Milito, l'âge des possibles

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Milito, l'âge des possibles
Par Laurent VERGNE|Ecrit pour TF1|2010-05-21T15:02:09.000Z, mis à jour 2010-05-21T15:02:09.000Z

Oublié par les grands clubs jusqu'à la trentaine, Diego Milito rattrape le temps perdu cette saison avec l'Inter. L'attaquant argentin a su se rendre indispensable chez les Nerazzurri. Décisif dans la quête du doublé en Italie, il veut maintenant la Ligue des champions. En attendant le Mondial.

Il ne faut pas se fier à la gueule des gens. Encore moins à leurs surnoms. Prenez Diego Milito. Il est le sosie, en 20 ans plus jeune, du génial Enzo Francescoli. De l'ancien attaquant uruguayen de l'Olympique de Marseille, il a également hérité d'un sobriquet, "Il Principe". Le Prince. "Ce surnom m'a toujours amusé, avoue l'Argentin, parce que je trouve qu'il ne me définit pas vraiment. Il sonne bien, mais le côté prince, ça fait un peu star, un peu diva. Et ça, ce n'est pas moi."


Non, ce n'est pas vraiment lui. Diego Milito, c'est l'anti-diva. Un modeste. C'est pour cette raison qu'il ne pouvait que plaire à José Mourinho. Ce n'est pas un hasard si le natif de Bernal s'épanouit pleinement, à bientôt 31 ans, sous les ordres du technicien portugais. Il incarne exactement tout ce que Mourinho aime chez un joueur. Du talent, bien sûr, mais surtout une éthique de travail irréprochable et un sens du dévouement permanent. Milito n'est pas venu à Milan pour briller, mais pour gagner. Il veut donner pour recevoir. Or il a énormément donné cette saison. Il n'a jamais compté ses efforts, y compris jusque dans les tâches les plus obscures. En retour, l'Argentin a attiré comme jamais la lumière sur lui, inscrivant, toutes compétitions confondues, 28 buts (sont 22 en Serie A), souvent décisifs, comme celui qui a offert le titre à l'Inter le week-end dernier à Sienne. "Le plus important de toute ma carrière, car il donne un titre, et je n'en ai pas gagné beaucoup", avoue l'intéressé.


Mourinho: "Pas une fois il ne m'a déçu"


Et pour cause. Milito a dû attendre la trentaine pour avoir enfin l'opportunité de jouer dans une équipe de premier plan. Depuis qu'il a rejoint l'Europe en janvier 2004, il n'avait connu que deux clubs avant de signer à l'Inter: le Genoa (jusqu'en juin 2005 puis en 2008-2009) et le Real Saragosse. Chaque saison, il s'est montré prolifique. Le Real Madrid s'est même intéressé à lui à l'été 2008. Sans donner suite. Idem pour Manchester City un an plus tard. Il faudra l'intuition de Jose Mourinho pour le propulser dans une autre dimension. L'entraîneur de l'Inter va convaincre le président Moratti de débourser 25 millions d'euros pour s'attacher les services du buteur du Genoa. Pour beaucoup, l'investissement est trop lourd, surtout sur un joueur de 30 ans, sans grande référence au sommet. Contrairement à celui de Samuel Eto'o, son transfert n'a pas fait couler beaucoup d'encre. Un peu de bave, tout au plus. Mais 10 mois plus tard, il n'y a plus personne pour critiquer.


Autant par ses performances individuelles que par son impact sur le collectif, Diego Milito a conquis tout le monde. Il a répondu présent dans tous les matches clés de l'Inter cette saison, que ce soit face à Chelsea ou au Barça en Ligue des champions, en finale de la Coupe d'Italie contre la Roma ou à Sienne dimanche quand le titre était en jeu. Pas toujours enclin à encenser ses joueurs, en tout cas sur la place publique, Mourinho a lâché une phrase qui en dit long sur sa considération pour son attaquant. "C'est simple, note The Special One, pas une fois cette saison il ne m'a déçu, que ce soit en match ou à l'entraînement. Je ne crois pas que je pourrais dire ça de beaucoup de joueurs." Si personne n'est indispensable, Milito n'est pas loin de l'être.


Le Mondial, enfin !


Sa réussite actuelle n'étonne pas ceux qui l'ont côtoyé ces dernières saisons, à l'image de son ancien président à Gênes, Enrico Preziosi. "Je ne suis pas surpris de voir ce qu'il a accompli à l'Inter, explique-t-il. A vrai dire, ce qui m'étonne, c'est qu'il ait fallu aussi longtemps pour que des prétendus grands clubs ouvrent les yeux. Il fallait être aveugle pour ne pas voir le talent de Diego. Tant mieux pour nous, nous avons pu en profité un peu." Et Preziosi d'avouer que la réussite de son ancien joueur le comble. "Je suis sincèrement heureux pour lui car c'est un type bien. Il raisonne avec son coeur".


En quelques mois, Milito a donc rattrapé le temps perdu. A l'âge où d'autres sont blasés, il a soif de tout. Et ne regrette rien. "C'est peut-être mieux comme ça, estime-t-il. Aujourd'hui, j'ai l'expérience et la maturité pour profiter au maximum de tout ce qui m'arrive. Peut-être que si j'avais signé à l'Inter cinq ans plus tôt, je n'aurais pas connu le même succès." Il rêve maintenant d'achever en apothéose la plus belle saison de sa carrière. D'abord en remportant la Ligue des champions samedi face au Bayern. Puis la Coupe du monde. Intermittent du spectacle avec l'Albiceleste depuis sa première sélection il y a huit ans, il avait vu le Mondial 2006 lui filer sous le nez. Cette fois, il a pris le train en route. En Afrique du Sud, il pourrait devenir la locomotive de l’Argentine.