Mythes Téléfoot : Andrés Escobar, assassiné pour un but inscrit contre son camp en Coupe du Monde

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Mythes Téléfoot : Andrés Escobar, assassiné pour un but inscrit contre son camp en Coupe du Monde
Par Silvestro DE CARO|Ecrit pour TF1|2014-06-27T13:37:00.000Z, mis à jour 2014-06-27T13:49:49.000Z

Dans sa rubrique Mythes Téléfoot, la rédaction raconte un événement, un fait, un joueur, une compétition, un moment d'histoire, et le démystifie. Alors que la Coupe du Monde bat son plein, Telefoot.fr a choisi de vous faire (re)découvrir une scène marquante qui a bouleversé l'histoire du football. En 1994, alors que la Colombie fait office d'outsider pour le Mondial, Andrés Escobar inscrit un but contre son camp, qui le coûtera la vie quelques jours plus tard.

Tous les spectateurs qui ont suivi de près ou de loin le Mondial 1994 ne peuvent plus regarder de la même façon un but inscrit contre son camp. Quand un joueur fait trembler ses propres filets, impossible de ne pas se remémorer le sort tragique d'Andrés Escobar. Alors que tout un pays attend la qualification de la Colombie pour le tour suivant de la Coupe du Monde, le défenseur inscrit un but mortel contre son camp. Oui, mortel est le mot le plus approprié...

La Colombie, un outsider brisé
En 1994, la Colombie débarque aux Etats-Unis dans la peau d'un outsider crédible à la couronne finale. La bande à Valderrama a en effet été l'auteur d'une phase de qualification tonitruante. En point d'orgue, les Cafeteros humilient l'Argentine 5-0 et livrent un récital qui est encore dans toutes les mémoires colombiennes. Pour la première fois de son histoire, l'Albiceleste s'incline à domicile dans le cadre des éliminatoires. Sûrs d'eux, des milliers de Colombiens investissent des sommes colossales sur leur sélection. Pourtant, aux Etats-Unis, rien ne se passe comme prévu. Pour son entrée en lice dans la compétition, la Colombie s'incline 3-1 face à la Roumanie. Pas de panique, les Cafeteros vont se reprendre et dominer l'hôte du Mondial. Après tout, les USA ne sont pas une référence footballistique. Pourtant, là encore, rien ne se passe comme prévu. A la 34ème minute, l'inimaginable se produit. Sur un centre, Andrés Escobar, le défenseur central, tente de dégager le cuir. Mais son tacle, trop maladroit, propulse le ballon au fond de ses propres cages, gardées par Valderrama. Une action malheureuse. Son arrêt de mort.

Today 20 years ago Andres Escobar scored an own goal for Colombia vs the US in the World Cup that led to his murder pic.twitter.com/riLiy8tlOY

— tragic bronson (@badrannn33) 22 Juin 2014

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Douze balles
Peu après la mi-temps, les Etats-Unis enfoncent le clou et inscrivent un second but. La réduction de l'écart en toute fin de rencontre par Valencia n'y change rien, la Colombie s'incline 2-1. Deux rencontres, et voilà les Cafeteros déjà éliminés. Malgré une victoire 2-0 contre la Suisse, les hommes de Pacho Maturana rentrent au pays. A cette époque, Pablo Escobar, le plus célèbre des narcotrafiquants colombien est décédé, mais la capitale, Medellin, est en proie à une vague de violence sans précédent. Coups de pistoles, drogue et prostitution rythment les journées des habitants.

Andrés Escobar fue asesinado en un incidente presuntamente relacionado con el autogol que marcó ante Estados unidos. pic.twitter.com/kFBmvyVplK

— Muerte De Famosos (@MuerteDeFamosos) 25 Juin 2014

Quand ils rentrent en Colombie, les joueurs de la sélection sont considérés comme des parias. Ils redescendent vite de leur piédestal, et sont la cible quotidienne de menaces de mort. Pas de quoi s'alarmer non plus. En tout cas, c'est ce que pensent les joueurs. Andrés Escobar est même plutôt serein : « Dans le football, au contraire des combats de bêtes sauvages, la mort n'existe pas. Personne ne meurt, personne ne se fait tuer. Il n'y a que du plaisir. » Alors que le gouvernement conseille aux joueurs de rester cloîtrés chez eux, étouffant, Andrés Escobar en décide autrement. Un soir, il décide d'aller boire un coup avec plusieurs de ses amis, dans un bar de Medellin, El Indio. Très vite, il est reconnu par des habitants de la ville, et les insultes fusent. Le défenseur colombien n'a d'autre choix que de prendre la fuite. A sa sortie, une voiture lui bloque le passage. Un homme en sort, armé d'un pistolet. Il vide son chargeur sur Escobar. Pour chaque balle tirée, 12, son meurtrier, Humberto Munoz Castro, garde du corps de deux trafiquants reconnus, crie « Gol ». Sans défense, le défenseur succombe à l'hôpital, une heure plus tard.

Qui était Andrés Escobar ?
Surnommé « le Gentleman du football » pour son élégance sur le terrain, Andrés Escobar évoluait à l'Atletico Nacional, et devait s'engager avec l'AC Milan. En équipe nationale, il comptait la bagatelle de cinquante sélections, et formait l'une des meilleures défenses colombiennes de l'histoire. Né en 1967, l'homme était très pieux, et possédait une bonne réputation dans sa ville. Chaque Noël, il chargeait son 4x4 de cadeaux, et les distribuait aux enfants de la ville. Il était également réputé pour son investissement dans l'aide aux plus défavorisés.

Andrés Escobar - a Colombian player murdered after he scored an own goal in USA 94. pic.twitter.com/oFf9JylRoD

— World Cup Legends (@worldcupkings) 23 Juin 2014

Un monument à sa gloire
Lors de son enterrement, plus de 120 000 personnes se pressent derrière le cortège. César Gaviria, le président de l'époque, y assiste également. La ville entière pleure son fils. Vingt ans après la mort d'Andrés Escobar, le quartier a bien changé. Medellin est un centre touristique important, symbolisé par l'Abura Valley. Si la cité qui a élevé Andrès s'est transformée, les habitants, eux, n'ont pas oublié l'homme. Un monument a ainsi été érigé en sa mémoire.

My dad made this sign when Andres Escobar was murdered during the World Cup, always in our hearts, especially now ⚽️ pic.twitter.com/rP9RBUMJ4Z

— Valerie Tovar (@valerietovar2) 26 Juin 2014

Et l'assassin ?
Si la mort d'Andrés Escobar a certainement été orchestrée pour le but qu'il a inscrit contre son camp face aux Américains, son commanditaire n'a jamais été trouvé. Beaucoup pensent qu'elle est l'œuvre d'un des syndicats de jeu de hasard, ou de narcotrafiquants. Ceux-ci auraient parié gros sur la Colombie, qui était armée pour aller au bout de ce Mondial. Quant à son meurtrier, il a été condamné à 43 ans de prison, avant de voir sa peine allégée à 26 ans. En 2005, soit 11 ans plus tard, il est finalement libéré pour bonne conduite. Un acte que Medellin n'a jamais pardonné aux autorités. « C'est une honte pour la Colombie », criait son père, Dario Escobar.