L'oeil de Téléfoot - Nice avait un plan, ou comment le Gym est redevenu un club majeur de L1

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L'OGC Nice au top
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-05-10T12:17:52.987Z, mis à jour 2017-05-13T13:53:09.536Z

L'OGC Nice va terminer la saison 2016-2017 à la troisième place et figure parmi les plus belles équipes du football hexagonal. Ce classement, qui s'ajoute à la 4e place de l'an dernier, ne doit rien au hasard. Cela fait au moins six ans que le Gym mûrit son retour au premier plan, avec un projet réfléchi, centré sur l'esthétique du jeu et une vision à long terme.

En mai 2011, l'OGC Nice se maintenait en Ligue 1 au soir de la 38e journée. Pour la seconde fois consécutive, le Gym a dû batailler jusqu'à la dernière minute pour assurer sa place dans l'élite. Cinq ans plus tard, le club azuréen est troisième du Championnat de France et bien parti pour retrouver une Ligue des champions qu'il n'a plus disputée depuis 1960. Ce bond en avant du club niçois, acteur majeur de la L1 aux côtés du PSG et de Monaco, ne doit pas grand-chose au hasard. 

Bien loin du coup d'éclat ou de la surprise à la Leicester, la progression du Gym est en fait le résultat d'une stratégie mûrie il y a plusieurs années. L'an 0 du renouveau de Nice remonte à la période de ce maintien raccroc du printemps 2011. Jean-Pierre Rivère, un entrepreneur niçois, arrive alors avec quelques millions d'euros… et un objectif : remettre le club sur le devant de la scène hexagonale.

"Ce n'était pas gagné que ça prenne aussi vite"

Journaliste et écrivain niçois, spécialiste de football, Thibaud Leplat raconte : "L'idée, c'était en fait de faire revenir le club au niveau qu'il a eu à son heure de gloire, dans les années 1950. A l'époque, Nice était, avec Saint-Etienne, le grand nom du football français. Rivère voulait faire de Nice une valeur sûre du championnat de France. Il est en passe de réussir sa mission."

La progression était planifiée. Mais son ampleur et sa vitesse demeurent étonnantes. Didier Ollé-Nicolle a entraîné Nice en 2009-2010, un an à peine avant l'arrivée de Rivère. Il fait partie des nombreuses personnes stupéfaites par le spectacle. "Je suis impressionné par ce que fait le club, reconnaît l'entraîneur d'Orléans. J'ai été les voir jouer deux fois cette saison. C'est une équipe qui me bluffe par sa constance. Le virage et le projet ont été réussis. Ce n'était pas gagné que ça prenne aussi vite."Le président des Aiglons, Jean-Pierre Rivère

Le projet, justement, est un modèle du genre. Il s'appuie sur deux jambes : la formation et la philosophie de jeu. Une sorte de calque du FC Barcelone à l'échelle de la Côte d'Azur. "Quand Rivère est arrivé, c'était juste après le Barça de Guardiola qui avait tout raflé, c'était la grande mode, rappelle Thibaud Leplat. Les dirigeants niçois ont importé cela." Avec, en filigrane, l'idée de remettre un peu de magie et d'attractivité autour de leur club. "Avant, Nice, c'était vraiment moche, c'était laborieux, se remémore Leplat. Tu souffrais en regardant le Gym. Et puis, il y a eu ce projet. L'idée, c'était de faire venir du monde au stade, d'être aimé, de séduire. Et, à terme, de faire grandir le club grâce à cela."

"Passes courtes", "pression sur le porteur" et "jeu vers l'avant"

Pour séduire, Nice a entrepris de "faire jouer" ses équipes. Des plus petits aux plus grands. Au centre de formation, la priorité a été mise sur le recrutement de profils plus techniques et parfois moins athlétiques, dont l'égérie est aujourd'hui le milieu de terrain Vincent Koziello. Une philosophie de jeu s'est progressivement imprégnée. En préformation, les gardiens de but ont par exemple reçu l'interdiction de jouer long à la relance. Un lexique commun a été mis en place, révélé par Thibaud Leplat dans son ouvrage Football à la française. A Nice, des U7 à l'équipe première, les jeunes parlent le même football, fait de "passes courtes", de "pression sur le porteur" et de "jeu vers l'avant".(Crédit photo : OGC Nice)

Vincent Koziello

L'influence du Barça de Guardiola n'explique pas tout. C'est en 2007, en réalité, que les éducateurs du centre de formation avaient entrepris d'impulser un style séduisant et offensif à leurs équipes. A son arrivée, Rivère ne s'y trompait d'ailleurs pas : "Mon objectif est de faire grandir le Gym en bâtissant sur ce qui existe déjà", soulignait-il. L'ancien entraîneur, Didier Ollé-Nicolle, témoigne : "Il y avait déjà un travail régulier, sous l'impulsion du regretté René Marsiglia (ancien directeur du centre et entraîneur des pros, décédé en 2016, ndlr). Le vivier existait déjà, aussi. Bref, nous n'avions pas les moyens et les méthodes qu'il y a aujourd'hui mais on sentait, déjà, une vraie volonté et un savoir-faire."

Au catalogue des qualités développées par le club, figure notamment la capacité à attirer les meilleurs joueurs de la région. C'était loin d'être gagné il y a encore quelques années, selon Ollé-Nicolle. "A l'époque, on avait déjà l'ambition de jouer au ballon, explique-t-il. Mais on n'avait pas forcément les joueurs pour. Nice n'a jamais eu les "premiers couteaux" du recrutement. Les excellents joueurs allaient plutôt à Monaco, Lyon voire Marseille."

Devant l'OM et l'OL, chez les jeunes et chez les pros

"A ce moment-là, poursuit-il, des clubs phares comme Rennes avaient des niveaux dix fois supérieurs aux nôtres en termes de formation. Notre centre de formation était à la limite de l'insalubre. Quand on faisait visiter les chambres et le reste aux parents, ça ne leur donnait pas vraiment envie. Si on était en concurrence avec Lyon, par exemple, on ne faisait pas le poids." Aujourd'hui, grâce à des investissements qui se comptent en millions, Nice fait le poids et se permet même quelques escapades hors-PACA. Fin 2016, le club a par exemple mis les bouchées doubles pour recruter un jeune joueur du Red Star, en région parisienne, âgé de 12 ans. Le petit a eu l'honneur d'une visite du centre de formation et d'une rencontre avec Younes Belhanda, une de ses idoles, pour le convaincre de rejoindre le club azuréen. 

En termes de résultats, cette nouvelle politique n'a pas toujours donné satisfaction. Dans l'ouvrage de Thibaud Leplat, Alain Wathelet, directeur du centre de formation du club, raconte par exemple la fois où il a demandé à ses éducateurs d'interdire les relances longues des gardiens de but : "Au début, tu prends une ribambelle de buts parce que le gardien n'est pas habitué, les défenseurs ne savent pas se placer… Les éducateurs n'étaient pas contents." Des années plus tard, la mue a enfin pris : les U17 et les U19 des Aiglons brillent en championnat national, devançant par exemple l'OM dans les deux catégories. 

Et que dire de l'équipe professionnelle ? Elle devance l'OM en Ligue 1 mais aussi l'OL, Saint-Etienne ou Bordeaux, des grands noms du Championnat. Dans la continuité de ce qui a été impulsé chez les jeunes, le Gym a su faire briller son équipe-phare grâce à ses deux jambes, le jeu et la formation. Pour cela, Rivère a fait confiance à deux entraîneurs aux profils de bâtisseurs : Claude Puel de 2012 à 2016 et Lucien Favre depuis l'été 2016. "A Nice, les investissements ont été faits sur les entraîneurs, détaille Thibaud Leplat. L'ADN, c'est le projet, la philosophie de jeu. Pas les joueurs ou les entraîneurs."

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Les chefs passeront, le projet restera

Il suffit de retrouver les déclarations de Lucien Favre à son arrivée, mais aussi celles d'Hatem Ben Arfa, de Mario Balotelli ou de Dante. Interrogés sur les raisons de leur arrivée sur la Côte d'Azur, tous ont donné, quasi-immédiatement, la même réponse : l'attractivité du projet. "Puel et Favre ont été critiqués quand ils ont choisi le Gym, ils avaient des propositions plus alléchantes, rappelle Leplat. Mais ils ont compris qu'il y avait à Nice un projet d'éthique de jeu qui leur convenait." Et un effectif modelé en conséquence : des jeunes du cru biberonnés à la philosophie locale (Sarr, Koziello…), des jeunes joueurs propulsés sur le devant de la scène (Mendy, Cyprien, Pléa…) et des "stars" relancés, comme Dante, Belhanda, Ben Arfa ou Balotelli.

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Le cocktail a pris parce que "tout le monde s'est plié à l'exigence qui est ce style niçois, cette esthétique", selon Ollé-Nicolle. Le reste du club s'est développé en parallèle, peut-être même en conséquence. L'Allianz Riviera - un stade flambant neuf - est sorti de terre à l'été 2013, le secteur du marketing a été considérablement étoffé, des investisseurs chinois sont arrivés, le nouveau centre d'entraînement est attendu pour la fin de saison… Tout cela pour donner au Gym des fondations pérennes. Comprenez : si le président (annoncé sur le départ l'été dernier), l'entraîneur (le départ de Puel a suscité nombre d'interrogations) ou les joueurs passent, le projet, lui, restera. Avec ses principales caractéristiques : le style, le stade, les finances (assainies), et cette esthétique du jeu enseignée dès le berceau. Avec cela, l'OGC Nice peut dormir sur ses deux oreilles encore quelques années. Et même faire quelques jolis rêves.