Le Mondial (re)commence

Voir le site Téléfoot

Le Mondial (re)commence
Par Laurent VERGNE|Ecrit pour TF1|2010-06-26T22:30:02.000Z, mis à jour 2010-06-26T22:30:02.000Z

En Coupe du monde, les certitudes du premier tour ne survivent pas aux matches couperets, implacables. Certains, comme les Danois en 1986, ont payé pour le savoir. Les bons élèves argentins et néerlandais sont prévenus avant l’ouverture des huitièmes de finale, samedi.

On oublie tout. On repart de zéro. Samedi matin, la Coupe du monde continue pour 16 équipes. Il n'y a plus de premier tour, de points marqués, de différence de buts. Il n'y a plus de bonne ou de mauvaise impression. Il y a seulement 16 équipes, prêtes pour une deuxième Coupe du monde, car celle qui débute ce week-end n'a rien à voir avec la précédente. A tel point qu'il serait dangereux de s'appuyer sur ce que nous avons vu depuis deux semaines pour désigner un ou plusieurs favoris. Les premiers matches du Mondial offrent des indications, mais jamais des certitudes. La phase de poules est un peu à la Coupe du monde ce que la première semaine est au Tour de France. On peut y perdre le titre, en aucun cas le gagner. L'essentiel est d'y survivre. Peu importe comment. Les premiers matches doivent être appréhendés comme la partie indispensable d'un processus. Un moyen, pas une finalité.


Si le passé démontre une chose, c'est qu'il n'est que très rarement payant d'être très bien, très tôt, dans un tournoi de ce style. Il y a quatre ans, l'Espagne avait laissé une impression phénoménale au premier tour, avant de rendre les armes dès les huitièmes de finale face à une équipe de France pourtant bien moribonde quelques jours plus tôt. Au Mexique, en 1986, le Danemark et l'U.R.S.S. dévastaient tout sur leur passage. Ils avaient, eux aussi, disparu en huitièmes. Quatre ans plus tôt, tout le monde voyait le Brésil de Tele Santana aller au bout. Au lieu de quoi la finale avait opposé l'Italie, qui n'avait pas gagné un seul de ses trois matches de poule, et la R.F.A, battue par l'Algérie pour son entrée dans le tournoi. Certes, en 2002, le Brésil a été champion du monde en gagnant tous ses matches. Mais la Seleçao n'avait pas vraiment flambé lors de ses premières sorties. Elle était montée progressivement en puissance.


Laudrup: "Il y a un monde entre un match de poule et un huitième"


On le voit, les équipes qui frappent fort au premier tour ne sont pas toujours au rendez-vous par la suite. Comment expliquer ce qui peut apparaitre comme une anomalie? Michael Laudrup, membre éminent de la "Danish dynamite" des années 80, a sa petite idée. Elle n'est pas inintéressante. "Je me souviens qu'en 1986, nous n'avions rien vu venir, a-t-il confié au magazine anglais Four Four Two. Tout nous réussissait, nous avions le sentiment d'être tellement forts que rien ne semblait devoir nous arriver. Pourtant, nous avions explosé au premier accroc (1). Balayer ses adversaires au premier tour a des avantages, mais cela présente aussi deux gros inconvénients: ça créé une attente qu'il faut être capable d'assumer. Surtout, ça ne vous prépare pas aux matches éliminatoires qui arrivent ensuite. On ne se rend pas compte mais il y a un monde entre un match de poule et un huitième ou un quart de finale. Là, vous êtes forcément dans la difficulté et les équipes qui ont souffert en début de tournoi sont mieux armées pour affronter ces difficultés. S'il y a peu de différences entre les deux équipes, c'est presque toujours celle qui en a bavé avant qui va s'en sortir."


Revenons à 2010. L'histoire peut-elle bégayer? Au sortir de cette première phase, deux équipes ont terminé avec trois victoires: les Pays-Bas et l'Argentine. L'Albiceleste a tout particulièrement impressionné et beaucoup en font la principale favorite. C'est oublier qu'elle n'a plus dépassé les quarts de finale depuis 20 ans. Les Néerlandais, eux, n'ont atteint le dernier carré qu'une seule fois depuis leurs deux finales de 1974 et 1978. Ce sont deux candidats sérieux, incontestablement, mais leur carton plein ne leur offre aucune garantie. "Les Pays-Bas ont les moyens d'aller au bout mais je me méfie de ce qui semble trop simple", note Dennis Bergkamp. Parfois, il vaut mieux un bon avertissement comme celui qu'a reçu l'Espagne en perdant face à la Suisse". La Roja s'est donné une belle frayeur, mais elle sort malgré tout en tête de son groupe. Comme l'Argentine ou les Pays-Bas... Tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, dit-on. Un cliché? C'est vrai. Mais il n'y a rien de plus vrai que les clichés.


(1) Le Danemark avait dominé l'Ecosse (1-0), éparpillé l'Uruguay (6-1) et secoué la R.F.A (2-0) pour sortir du premier tour avec un statut d'épouvantail. En huitièmes, alors qu'ils menaient 1-0 contre l'Espagne, les Danois avaient encaissé un but juste avant la pause sur une énorme bourde de Jesper Olsen. Ils avaient ensuite explosé en seconde période pour perdre finalement 5-1.