OM : 200 M€, la somme qui fait presque rêver

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Thauvin et Marquinhos   PSG OM Oeil de Téléfoot
Par Paul Giudici - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-11-25T15:01:14.973Z, mis à jour 2016-11-25T15:01:16.806Z

Sevrés de transferts spectaculaires sous les années “MLD”, les fans de l’OM changent d’espérance avec les 200 millions d’euros sur quatre ans promis par le nouveau propriétaire de l’OM. Dans l’univers du foot, toujours plus fastueux, le somme semble assez modeste au regard des ambitions du nouveau propriétaire.

C’est l’annonce phare. La petite phrase qu’on retient au milieu de toutes les autres. Celle qui titille. Mieux : qui excite. Dès le rachat de l’Olympique de Marseille, finalisé le 17 octobre, Frank McCourt a annoncé son intention d’investir au moins 200 millions d’euros lors des quatre prochaines années. Jacques-Henri Eyraud, le président du club, a précisé la pensée du patron quatre jours plus tard, à l’occasion de la présentation de Rudi Garcia. 200 M€ seront investis sur les quatre années qui viennent et évidemment plutôt sur les deux prochaines années parce que ce sont celles où on va devoir mettre en marche les projets de recrutement et renforcer l’équipe.” Le cap est fixé. Mais même si la somme est rondelette, elle reste très inférieure aux besoins manifestes d’une équipe qui veut lutter avec le PSG en France et avec les meilleurs en Europe. 

En moyenne, la cagnotte McCourt ne représente “que” 50 M€ par saison. C’est trop peu dans un univers où le joueur moyen se monnaye déjà contre plusieurs millions d’euros. “A priori, ils vont amorcer la pompe avec un investissement conséquent au départ et le réduire dans le temps, mais de là à être champion de France, il y a une marge, estime Christophe Lepetit, économiste du sport au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges. Paris a quatre ans d’avance en ayant investi beaucoup (environ 600 M€ de transferts depuis le rachat du club par QSI en 2011). Cela peut cependant permettre à Marseille de se replacer dans le haut du tableau et d’être compétitif très vite.”


Lors de la fin de son mandat à la tête de l’OM, il était souvent reproché à Margarita Louis-Dreyfus de “ne pas sortir le chéquier”, comme on dit sur les plateaux télé. Pourtant, la veuve de Robert, qui a racheté le club en 1996, disposait d’une fortune estimée à 8,6 milliards de dollars selon Forbes. Le matelas du nouveau propriétaire de l’OM est près de six fois moins confortable.

Peu importe. La différence dans l’engagement suscite, chez les supporters marseillais, l’idée que l’OM va arrêter de regarder Paris enchaîner les chèques sans réagir. “Avant, c’était n’importe quoi, avec un président qui se prenait aussi pour un directeur sportif, un entraîneur et un agent de joueurs, raille Christian Cataldo, leader du groupe de supporters des Dodgers, en évoquant Vincent Labrune. On n’a pas été déçu par les dernières annonces. C’est très bien. S’ils mettent 100 M€ dès la première année, on peut faire un bon petit recrutement. Peut-être plus au mercato d’été. Si les résultats suivent, l’OM c’est une machine de guerre avec la billetterie, la boutique, les sponsors… Ça va s’affoler.”

Christian Cataldo : “Le temps nous dira si Eyraud est un beau parleur mais pour l’instant le discours est clair et cohérent”

Dans une ville où même le maire, Jean-Claude Gaudin (LR), a enjoint McCourt à “mettre des sous”, le discours de Cataldo apparaît presque petit bras. “Pour une fois, on a des gens qui savent ce qu’ils font, explique-t-il. On a un entraîneur (Rudi Garcia) qui est une pointure, un directeur sportif (Andoni Zubizarreta) connu dans le monde entier. On a vu le président (Eyraud) deux fois. Le temps nous dira si c’est un beau parleur mais pour l’instant, le discours est clair et cohérent. Il connaît le milieu du foot, Marseille et l’équipe. Il a dit : ‘Je vais mettre 200 M€ et on va essayer de faire une équipe qui joue la Ligue des champions tous les ans’. Ça me va très bien.”


Les supporters olympiens ont été si exaspérés par la fin de règne du duo MLD - Labrune que Jacques-Henri Eyraud semble bénéficier, dans un premier temps, d’un blanc-seing. “Les fans ont des grandes gueules mais ne sont pas méchants pour autant, assure Jean-Claude Dassier, ancien président de l’OM (2009-2011). Je ne vous dis pas que j’étais totalement rassuré dans les premières semaines quand je les ai rencontrés mais ça s’est bien passé.”

Reste à mettre des noms derrière les chiffres. Sans trop attendre. Le public marseillais guette les nouveaux joueurs qui vont débarquer au mercato d’hiver puis l’été prochain. “Même si les dirigeants décident d’investir 80 M€ dès la première année, c’est une somme qui se dépense très rapidement, rappelle Christophe Lepetit. Ils ne pourront pas s’acheter les stars actuelles ou des internationaux titulaires en club. Il va falloir chercher des joueurs aux profils intermédiaires : soit ayant déjà prouvé leur potentiel en France, soit étant en rupture dans leur club.” On s’en fout des stars, tonne Cataldo. Ce qu’on veut c’est gagner des matches. On ne va pas juger dès qu’un nouveau joueur arrive. J’ai un exemple flagrant. Quand Waddle est arrivé (en 1989), tout le monde s’était moqué de Tapie. C’était son plus gros transfert alors qu’on ne le connaissait pas. Il était gros et, au début, il n’avançait pas sur le terrain. Alors qu’après… On jugera sur les résultats.”

Christophe Lepetit : “Cela aura de quoi séduire les exigeants supporters marseillais”

Le recrutement de stars ne garantit pas la réussite. Malgré plus de 150 M€ dépensés lors de la remontée du club en Ligue 1 en 2013, Monaco n’avait pu empêcher Paris d’être champion de France. Le propriétaire russe Dmitri Rybolovlev a même dû changer de modèle économique. Depuis, l’ASM se rabat davantage sur l’achat de jeunes joueurs en devenir avec l’idée de les revendre pour réaliser une forte plus-value. Pour l’instant, ça marche correctement. Malgré l’absence de titre, l’ASM joue les premiers rôles et s’installe dans le Top 16 européen via la Ligue des champions. “On va faire comme eux mais sans changer notre fusil d’épaule, prophétise le leader des Dodgers. C’est-à-dire comme eux à partir de la deuxième année.”

“L’OM champions project” se veut plus proche d’un modèle ressemblant à celui du Séville FC. Le club espagnol évolue dans l’ombre du FC Barcelone et du Real Madrid mais il a remporté trois Ligues Europa. “J’aime bien ce que fait ce club, des performances exceptionnelles avec un budget raisonnable”, avait expliqué Eyraud dans une interview au Journal du Dimanche. Après le projet Dortmund de Labrune ou le “Bayern du Sud” de Robert Louis-Dreyfus, l’OM a une nouvelle inspiration. Les Andalous se sont spécialisés dans le recrutement malin et peu onéreux.

Eyraud veut aussi miser davantage sur la formation, pas vraiment le point fort de Marseille. L’OM ne dispose que du vingt-deuxième centre de France selon le classement établi par la Fédération française (FFF) en juin, derrière des clubs comme Châteauroux, Troyes ou Valenciennes. Peu de joueurs émergent en interne, malgré les débuts de Maxime Lopez (18 ans) cette saison. “On a un des plus gros viviers de France, s’étrangle Cataldo. Des Lopez, il y en a plein, mais ils sont à Nantes, Saint-Étienne, où vous voulez, mais pas à Marseille.

Les dernières sorties, à Montpellier (1-3) puis face à Caen (1-0), témoignent encore des lacunes de l’effectif actuel. Mis à part Bafétimbi Gomis, Lassana Diarra ou Henri Bedimo, peu de joueurs peuvent revendiquer une carrière accomplie au haut niveau. Ces manques ne seront que partiellement corrigés cet hiver. “Je pense qu’avec un investissement bien senti et avec ce staff, cela aura de quoi séduire les exigeants supporters marseillais”, veut croire l’économiste du sport. “On n’est plus à une demi-saison près”, euphémise Cataldo. Comme tout Marseille, il est conscient que, quelque soit l’investissement, il faudra surtout du temps à cet OM pour qu’il bascule dans un cercle vertueux.