Le mystère Inter

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Le mystère Inter
Par Reuters|Ecrit pour TF1|2009-11-24T08:52:06.000Z, mis à jour 2009-11-24T08:52:06.000Z

Quadruple championne d'Italie en titre, à nouveau solide leader cette saison, l'Inter Milan affiche une supériorité insolente sur ses terres. Une suprématie que les Nerazzurri sont incapables de prolonger au niveau européen, où ils pataugent régulièrement. Autopsie d'une anomalie.

L'Inter est un cas. En un peu plus d'un demi-siècle de Coupes d'Europe, toutes les grandes équipes italiennes qui ont dominé la Serie A des années 50 à nos jours ont réussi à se distinguer sur la scène continentale au cours de la même période, plaçant l'Europe à leurs pieds en même temps que la Botte. Ce fut le cas de l'Inter dans les années 60 (3 scudettos et deux Coupes des champions entre 1962 et 1966), de la Juventus dans la décennie suivante (5 titres en Italie, une finale de Coupe des champions et une Coupe UEFA) et dans les années 80 (4 nouveaux titres entre 191 et 1986, deux finales dont une victoire en C1 et une victoire en Coupe des Coupes), du Milan AC de la fin des années 80 au milieu des années 90 (4 titres, 3 C1 et deux autres finales) puis, à nouveau, de la Juve à la fin du siècle dernier (5 titres entre 1995 et 2003, une C1 et deux autres finales).


Depuis quelques années, c'est donc un scenario totalement inédit qui prévaut. L'Inter n'en finit plus de dominer la Serie A. Les Nerazzurri restent sur quatre titres consécutifs, performance qui n'avait plus été accomplie depuis le grand Torino de la fin des années 40. Si le premier de ces quatre sacres a été obtenu sur tapis vert, en 2006, les trois derniers titres ne souffrent d'aucune contestation. Cette saison encore, l'Inter caracole en tête du classement. Si l'on remonte au début de la saison 2006-2007, en incluant les 13 rencontres disputées lors de l'exercice en cours, le bilan des Lombards est surréaliste en championnat: 127 matches joués, 90 victoires, 28 nuls et seulement 9 défaites. D'où cette question: comment une équipe aussi nettement au-dessus du lot dans un championnat aussi relevé que la Serie A peut rester aussi anonyme au plus haut niveau européen?


Tout est dans la tête


Ces trois dernières années, le patron du Calcio a traversé la Ligue des champions presque en spectateur, quittant à chaque fois la compétition au stade des huitièmes de finale, après avoir subi la loi de Valence, de Liverpool et de Manchester United, sans remporter un seul des six matches disputés face à ces trois adversaires. L'Inter n'a d'ailleurs gagné que trois de ses quinze dernières rencontres de Ligue des champions, face au Panathinaikos, à Famagouste et, récemment, au Dynamo Kiev. Le décalage entre le rendement de l'équipe milanaise dans les compétitions nationales et au niveau continental est donc frappant.


L'Inter a pourtant tout pour elle. La confiance née de ses succès domestiques, un effectif pléthorique qui n'a rien à envier à personne, des stars et des moyens. En recrutant il y a un an et demi Jose Mourinho, entraîneur qui a fait ses preuves en C1 avec Porto puis Chelsea, le président Moratti espérait avoir trouvé le chainon manquant, l'homme capable de faire franchir enfin un cap à son équipe. Il attend toujours. Jusqu'ici, Mourinho n'a guère eu plus de réussite que son prédécesseur, Roberto Mancini. Plutôt moins, même. A l'image de son entraîneur portugais, l'Inter joue donc gros lors des deux derniers matches de la première phase. Une élimination si précoce serait très mal venue. Pour l'heure, après sa victoire à Kiev, l'Inter a pris la tête du groupe B, mais tout reste possible, surtout avec la perspective du déplacement à Barcelone mardi soir.


Toujours en quête d'une victoire référence en Ligue des champions, l'Inter espère l'obtenir dans le cadre prestigieux du Nou Camp mardi soir, face au champion d'Europe en titre. Histoire de gagner une crédibilité et un respect qui lui font toujours défaut, à juste titre. Ce n'est pas tant au niveau footballistique que les Milanais doivent franchir le cap. Ils ont les jambes, il leur manque la tête. Faute de se hisser régulièrement dans le dernier carré, l'Inter n'a pas cette culture européenne qu'elle peut par exemple envier à son voisin et rival, le Milan AC. Lors du match aller face au Barça, à San Siro (0-0), les Intéristes étaient apparus exagérément timorés. Idem 8 mois plus tôt face à Manchester. Comme s'ils nourrissaient un complexe d'infériorité. Cet Inter là n'a aucune chance à Barcelone. Mourinho le sait. "Le plus important, ce ne sera pas la technique ou la tactique, prévient-t-il. L'élément déterminant à ce niveau, c'est l'état d'esprit. Le mental. Au Nou Camp, nous allons voir si nous avons de la personnalité." Tant qu'elle n'en aura pas davantage, l'Europe restera hermétique aux charmes de cette Inter qui envoûte la Serie A depuis quatre ans.