Manchester United : l’après-Ferguson reste une épreuve

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José Mourinho   Manchester United Oeil de Téléfoot
Par Paul Giudici - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-11-16T11:58:37.927Z, mis à jour 2016-11-16T11:58:39.535Z

Plus de trois ans après le départ d’Alex Ferguson, Manchester United n’arrive toujours pas à retrouver les sommets. Ni les transferts records, ni l’arrivée de José Mourinho ne permettent, pour l’instant, de redresser ce club légendaire.

Certains anniversaires rappellent combien le présent est difficile. Le 6 novembre, Manchester United célébrait les trente ans de la signature d’Alex Ferguson dans le nord de l’Angleterre, l’entraîneur qui a glané treize titres de champion et deux Ligue des champions au long de ses vingt-sept années de règne. Le même jour, les Red Devils se déplaçaient sur la pelouse de Swansea. Leur succès (3-1) a mis fin à une série de quatre matches sans victoire en Premier League. Pas aux doutes qui entourent le niveau de cette équipe, déjà reléguée à huit points du leader Liverpool après onze journées. Plus de trois ans après le départ de Sir Alex, sur un vingt-huitième trophée, le retour au sommet du club le plus titré du Royaume ne semble toujours pas programmé pour cette saison.

La déception est à la hauteur des attentes. Bien décidés à retrouver des standards conformes à leur histoire, les décideurs mancuniens sont allés chercher José Mourinho. Le Portugais n’avait jamais caché son envie de succéder un jour à l’Ecossais à Old Trafford. Avec le “Special One” sur le banc, United s’est offert l’un des techniciens les plus prestigieux au monde : une sorte d’assurance pour de nouveau gagner. Mourinho, c’est deux Ligue des champions et huit titres de champion dans quatre pays différents, dont trois en Premier League avec Chelsea (2005, 2006 et 2015).

“Mais ces mauvais résultats sont tout sauf une surprise, assure Jacques Crevoisier, adjoint de Gérard Houllier à Liverpool de 2000 à 2005 et conseiller technique auprès de l’UEFA. Malgré tout son talent, Mourinho ne peut pas faire de miracle. Le matériel à sa disposition est insuffisant par rapport à la concurrence.” Pourtant, Manchester a dépensé près de 200 millions d’euros pour se renforcer dans le sillon de l’arrivée du Portugais. Henrikh Mkhitarian (42 M€), Eric Bailly (38M€) et Paul Pogba (105 M€) ont débarqué cet été. Sans compter l’arrivée libre de Zlatan Ibrahimovic en provenance du Paris-SG. Même le très écouté et célèbre présentateur de Match of the Day, Gary Lineker, s’était voulu enthousiaste après le retour de l’international français à Manchester. “C’est la première fois qu’une énorme star étrangère arrive en Angleterre”, avait-il tweeté début août.


Jacques Crevoisier : “J’ai une estime colossale pour Ferguson mais il a laissé un drôle d’héritage”

En lever de rideau de la saison, les Red Devils s’étaient imposés lors du Community Shield contre Leicester (2-1), avant d’enchaîner avec trois succès de rang en Championnat. Deux mois plus tard, Old Trafford a déjà cessé de rêver. Avant son succès à Swansea, United avait perdu cinq de ses dix-sept matches toutes compétitions confondues. Le bilan de Mourinho est même moins bon que ceux de Louis van Gaal et de David Moyes, ses deux prédécesseurs, au même stade de la saison. Pour son retour à Stamford Bridge le 23 octobre, son Manchester s’est fait corriger 4-0 par Chelsea.

Le nouvel échec qui se dessine prend sa source au départ d’Alex Ferguson en 2013. J’ai une estime colossale pour lui mais il a laissé un drôle d’héritage à Moyes, explique Crevoisier. C’était une équipe vieillissante et en fin de cycle. Puis il y avait tout une jeune génération sur laquelle on a placé beaucoup trop d’espoirs. Je pense à des joueurs comme Cleverley.” Ni lui ni les Welbeck, Jones ou Smalling ne se sont montrés suffisamment performants dans un club où l’Academy a longtemps fourni l’équipe première en talents. Après les “Busby Babes” sous la direction de Matt Busby dans les années 50’, Paul Scholes, Ryan Giggs, David Beckham, Nicky Butt ou les frères Neville ont éclos sous Ferguson.

Pour compenser ce trou générationnel, Man U a multiplié les achats. “Mais on est dans un recrutement de crise, estime l’ancien consultant Premier League pour Canal +. Une des vertus de Ferguson était de prendre le temps de la réflexion. C’est quelqu’un qui a passé du temps à prendre des décisions cruciales. Sous la précipitation, vous faites des conneries, des recrutements dans l’urgence à des tarifs prohibitifs. Les scouts sont en cause. J’en aurais viré la moitié si j’étais patron du club.Difficile de lui donner tort. Les arrivées de Fellaini (32 M€), de Mata (45 M€), de Di Maria (75 M€), de Darmian (18 M€) ou de Schweinsteiger (22 M€) résonnent comme autant d’échecs.

Manchester reste un grand club mais dispose désormais d’une équipe banale. Du moins incapable de lutter pour la course au titre selon Paul Scholes.Ils peuvent gagner la Coupe de la Ligue ou la Cup mais peuvent-ils remporter le titre, s’interrogeait-il au micro de BT Sport après la défaite en Ligue Europa contre Fenerbahce le 3 novembre. Cela n’en prend pas le chemin et ils ont montré lors de ces trois dernières années qu’ils n’en étaient pas capables avec cette équipe.”


Paul Scholes - Manchester United 1994-2013 - 713 matches Vainqueur de la Ligue des Champions en 2009 et 2011 11 fois vainqueur de la Premier League

Paul Scholes : “Les dix-huit mois à deux ans à venir seront similaires aux trois dernières années”

Trop de joueurs n’ont pas ou plus le niveau. “Fellaini par exemple n’est pas assez bon pour United, promet Crevoisier. Il y a aussi le cas Rooney qui pose problème. Il a tellement donné. Il a quinze ans d’efforts colossaux derrière lui. À trente et un ans il en fait trente-six ! Le corps mais aussi la tête sont usés. C’est un vrai problème parce que ça a été une icône. Maintenant, c’est devenu un sacré handicap.”


L’absence de participation à la Ligue des champions cette saison, conjuguée aux mauvais résultats des dernières années, apparaît comme un frein pour attirer les “Tops players” malgré une puissance financière intacte. Pogba n’a pas encore prouvé qu’il appartenait à cette caste, Rooney souffre et Ibrahimovic ne convainc pas. “J’ai lu qu’il était fait pour le foot anglais mais je pense exactement le contraire, assure l’ancien adjoint d’Houllier au sujet du Suédois. Il suffit de faire une analyse un peu plus fine de ses performances dès qu’on touche au très haut niveau… En fait, Man U n’est plus si attractif et doit se retourner sur des joueurs de seconde zone comme Zlatan.Avant son doublé contre Swansea, il restait sur quarante-deux tentatives infructueuses en Premier League.


Dans une Premier League toujours plus riche et concurrentielle, le club de la famille Glazer ne peut plus se permettre toutes ces erreurs de casting. “Cela a été vraiment pénible lors de ces trois dernières années, a rappelé Scholes. Je pense que les dix-huit mois à deux ans à venir seront similaires jusqu’à ce que l’entraîneur ait trois ou quatre périodes de mercato pour construire l’équipe qu’il désire. Tout ce que nous faisons d’ici là doit être du bonus.

Le message de l’ancienne gloire locale n’est pas forcément porteur d’espoir. Certes, la succession d’un homme resté vingt-sept ans à la tête d’un club s’annonçait compliquée. Mais elle prend parfois des allures de mission impossible. “Aucune succession ne l’est, tranche Crevoisier. Ce sont juste des contextes, des configurations mais aussi une évolution du niveau des adversaires qui font que. La vie n’est faite que de cycles. Cela fait vingt ans que Liverpool n’a pas été champion.” Mais à Manchester, l’ennemi historique a trop souvent été raillé pour se permettre un tel sevrage.