Mythes Téléfoot : Les albums Panini

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Par Silvestro DE CARO|Ecrit pour TF1|2014-04-17T14:20:00.000Z, mis à jour 2014-04-17T15:02:17.000Z

Dans sa rubrique Mythes Téléfoot, la rédaction raconte un événement, un fait, une compétition, un moment d'histoire, ou la genèse d'un objet fétiche, et le démystifie. A quelques semaines de la Coupe du Monde au Brésil, Téléfoot.fr a choisi de vous ramener à votre enfance. Au menu : les albums Panini.

Les frères Panini n'en avaient aucune idée, pourtant, quand ils ont créé leurs fameux albums, ils allaient révolutionner la façon de voir le football d'une génération de gamins éprise d'amour du ballon rond. Qui n'a jamais connu l'engouement autour de l'ouverture du paquet ? Eprouvé le suspense infernale du contenu de ce paquet ? Ressenti la joie d'avoir pioché la vignette manquante ? Enduré l'amère déception à la découverte de cartes déjà possédées ? Quel gosse n'a jamais couru dans la cour de récré pour échanger avec ses copains quelques vignettes ? Probablement aucun. Et pour cause, l'album Panini, depuis sa création, entretient le culte des photographies de joueurs, et le perpétue de générations en générations. Retour sur la genèse et le succès d'un projet fou.

Les gamins aiment le chocolat et les photos
Issus d'une famille pauvre de Modène, Giuseppe et Benito Panini ont un dessein plus ambitieux que celui de leurs parents. Ils ne souhaitent pas vendre des journaux toute leur vie, bien qu'ils n'ont pas d'aversion pour ce métier. A la fin des années 50, ils remarquent alors la passion des enfants pour le chocolat. Un amour du cacao entretenu par des petites vignettes glissées dans les tablettes. Les gamins en sont fous, se les arrachent, les collectionnent et se les échangent. La fratrie Panini a alors la lumineuse idée de glisser quelques clichés de footeux dans leurs propres journaux, afin de booster leurs ventes. Chaque titre de presse est accompagné de sa photo. Les ventes décollent, la mode se confirme, les frères sont aux anges. Ils avaient, en l'espace de quelques mois, trouvé leur poule aux œufs d'or.

Calciatori et Bruno Bolchi

Forts de leur ingénieuse trouvaille, les deux frères inventent un nouveau concept : l'album Panini. Son essence ? Rassembler différentes vignettes de footballeurs au sein d'un même album, pour recomposer les équipes. En 1961, « Calciatori », qui signifie « footballeurs » en italien, voit donc le jour. Il rend hommage au Calcio, le championnat italien. Historiquement, la première vignette Panini est à l'effigie de Bruno Bolchi, joueur emblématique de l'Inter. Anecdote surprenante, il fallait à l'époque coller les vignettes en carton avec un tube de colle.

En hommage à Umberto Panini, la couverture du premier album Panini de l'histoire. En 1961 pour le championnat italien pic.twitter.com/DHotY6h8s0

— Old School Panini (@OldSchoolPanini) 30 Novembre 2013

Era il 1961 e Bruno Bolchi, capitano dell'@Inter di allora, era protagonista della prima figurina #CalciatoriPanini pic.twitter.com/2nCqj7Ws7e

— Figurine Panini (@figurinepanini) 17 Janvier 2014

Inventions et fortune
Rapidement, les deux frères ressentent le besoin de développer leur business. Ils font appel à Franco et Umberto, leurs deux autres frères, et ce qui devient une entreprise familiale emploie en peu de temps près de 400 personnes. Au toucher mythique de l'album s'associe la senteur mémorable de la colle. Le succès est immense, et se matérialise dans les cours de récréation. Les enfants discutent foot mais surtout vignettes. Ils s'échangent leurs cartes pour remplir leur collection. Fort de ce succès grandissant, la fratrie Panini invente les vignettes auto-adhésives au début des années 70, ce qui soulagera les poignets d'un grand nombre d'aficionados. Panini se dote également du « fifimatic », une machine créée par Umberto Panini, capable de conditionner en autonomie et en tout hasard les paquets de vignettes. « Les frères Panini n'ont pas inventé les vignettes mais ils ont eu l'idée géniale de les vendre en pochettes de façon à créer un effet de surprise. Vous ouvrez une pochette, vous découvrez l'autocollant manquant et cela créé une émotion qui n'existait pas », raconte en 2011 le directeur du groupe pour l'Italie lors d'une exposition Panini, Antonio Allegra.

Panini débarque en France
Les frères Panini attendent quelques années avant de s'exporter à l'international. Après tout, leur fortune pouvait ne reposer que sur un effet de mode, qui s'estomperait avec le temps, comme fond la neige au soleil. Que nenni, le business prospère. En 1970, Panini édite un album spécial pour la Coupe du Monde 1970. C'est à ce moment que les fameuses vignettes débarquent en France. Le succès est immédiat, mais Domenech et consorts doivent attendre jusqu'en 1976 pour voir leur visage archivable dans un album. C'est en effet lors de cette année que Panini se décide à éditer un album dédié à la Division 1 française. Celui-ci surfe alors sur la folie verte. Les Verts dominent la France, et parviennent jusqu'en finale de la Coupe d'Europe des clubs champions. Découvrez-les grâce au site internet oldschoolpanini :




Le mythe des vignettes introuvables
Devenu un objet fétiche, possédé par tous les fans de football, l'album Panini suscite admiration et controverse. Un sentiment étrange est d'ailleurs partagé par un bon nombre de collectionneurs au crépuscule du XXème siècle : existe-t-il des vignettes plus rares que les autres ? En effet, beaucoup s'accordent à dire qu'il est des vignettes quasiment introuvables. Pour éteindre l'incendie, Isabelle Fillon, chef de produit pour Panini France est montée au créneau et a rassuré son monde. Panini n'a jamais voulu créer de phénomène de rareté avec ses vignettes. L'employée a tout de même reconnu que les vignettes à l'effigie des écussons des clubs étaient moins diffusées que les autres, en raison de leur brillance. Plus luxueuses, elles nécessitent un processus de fabrication plus coûteux.

Les vignettes virtuelles
Connaissant un essor sans précédent, tournant parfois à l'amour passionnel pour certains, Panini a continué à éditer des albums, aussi bien à l'effigie des championnats nationaux, que des compétitions internationales comme l'Euro ou la Coupe du Monde. L'entreprise a également su diversifier son cœur de métier, en proposant des albums sur des thèmes différents comme Olive et Tom, des groupes de musique ou des films. Mais l'invention la plus surprenante et de facto déroutante reste l'apparition des albums virtuels. Exit le plaisir du toucher en 2008, Panini lance ses vignettes virtuelles, récoltables et échangeables notamment via les réseaux sociaux. Si cette initiative a quelque peu fait tiquer les plus fidèles aficionados de la marque modénaise, elle réussira toujours à réveiller un sentiment de nostalgie enfoui au plus profond de chacun de nous. Quel adulte n'a jamais feuilleté avec émotion un album de son enfance, tombant dessus par hasard ? Dans le football, l'histoire, le passé, n'a peut-être pas d'égal. Qu'importe, Panini a inventé une façon indémodable de vivre un sport intemporel, transgénérationnel, adulé par les petits comme par les grands.

Quant aux frères Panini, ils sont aujourd'hui tous allés rejoindre les cieux. Leur passion continue de vivre à travers leurs albums, et un musée a été ouvert à Modène en 2007 en leur honneur.