Mythes Téléfoot : Pak Do-Ik, le dentiste Nord-Coréen qui élimine l'Italie à la Coupe du Monde 1966

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Par Silvestro DE CARO|Ecrit pour TF1|2014-05-22T13:45:00.000Z, mis à jour 2014-05-22T14:03:43.000Z

Dans sa rubrique Mythes Téléfoot, la rédaction raconte un événement, un fait, un joueur, une compétition, un moment d'histoire, et le démystifie. A moins d'un mois de l'ouverture de la Coupe du Monde, Téléfoot.fr a choisi de vous faire (re)découvrir une scène historique qui a eu lieu en Angleterre, lors du Mondial 1966. Alors que l'Italie, favorite de la compétition, rencontre la surprenante équipe de la Corée du Nord, un dentiste de formation élimine la Squadra Azzurra.

En 1966, l'Italie est sur le toit du monde. L'Inter et son rival, l'AC Milan, raflent tout sur leur passage en Europe. Alors, à quelques semaines du coup d'envoi de la Coupe du Monde en Angleterre, la Squadra Azzurra fait partie des favoris. Mais en phase de groupes, la surprenante équipe de Corée du Nord parvient à arracher sa « finale » face à l'Italie. Pak Do-Ik inscrit le seul but de la rencontre, l'Italie est éliminée. Une praline mythique, qui bouleverse l'histoire de l'Italie, mais qui n'empêchera pas quelques joueurs nord-coréens de finir au goulag...

Today in 1966 - Italy go out of the World Cup after losing 1-0 to North Korea at Ayresome Park in Group D. pic.twitter.com/oJkKQFrGF6

— Michael Man Utdzw (@MHennah) 19 Juillet 2013

Première participation pour la Corée du Nord
Le verdict est tombé. L'Angleterre a été désigné pour accueillir la Coupe du Monde 1966, après une âpre bataille avec la RFA. Au terme d'une phase de qualification aussi exceptionnelle que laborieuse (victoire 6-1 contre la Finlande, défaite 1-0 face à l'Ecosse), l'Italie décroche son ticket pour la compétition, tout comme la RFA, le Portugal, l'URSS, la France, l'Espagne, la Bulgarie, la Hongrie et la Suisse. En Amérique du Nord, le Brésil, le Chili, l'Argentine et l'Uruguay se qualifient, à l'instar du Mexique dans la zone des Caraïbes. Sur les 16 places, la FIFA décide de n'en accorder qu'une seule pour trois continents : l'Asie, l'Australie et l'Afrique. Jugeant cette décision scandaleuse, toutes les équipes africaines et asiatiques décident de protester et se désistent. Toutes, sauf une, la Corée du Nord. Dans une sorte de « finale », les communistes battent l'Australie et se qualifient pour la Coupe du Monde, leur première. C'est seulement la troisième fois de l'histoire qu'un Mondial accueille une équipe asiatique, après les Indes orientales néerlandaises en 1938 et la Corée du Sud en 1954.

Finale de groupe contre l'Italie
Pour l'Italie, le tirage au sort semble clément. La Squadra Azzurra tombe dans le groupe D avec l'URSS, le Chili, et la Corée du Nord, véritable petit poucet de la compétition. L'équipe entraînée par Edmondo « Mondino » Fabbri est en pleine confiance, après des victoires face à la Bulgarie, l'Autriche, l'Argentine et le Mexique en matches de préparation. Mais pour la bande à Mazzola, tout ne se passe pas comme prévu, bien au contraire. Après une victoire contre le Chili, elle chute face à l'URSS, 1-0. Dans le même temps, la Corée du Nord s'incline 3-0 face aux autres communistes, avant de surprendre le Chili, 1-1.

► LA COREE DU SUD A LA COUPE DU MONDE 1966 (VIDEO)

Le dernier match, qui oppose alors Italiens et Nord-Coréens fait figure de « finale » du groupe. Celui qui gagne le match est promis aux quarts de finale. Sûr de lui, Fabbri décide de remanier son équipe, et opère six changements dans le onze de départ. Alors qu'il suffit à la Nazionale d'un match nul pour voir le tour suivant, elle va vite déchanter. L'Italie domine et se créé pléthore d'occasions, mais bute sur un excellent gardien. A la demi-heure de jeu, Bulgarelli se blesse, l'Italie doit jouer à 10. En effet, à l'époque, les remplacements n'existaient pas. La Corée du Nord profite très rapidement de sa supériorité numérique, et à la 42ème minute, Pak Do-ik inscrit un but, le seul de la rencontre. Les Coréens battent l'Italie 1-0, et accèdent donc aux quarts de finale.

COUNTDOWN - 54 days! Pak Do-Ik's goal gives North Korea a famous 1-0 victory over Italy in 1966. pic.twitter.com/ZP30mh7IVP

— World Cup 2014 (@Brazil14WC) 19 Avril 2014

Qui es-tu, Pak Do-Ik ?
Après avoir inscrit son but, les Italiens affublent à Pak Do-Ik le surnom de « dentiste ». La légende veut que le joueur soit surnommé ainsi pour la douleur que son but aurait causé au football italien. D'autres, dont la presse, prétendent qu'il aurait été dentiste. Mais plus probablement, Pak Do-Ik était caporal dans l'armée nord-coréenne, avant d'accéder au grade de sergent après le Mondial. Peu après, le joueur aurait décidé de quitter le monde de la guerre pour devenir instructeur en gymnastique. Né en 1942 à Pyongyang, capitale du pays, il a porté la flamme olympique en Corée du Nord, en 2008.

Les Nord-Coréens en héros, les Italiens décriés
Après cette défaite, l'Italie doit rentrer à la maison. L'entraîneur prend la responsabilité de l'échec, et n'est pas prolongé. Dans la foulée, les joueurs regagnent leur territoire, et atterrissent à l'aéroport de Gênes. Ils doivent alors vivre un véritable calvaire, sous les huées et jets de tomates de la part de tifosi enragés. Depuis l'après-guerre, la Nazionale est éliminée pour la quatrième fois au premier tour.

Du côté coréen, c'est tout l'inverse. Le match se jouant à Middlesbrough, les supporteurs prennent la Corée du Nord en affection, car ils sont vêtus de rouge, tout comme l'équipe locale. La foule encourage les partenaires de Pak Do-Ik, et scande « Korea » à tout bout de champ. Après leur victoire face à l'Italie, 3000 fans de Middlesbrough les suivent d'ailleurs jusqu'à Liverpool, cité dans laquelle ils s'apprêtent à affronter le Portugal en quart.

1966. North Korea celebrate their win over Italy pic.twitter.com/94eIrqyYFW

— The League Magazine (@Theleaguemag) 1 Mai 2014

Eusebio, plus fort que tous
En quart de finale, la Corée du Nord doit croiser le fer avec le Portugal d'Eusebio. Après la victoire face à l'Italie, les Coréens ne vont pas connaitre un dénouement aussi glorieux. Au terme d'une rude bataille, le Portugal domine son adversaire 5-3. Spectaculaire, Eusebio inscrit d'ailleurs un quadruplé et propulse les siens en demi-finale. De son côté, la Corée doit rentrer au pays. Attention au goulag...

Des joueurs au goulag ?
Après l'élimination de la Corée, plusieurs légendes affirment que certains joueurs aient été envoyés au goulag par le Grand leader, Kim Il Sung. Pierre Rigoulot, spécialiste de la Corée du Nord et rédacteur en chef de la revue Histoire & Liberté, a longtemps raconté sa version des faits. Selon lui, plusieurs joueurs auraient été envoyés dans des camps dès leur arrivée à Pyongyang. Des dires basés sur le témoignage de Kang Chol Hwan, réfugié nord-coréen, habitué des goulags nord-coréens. Pour d'autres, cette histoire ne serait que le fruit de l'ennemi intime de la Corée du Nord, son voisin, la Corée du Sud.

Pak Do-Ik retrouvé
Durant des années, plusieurs journalistes italiens ont tenté de retrouver des joueurs, afin de les interviewer. En vain. Mais en 2001, Daniel Gordon et Nick Bonner ont finalement réussi à mettre la main sur Pak Do-Ik. Après quatre ans d'enquête, et dans la volonté de réaliser un documentaire, Le Match de leur vie, qui retrace l'épopée du la Corée du Nord au Mondial 1966, ils ont retrouvé le dentiste.

The Greatest World Cup upset? Watch Pak Do-Ik (L) give North Korea a 1-0 win v Italy in 1966 http://t.co/u7aCgeVql0 pic.twitter.com/gJjZDoFivZ

— BBC Sport (@BBCSport) 27 Mars 2014

Après un silence de 35 ans, Pak Do-Ik s'est enfin confessé. « Kim Il Sung nous avait demandé de gagner un match ou deux », avoua-t-il. Le performance fut donc historique.