La malédiction anglaise

Voir le site Téléfoot

La malédiction anglaise
Par Maxime DUPUIS (à Rustenburg)|Ecrit pour TF1|2010-06-25T22:30:02.000Z, mis à jour 2010-06-25T22:30:02.000Z

L'Angleterre est l'antithèse de l'Allemagne, son futur adversaire en 8e de finale, une équipe qui passe toujours aux tirs au but, elle... Mais l'équipe de David James refuse de se sentir victime d'une malédiction.

Cette fois, un nouveau tournoi commence. Chaque match peut vous renvoyer à la maison ou vous propulser un peu plus près des étoiles. Les Anglais, poussifs au possible durant leurs deux premières sorties, ont élevé le ton face à la Slovénie (1-0), et débarquent en huitièmes de finale un peu plus confiants qu'il y a encore quelques jours. Cette confiance a cependant des limites : elle ne dépasse pas 90 minutes d'autonomie. 120 dans les bons jours.


Dimanche à Bloemfontein, les Anglais de Fabio Capello vont croiser le fer avec leur meilleur ennemi, l'Allemagne de Joachim Low. Ok, la sélection aux Trois Lions a remporté la Coupe du monde 1966 aux dépens de la RFA (4-2 a.p.). Mais pour le reste, les Allemands ont plutôt l'allure du bourreau qui frappe là où ça fait mal (on parle de sport bien sûr). Depuis 1966, les Anglais ont joué deux demi-finales de grandes compétitions. Toutes deux face à l'Allemagne. En 1990 comme en 1996, l'affaire s'est terminée aux tirs au but. Et cela a inspiré à Gary Lineker une phrase devenue célèbre.


Bref, les Anglais n'aiment pas les Allemands. Et encore moins les tirs au but. En Coupe du monde, les insulaires n'ont jamais remporté une seule séance. Et, cerise sur le gâteau, ont été boutés hors d'une grande compétition internationale à cinq reprises aux tirs au but lors des vingt dernières années (1990, 1996, 1998, 2004, 2006*). Qui dit mieux ? Personne, même si l'Italie s'accroche (4 éliminations, 1990, 1994, 1998, 2008). La Perfide Albion n'est pas loin du traumatisme.


"En 2004, nous n'avions pas travaillé"


Vendredi en conférence de presse, les Anglais avaient décidé d'éviter d'envoyer un joueur de champ. Histoire de ne pas lui mettre la pétoche. A la place, ils ont envoyé David James. Ils ont bien fait. L'essentiel du dialogue entre James et ses interlocuteurs a tourné autour des tirs au but. Même si le portier de Portsmouth a tenté plus d'une fois - et avec le sourire - de mettre fin au sujet pour passer à autre chose. "Notre première intention est de gagner en 90 minutes. Voire en prolongation", a-t-il inlassablement répété. A-t-il préparé la séance ? "Je n'en ai pas tirés, non", a-t-il répondu en rigolant. Le match de 1990, comment l'a-t-il vécu ? "Dans un pub avec des potes. Je buvais... du jus d'orange."


David James a bien fini par ranger son rictus et accepté de répondre aux questions, voire aux inquiétudes de la nation. "On est confiants. On a affronté l'Allemagne à Berlin fin 2008 et on avait gagné 2-1. S'il faut passer par les tirs au but, on ira avec confiance. Mais, encore une fois, notre premier objectif est de gagner avant." Et si jamais... "La clé d'une séance de tirs au but réside dans le travail. En 2004, au Portugal, nous n'avions pas travaillé et nous n'avions pas eu accès aux informations concernant les tireurs de penalties. Cette fois, on aura ce qu'il faut pour aborder ça avec le maximum de confiance." Capello n'est pas Eriksson.


Les Anglais meilleurs tireurs que les Allemands


Au programme : vidéos, comme pour les trois premiers matches, et prise de connaissance rapide des éventuels tireurs allemands. S'ils sont sur le pré de Bloemfontein, ceux-ci devraient être Bastian Schweinsteiger, Lukas Podolski, Per Mertesacker, Phillip Lahm et Miroslav Klose. Côté anglais, connait-on déjà les heureux "élus" ? La presse locale croit savoir que Frank Lampard, Steven Gerrard, Wayne Rooney, James Milner et Gareth Barry s'y colleront. Ça se tient, selon l'avis plusieurs confrères présents en Afrique du Sud. Ces cinq là ont-ils les épaules pour effacer vingt ans de frustration, si jamais les deux équipes étaient encore à égalité au final ? Regain d'optimisme de la presse british qui s'est penchée sur les chiffres.


The Sun, tabloïd de référence, a fait ses comptes et remarqué que ces quatre dernières saisons (toutes compétitions confondues) les joueurs allemands présents dans la liste des 23 avaient transformé 79% de leurs penalties (23 sur 29). Côte anglais, le pourcentage de réussite est équivalent : 80, mais avec un nombre de penalties frappés bien supérieur (79 sur 98) et un Lampard qui présente un 26 sur 29 plus qu'honorable. Ajoutez à cela que James a stoppé 5 penalties de plus que Neuer durant la même période. Reste désormais à savoir si ces chiffres pèseront moins lourd que le poids de l'histoire.


* Demi-finale de la Coupe du Monde 1990 contre l'Allemagne (1-1, 3-4), demi-finale de l'Euro 1996 contre l'Allemagne (1-1, 5-6), huitième de finale de la Coupe du Monde 1998 contre l'Argentine (2-2, 3-4), quart de finale de l'Euro 2004 contre le Portugal (2-2, 5-6), quart de finale de la Coupe du Monde 2006 contre le Portugal (0-0, 1-3).