Lucien Favre, portrait d’un gymnaste au Gym

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Lucien Favre   OGC Nice
Par Silvestro DE CARO|Ecrit pour TF1|2016-09-13T12:31:13.751Z, mis à jour 2016-09-22T10:26:20.348Z

Débarqué cet été à l’OGC Nice, Lucien Favre a déjà imposé son style de jeu aux Aiglons, sans faire de vagues, et dans la continuité du travail de Claude Puel. Le Suisse change mais ne révolutionne pas. La mayonnaise n’en est que meilleure.

Sans faire de bruit, l’OGC Nice s’installe confortablement sur le podium de la Ligue 1 en ce début de saison. Tout fraichement arrivé dans le sud de la France, Lucien Favre inculque ses préceptes de jeu à son groupe. Capable de s’adapter à la tactique de ses adversaires, le Suisse semble avoir trouvé la formule pour faire progresser le club dans la continuité de son prédécesseur. Une tâche loin d’être évidente, comme le confirme le début de saison mitigé du Paris Saint-Germain, lui aussi passé dans une nouvelle dimension cet été avec l’arrivée d’Unai Emery. Comme l’Espagnol, Lucien Favre a déjà fait des miracles en Europe avant de régaler le public français, souvent grâce à son agilité et à ses qualités de gymnaste. Il a dû s’accrocher, batailler et jongler. La route fut sinueuse, mais elle en valait la peine.

Un joueur qui se distingue par sa science du jeu

Avoir été un grand joueur de football n’est pas une condition nécessaire pour réussir sa carrière d’entraîneur. Arrigo Sacchi, José Mourinho et Gérard Houllier peuvent en témoigner. Lucien Favre, qui a joué au haut niveau, n’est pas dans la catégorie de ces trois génies du football. Mais en regardant dans le rétroviseur, le Suisse pourra contempler une carrière modeste ponctuée d’un honnête succès. Après avoir roulé sa bosse dans ses terres natales, de Lausanne à Neuchâtel, le milieu de terrain offensif a fait une pige à Toulouse avant de retourner au pays, au Servette. Là-bas, il y a gagné son seul trophée majeur de joueur, à savoir le championnat de Suisse. En parallèle, le joueur a été sélectionné à 24 reprises avec la Suisse. Habile techniquement, Lucien Favre était doté d’une vision de jeu intéressante et d’une intelligence tactique exceptionnelle. Des qualités qui lui ont permis de devenir un entraîneur de renom.

Patron au milieu des Klopp, Heynckes et Guardiola

Amoureux des terrains, Lucien Favre décide alors d’entamer une carrière d’entraîneur. En Suisse, il passe par toutes les étapes et les gravit tel un coureur du Tour de France. Il fait monter l’équipe d’Echallens en deuxième division suisse, un record dans l’histoire du modeste club, puis est promu en première division avec Yverdon-Sport. Il passe ensuite par le Servette puis prend les rênes du FC Zurich. Il y remporte une Coupe de Suisse et le championnat deux fois de suite. Etincelant, il est élu meilleur entraîneur de Suisse à deux reprises. Une première tournée de distinctions, mais sûrement pas la dernière.

Lucien Favre quitte sa Suisse natale et s’envole pour l’Allemagne, au Hertha Berlin. Habitué à végéter dans le ventre mou de la Bundesliga le club prend une autre dimension sous l’impulsion de l’ancien Toulousain. Au terme de sa deuxième saison, en 2008-2009, le HBSC termine à une surprenante quatrième place, avec seulement le 13ème budget du championnat. En point d’orgue, Berlin s’offre le scalp du Bayern Munich 2-1 devant les 75 000 spectateurs d’un Stade Olympique plein à craquer. Pour la première fois en Allemagne, Favre est élu meilleur entraîneur.

Le club perd ses stars pendant l’intersaison et réalise un mauvais début de championnat. Lucien Favre quitte alors le club. Deux ans plus tard, il s’engage au Borussia Mönchengladbach en plein milieu de la saison avec une mission nouvelle pour lui : jouer les pompiers de service et sauver l'équipe de la relégation. Dernier de la phase aller, le club allemand réussit une remontée spectaculaire en engrangeant notamment 13 points lors des six dernières journées. Seizième, l’équipe joue sa survie dans l’élite lors du barrage et se sauve in-extremis. Lucien Favre est une nouvelle fois élu meilleur entraineur de Bundesliga. Il réanime un club mourant et l’installe durablement dans les hauteurs du classement.

La saison suivante, Favre métamorphose le M’gladbach et termine à la quatrième place du championnat avec notamment Marco Reus, jeune joueur prometteur à l’époque. Pour sa dernière saison au Borussia, le Suisse propulse le club à la troisième place du championnat et en est une nouvelle fois élu meilleur entraîneur.


En sept ans en Allemagne, Lucien Favre aura donc été élu à trois reprises meilleur entraîneur, devant des pointures du métier comme Jupp Heynckes, Jürgen Klopp et Pep Guardiola. Il aura notamment révélé le potentiel de Marco Reus et œuvré pour le recrutement de Granit Xhaka.

Lucien Favre   Monchengladbach

L’art du gymnaste

Partout où il est passé, Lucien Favre s’est distingué par un style de jeu technique et agréable à l’œil. Tel un gymnaste, l’entraîneur aime voir le public se régaler des prouesses de sa bande. Il prône ainsi l’attaque, la virevolte, n’hésite pas à déséquilibrer son équipe pour prendre des risques, tout en s’appuyant sur un milieu de terrain technique et à l’aise balle au pied. Le football qui en sort est dynamique, offensif et ultra rapide.  Le Suisse aime la possession du ballon, la capacité à s’adapter à son adversaire, les changements de rythme et de système en plein match. Il jongle ainsi entre les schémas, sans jamais avoir la sensation de marcher sur un fil au milieu du vide. Tout est calculé, réfléchi, méticuleusement préparé. Quand il veut tenir un score, Lucien Favre n’hésite pas à mettre en place un solide bloc compact, voulu impénétrable par l’adversaire.

Dans une interview accordée au Point, Lucien Favre détaille sa vision d’entraîneur : « Le mouvement permanent est une vision que j'affectionne, avec la vitesse comme élément moteur. Tout va plus vite dans le monde, Internet, les trains, les voitures... Il n'y a pas de raison que le football échappe à cette tendance. J'aime aussi que mon équipe sorte le ballon de manière propre et j'encourage à ce qu'elle soit souvent en situation de surnombre en phase offensive. » L’adaptation est l’un des préceptes du Suisse : « J'exige que mon équipe soit capable de posséder le ballon, mais aussi de mener des attaques rapides. Je veux qu'elle soit capable de s'adapter selon qu'elle joue une petite équipe ou une grosse cylindrée. »

L’importance de la jeunesse

Autre constante des équipes dirigées par Lucien Favre, la jeunesse. L’entraîneur n’hésite pas à s’appuyer sur des éléments prometteurs et de faire éclater leur potentiel. En 2006 par exemple, la moyenne d’âge des joueurs de Zurich ne dépassait pas les 22 ans. S’il a façonné les diamants que sont Granit Xhaka et Marco Reus, il a également lancé Blerim Dzemaili et Gökhan Inler, récent vainqueur de la Premier League avec Leicester. Le Suisse prend notamment pour modèle Sir Alex Ferguson, qui écrasa tout sur son passage à Manchester United avec des jeunes pousses du centre de formation.

Est-il Nice compatible ?

Depuis quelques années, Lucien Favre est courtisé par les plus grands clubs européens. En 2013, son nom avait circulé du côté du Bayern Munich pour prendre la succession de Jupp Heynckes. Lors du même été, le LOSC l’avait approché pour remplacer Rudi Garcia. Ces derniers mois, le Suisse était évoqué du coté de Stuttgart, Galatasaray, Toulouse, l’OL et l’OM. Il s’est finalement engagé pour trois saisons à l’OGC Nice. Peut-il réussir dans le sud de la France ?

Comme évoqué précédemment, Lucien Favre a pris l’habitude de prendre des équipes moyennes, qui végètent dans le milieu de tableau, pour les faire progresser et les mener jusqu’à la Ligue des Champions. Avec l’OGC Nice, il a quelque peu changé son fusil d’épaule.  L’équipe reste sur une très belle quatrième place de Ligue 1. L’entraîneur devra donc confirmer les progrès de l’équipe et tenter de faire mieux que l’exercice précédent. La mission s’annonce périlleuse. Nice a perdu plusieurs de ses meilleurs éléments la saison dernière, tels que Valère Germain, Nampalys Mendy et Hatem Ben Arfa. Malgré les recrues estivales, pas question de révolutionner en profondeur le club. Claude Puel a fait un excellent travail que Lucien Favre continuera. « Je ne vais pas tout chambouler non plus. L'OGC Nice ne va pas changer sa manière de jouer du jour au lendemain, son style va perdurer. Mais je réfléchis aussi à la pertinence du maintien en 4-4-2, vu que Ben Arfa n'est plus là. Et je suis avant tout un pragmatique ; je n'aime pas que mon équipe soit enfermée dans un schéma. Je veux que mes joueurs s'adaptent au contexte. Parfois, elle devra presser haut ; pour d'autres matches, elle devra évoluer plus bas sur le terrain », expliquait l’entraîneur à son arrivée. Force est de constater que la mayonnaise a pris. Les Aiglons ont remporté leurs deux premiers matches de la saison, ce qui ne leur était plus arrivé depuis 2003. Autant dire une éternité. Pas question de crier victoire trop rapidement non plus. Les comptes seront à faire à l’issue de la saison. En attendant, Lucien Favre essaie, modifie par petites touches, ajuste son équipe et perfectionne ses systèmes de jeu. Dimanche, face à l’OM, il a d’ailleurs délaissé l’habituel 4-3-3 de Nice pour passer au 3-5-2.

Lucien Favre a donc toutes les qualités requises pour s’imposer à l’OGC Nice et faire encore progresser le club. Il est adepte du beau jeu et saura donner du plaisir aux supporteurs. Comme Claude Puel, l’entraîneur s’appuie sur de jeunes pousses et fait déjà confiance à Malang Sarr, un défenseur central de 17 ans. Plus globalement, il s’appuie sur un groupe très jeune, de bon augure pour un futur radieux.

Avec un système de jeu et une intelligence tactique qui a porté ses fruits en Allemagne, Lucien Favre a toutes les qualités pour s’imposer à Nice. S’il est actuellement co-leader de la Ligue 1 avec les Aiglons, l’entraîneur ne pourra être jugé sur son travail qu’à la fin de la saison. L’heure des bilans n’a pas encore sonné, mais le cœur des supporteurs bat déjà la chamade à l’Allianz Riviera.