Le modèle social, c'est 2006

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Le modèle, c'est 2006
Par Cédric ROUQUETTE|Ecrit pour TF1|2010-06-03T08:14:06.000Z, mis à jour 2010-06-03T08:14:06.000Z

Trois mois après le désastreux France - Espagne, un sentiment d'unité est revenu dans le vestiaire tricolore. Fragile ou solide ? La compétition le dira. Toujours est-il que l'idée d'un vouloir-vivre commun est redevenue à la mode. Son absence avait ruiné l'Euro 2008. Il avait été la clef en 2006.

"On vit ensemble, on meurt ensemble". On n'en est pas encore là, mais on s'en rapproche. Le slogan qui avait escorté les Bleus jusqu'à la finale de la Coupe du monde 2006 a retrouvé des couleurs. C'est ce qui s'est dit devant les médias ces derniers jours, de Tignes à Saint-Denis, en passant par Tunis. On serait moins enclin à le croire si les attitudes des Tricolores ne renvoyaient pas aussi l'impression d'un certain "vouloir vivre" commun. Cédric Carrasso disait il y a quelques jours : "Aujourd'hui, on sent vraiment les gars partager, prêts à rentrer dans l'intimité de chacun. C'est une relation plus profonde qui est en train de se créer." Djibril Cissé enchaînait, mercredi : "Il faut être 23, tous ensemble, accepter de jouer dix minutes, un quart d'heure et savoir que si un joueur est blessé, on peut rentrer pour jouer plus de temps." Et que celui qui ne souscrit pas s'écarte de lui-même...


A la suite du désastreux France - Espagne de mars dernier (0-2), où une équipe en miettes s'était fracassée contre le savoir-faire des champions d'Europe, les Bleus avaient promis de tout se dire. A en croire Le Parisien, la mise au point aurait eu lieu deux jours après le début du rassemblement, à huis clos, entre joueurs. Le staff technique, lui, avait déjà pris ses responsabilités en ôtant de la liste quelques casseurs d'ambiance et en convoquant à table, avec Claude Onesta et Stéphane Diagana, deux symboles de la France qui gagne. "J'ai senti qu'ils avaient conscience de leur besoin d'être ensemble, nous confie aujourd'hui l'ex-champion du monde du 400 mètres haies. Longtemps, ils étaient ensemble mais il y avait des incertitudes, sur qui serait là et qui n'y serait pas au final. A Tignes, c'était comme s'ils avaient eu besoin de ce moment-là pour former un vrai groupe. Il leur manquait ça, je crois, la levée de cette incertitude, pour entrer dans la dimension collective. Ils ont confiance dans leurs individualités mais cela ne suffit pas pour que quelque chose naisse. Ils le savent et ils perçoivent désormais qu'il forment un groupe homogène".


Diagana : "Envie de vivre de grandes émotions"


Diagana a parlé pendant une heure à l'ensemble du groupe et a même répondu, en petits comités, à des joueurs plus curieux. "Le témoignage que j'ai pu apporter, c'est que la réalisation de la performance passe par la richesse des relations humaines avec l'entraîneur et les partenaires d'entraînement. C'est d'autant plus vrai dans un sport collectif. Moi, j'étais seul sur la piste au moment de la performance. Mais eux, le travail de groupe se poursuit le jour J. Si le lien collectif se dissout pendant la réalisation de la performance, c'est dramatique." Le schéma est limpide. Mais l'idée d'un groupe soudainement requinqué par la Bonne Parole peut étonner. Il reste, parmi les vingt-trois, quelques incompatibilités entre des personnalités fortes, des titulaires, des différences de génération, des différentes d'ambition. "On ne peut pas créer des affinités artificielles en trois semaines, corrige Diagana. Comme dans tout groupe, toute entreprise, il y en a plus ou moins. L'essentiel est que chacun soit à sa place et comprenne qu'il a une contribution à apporter. Les différences de culture et d'âge, ça fait aussi la force d'un groupe."


Si elle forme réellement un socle ferme, cette solidarité retrouvée pourrait conduire les Bleus plus loin que prévu. Si elle n'est qu'un coup marketing pour jeunes hommes égoïstes à l'image abîmée, elle fera pschit. "C'est vrai qu'il y a beaucoup d'enjeux individuels dans le football, reconnaît Diagana. Mais ce que j'ai ressenti fondamentalement, c'est le goût du challenge et du défi. La Coupe du monde, c'est un rêve de gamins. Ils ont envie de vivre de grandes émotions, d'abord et avant tout. C'est vrai pour tous les sports. Ce que j'ai vu à Tignes me fait penser à la phrase de Federer qui avait dit un jour qu'il préférait affronter Nadal plutôt que Murray en finale de Wimbledon. S'il pensait au chèque, il aurait préféré Murray, avec plus de chances de gagner. C'est le goût des grands rendez-vous qui les mobilise, l'adrénaline". Le frisson collectif d'une finale de Coupe du monde, ils sont sept à en connaître le goût : Abidal, Gallas, A. Diarra, Ribéry, Govou, Malouda et Henry. De leur pouvoir de conviction dépend la suite de l'aventure.