé au directeur du centre, et on est allé le voir jouer." Quelques années plus tard, le garçon fait le bonheur de son club de Ligue 1 et de l’équipe de France espoirs. Pas mal. 


23736194 1531368143583940 5948090044771052528 o



Pas de cellule de recrutement, pour limiter la marge d’erreur

Sur la manière de recruter aussi, Tours cultive sa singularité. "D’abord, nous n’avons pas de cellule de recrutement", explique El Ouardani, dont les U17 ont fini premiers de leur poule l’an dernier. "C’est le directeur du centre puis l’éducateur en charge de la catégorie qui se déplacent directement voir les jeunes qui nous intéressent. Et on s’appuie beaucoup sur le travail de la DTN, via les Pôles Espoirs, les sélections régionales et départementales, les détections…" sourit Gilbert Zoonekynd, titulaire du BEPF et d’une longue expérience du milieu, prolonge l’analyse : "On sait bien que les clubs pros entre eux ont instauré une concurrence sévère très tôt. C’est la course à partir de 12 ans. Sauf qu’à cet âge, on ne peut pas savoir quelle sera la marge de progression du gamin. Nous, on ne peut pas lutter contre eux donc on recrute un peu plus tard, à 15 ans minimum." D’où une marge d’erreur réduite par rapport à certains concurrents. 

Si Tours a fait émerger autant de jeunes talentueux, c’est aussi parce qu’il y a dans ce club une fibre liée à la formation. "Nos formateurs ont du talent", salue Gilbert Zoonekynd. "Un joueur de 17 ans a signé à l’AS Monaco avec le projet de jouer la Youth League (la Ligue des champions U19, ndlr) puis de s’approcher de la Ligue 1. Là aussi, on assume : cela montre aux plus jeunes qu’il vaut mieux, parfois, passer par Tours pour accéder au plus haut-niveau plutôt que d’aller tout de suite dans une structure énorme. On sait les amener à l’exigence de ce niveau-là."

Tours sait aussi avoir l’audace de les lancer. Exemple avec le jeune défenseur Sambou Sissoko. "On l’a vu sur un rassemblement des meilleurs joueurs parisiens organisé par la Ligue francilienne", se souvient El Ouardani, qui l’a eu sous ses ordres. "Il avait 15 ans. On est allé le voir deux fois, puis on l’a fait signer. Il avait beaucoup de volume, était discipliné, à l’écoute mais il devait progresser sur la première touche. Pendant trois ans, il n’a pas arrêté de travailler. C’est un garçon qui s’est toujours entraîné à 100%. On n’a jamais eu besoin de lui dire qu’il fallait courir, se replacer, s’investir…"

"Pas des phénomènes type Mbappé"

En 2017, El Ouardani, passé entraîneur des pros, le lance dans le grand bain de la Ligue 2. Le gamin est à peine majeur. Mais il fait forte impression pour son premier match, puis pour son deuxième… Jusqu’à gratter du temps de jeu et une sélection (puis d’autres) en équipe de France de sa catégorie. "Il est devenu une pièce-maîtresse de sa sélection et Bernard Diomède, son sélectionneur, en est très content", se félicite Gilbert Zoonekynd. "On va lui faire une proposition de contrat professionnel en espérant le garder aussi longtemps que possible." Sur sa catégorie d’âge, nombreux sont les coéquipiers internationaux de Sissoko à se contenter de jouer en équipe réserve ou de s’asseoir sur le banc des pros. Mais à Tours, les choses vont plus vite qu’ailleurs. 

Le fait d’arriver dans une équipe en situation délicate accélère aussi, du point de vue de tous, l’apprentissage. Explications du coach El Ouardani : "Quand tu arrives dans une équipe en difficulté, tu n’as pratiquement pas le droit à l’erreur. Cela développe la concentration, l’intensité… Il y a une pression, une atmosphère qui font que la progression est plus rapide. Et eux apportent à l’équipe leur insouciance, leur enthousiasme. Les jeunes ne sont pas dans le calcul, ils sont là pour gagner leur place et gagner des matches."

Ce qu’ont fait avec brio les Giroud et Delort avant-hier, les Santamaria, Bédia, Kamara ou Khaoui hier. Et demain ? Le club ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. "Nous avons encore du talent en stock", sourit Zoonekynd. "Ce ne sont pas des phénomènes type Mbappé ; ces joueurs-là, on n’y a pas accès. Mais ce sont des joueurs qui correspondent à notre idée de jeu, des joueurs intelligents qui se fondent dans un collectif." Et le technicien de citer en exemple la génération 2000, demi-finaliste du championnat de France U17 l’an dernier. 

"On a bon espoir que deux ou trois d’entre eux intègrent le groupe pro dans les deux années à venir", surenchérit El Ouardani. Mais pas question pour autant de brûler les étapes : "Il y en a un qui a fait une entrée en pro cette saison, Stefano Caille. Mais on ne souhaite pas encore l’intégrer durablement au groupe pro. Il passe le bac en fin d’année et les entraînements ont lieu pendant les heures de cours. Nous ne voulons pas que sa progression sportive se fasse au détriment de sa réussite scolaire.

Englué dans la zone rouge, Tours voit aussi s’approcher le spectre de la relégation. Mais, là encore, lancer des jeunes joueurs pourrait être la solution. "Notre formation est forte", résume El Ouardani. "Nos jeunes ont joué un rôle important dans les résultats de l’équipe première ces dernières années. Le club a tout intérêt à se servir de cette force pour rebondir au plus vite. Il y a des joueurs qui arrivent." Même si le club d’Indre-et-Loire descend en National, vous risquez d’entendre parler très vite de jeunes joueurs tourangeaux. Pour qui, comme pour d’autres glorieux aînés, le Tours FC aura été un heureux tremplin. 

Crédits Photos : Tours FC


22791936 1510052799048808 8606637269965067088 o

Plus d'actualité