OM : Que sont devenus les joueurs qui ont terminé quatrièmes du championnat avec Marcelo Bielsa ?

Voir le site Téléfoot

error
Par Silvestro DE CARO|Ecrit pour TF1|2016-11-15T18:15:44.841Z, mis à jour 2016-11-22T09:49:53.484Z

Adulé par les supporteurs de l’Olympique de Marseille, moqué par certains consultants, Marcelo Bielsa n’a laissé personne indifférent lors de son passage en France. Quatrième de Ligue 1 à l’issue de la saison 2014-2015, l’Argentin était-il armé pour faire mieux ? La réponse peut paraître surprenante…

Quand, au coin du feu, nous narrerons à nos petits-enfants, sur nos genoux, l’histoire de l’Olympique de Marseille, quelles seront nos palabres ? Nous débuterons avec une certaine nostalgie par le parcours victorieux en Ligue des Champions, la fameuse épopée de 1993. D’ici là, un autre club français aura-t-il soulevé le précieux sésame ? Nous poursuivrons ensuite par les titres de champion de France, la folie des années 90, les Coupes de France, les Coupes de la Ligue, la rivalité avec le Paris Saint-Germain. Les meilleurs d’entre nous se souviendront même des deux Coupes Intertoto glanées en 2005 et 2006. Nous nous perdrons sûrement dans nos discours, manquant d’évoquer les quelques Ligues des Champions glanées au détour d’un ambitieux et sérieux « OM Champions Project ». Et puis, au milieu du récit, un nom reviendra nous illuminer la mémoire. A son évocation, certains poils pourraient se dresser sur notre épiderme. Chez les plus sensibles d’entre nous, les yeux pourraient même s’embuer à l'évocation d'un nom : Marcelo Bielsa. « Ce fut court, mais très intense » se souviendront certains. D’autres se poseront une question, qui brûlera leurs lèvres : « pourquoi se souvenir d’un fou alors que l’histoire ne retient que les vainqueurs ? » Car ce fou, même s’il n’a pas amené son équipe vers les sommets, a tiré le maximum de ses joueurs. Et il a réussi à enflammer le Vélodrome. Une victoire bien loin des sentiers battus des bilans comptables.

Une révolution du jeu, pas des résultats

La saison 2013-2014 fut particulièrement mouvementée pour l’Olympique de Marseille. Sur le banc, Elie Baup avait laissé sa place à José Anigo, sûrement lassé par les 0-0 à répétition de son équipe. Son successeur avait mené les Phocéens jusqu’à la sixième place de Ligue 1, avec 60 points au compteur et 53 buts inscrits. A l’intersaison, l’effectif n’avait ensuite pas été révolutionné : Alessandrini, Bathsuayi, Barrada et Doria débarquaient, Jordan Ayew, Valbuena et Amalfitano prenaient la poudre d’escampette. Le véritable changement avait lieu sur le banc : Marcelo Bielsa débarquait.

Les supporteurs ne le savaient pas encore, mais ils allaient assister à un changement révolutionnaire dans le jeu de leur équipe. L’équipe terminerait quatrième après avoir été championne d’hiver, avec 69 points dans la besace et 76 buts inscrits. Doté de méthodes d’entraînement qui tranchent avec les standards de la Ligue 1, Marcelo Bielsa parvient à tirer le meilleur de son groupe. Sous son impulsion, Mendy, Dja Djédjé et consorts sont métamorphosés. Après quatre défaites de suite, en avril 2015, l’Argentin prophétise : « Les joueurs français n’ont aucune limite qui les empêcherait de s’adapter à n’importe quel projet. Regardons ce qui va se passer dans le futur. Aujourd’hui, c’est Mendy et Imbula. L’an prochain, ce sera Lemina et Thauvin, ou Michy et Dja Djédjé. Tous termineront dans de grands championnats et de grandes équipes. Et tous finiront par valoir 30 millions d’euros, ce qui est aujourd’hui la valeur de Mendy et Imbula. »


L’Argentin ne s’est pas trompé et beaucoup n’ont pas su saisir l’essence même de son discours. Pour une majorité d’observateurs, Bielsa avait à sa disposition un groupe de joueurs capables d’aller chercher le titre en fin de saison. Sur la durée, son équipe n’était pourtant pas programmée pour jouer les premiers rôles. Ses joueurs sont désormais tous partis pour de folles sommes. Pour la plupart, ils se sont perdus en cours de route.

Imbula, symbole de la déroute

Bielsa n’était pas loin du visionnaire parfait dans ses déclarations. Ses joueurs ont déserté contre des sommes bien trop élevées. En revanche, ils ne se sont pas forcément adaptés à leurs nouveaux challenges. Steve Mandanda et Dimitri Payet font office d’exceptions. Le gardien a été titularisé à neuf reprises en Premier League avec Crystal Palace cette saison et demeure un élément incontournable de son équipe. Seule ombre au tableau, les Eagles ne sont que seizièmes du championnat. De son côté, Dimitri Payet a rejoint West Ham contre 15 millions d’euros en juillet 2015 et s’est rapidement imposé comme le meilleur joueur de son équipe. Mais là encore, les Hammers ne brillent pas au classement, 17èmes. Ces deux joueurs sont unis par un point commun assez surprenant : pourquoi, malgré leurs bonnes performances, aucun grand club n'est venu les chercher ?


Dans l’ancienne défense concoctée par Marcelo Bielsa, seul Benjamin Mendy sort la tête de l’eau. Transféré cet été contre 13 millions d’euros, le latéral gauche enchaîne les bonnes prestations à Monaco, aussi bien en Ligue 1 qu’en Ligue des Champions. De son côté, après des débuts très prometteurs et l’annonce d’une grande carrière, Nicolas Nkoulou a signé à l’OL cet été. Le Camerounais est régulièrement titulaire mais ses prestations sont moyennes. Il a d’ailleurs été écarté lors des trois derniers matches de l’OL. Une saison avant Nkoulou, un autre défenseur de l’OM faisait son arrivée chez l’autre Olympique. Depuis deux ans, Jérémy Morel enchaine les matches à Lyon. A 32 ans, il s’est imposé comme un élément important de son effectif, mais ses prestations sont encore loin d‘être parfaites.

Remplaçant de l’équipe type de Marcelo Bielsa, Rod Fanni avait pris la poudre d’escampette en août 2015 vers le club qatarien d’Al Arabi. Son aventure hors européenne ne fut pas une grande réussite, le défenseur préférant s’exiler en prêt dans les bas-fonds de la deuxième division anglaise avec Charlton. Le Français a ensuite regagné l’OM. Autre interrogation, Matheus Doria. Quand il avait rejoint l’OM, beaucoup d’observateurs s’étonnaient de ne pas le voir jouer en Ligue 1. Ces derniers reprochaient alors à Marcelo Bielsa de ne pas lui offrir de temps de jeu, arguant qu’il était capitaine des U20 Brésiliens. Après le départ du Loco, le défenseur est retourné dans son pays, à Sao Paulo en prêt. Marseille a une nouvelle fois privilégié cette option ensuite pour lui donner du temps de jeu et l’a envoyé à Grenade. Là encore, il n’a que très peu joué. Etait-il réellement le crack annoncé ?


L'OM sous Marcelo Bielsa


La plus grosse déception du secteur défensif de Marcelo Bielsa s’appelle Brice Dja Djédjé. Alors que son ancien entraîneur lui prédisait une valeur marchande proche des 30 millions d’euros, le Franco-Ivoirien a rejoint cet été Watford pour dix fois moins. Le latéral n’a depuis disputé aucune rencontre de Premier League. Et pour cause, il n’a pas été inscrit sur la liste des joueurs alignés par les Hornets en championnat.

Pour son milieu de terrain, Marcelo Bielsa s’appuyait généralement sur Alaixys Romao et Giannelli Imbula. Le premier a joué les remplaçants la saison dernière et évolue désormais à l’Olympiakos. Il n’a pour le moment pas été titularisé avec sa nouvelle équipe. Le deuxième est certainement la plus grosse déception du football français de ces cinq dernières années. Annoncé comme la future pépite de l’Equipe de France, Imbula n’a pas confirmé son potentiel. Après deux bonnes saisons à l’OM, il s’engage au FC Porto pour cinq ans. Le club des Dragons, qui se trompe rarement dans son recrutement, n’hésite pas à débourser 20 millions d’euros pour lui. Le conte de fée tourne vite au cauchemar. Il perd sa place de titulaire et se retrouve remplaçant. Après dix mois seulement, il quitte le Portugal et s’envole pour Stoke City. Dans l’affaire, Porto réalise une exceptionnelle plus-value de cinq millions d’euros. Cette saison, il a été titularisé quatre fois en Premier League. Son équipe végète à la douzième place du championnat. Le Guardian l’a même inséré dans sa liste de joueurs aux prestations décevantes.


Une attaque mi-figue mi-raisin

Dans son 4-2-3-1, Marcelo Bielsa s’appuyait régulièrement sur le quatuor formé par Payet, Thauvin, A.Ayew et Gignac en attaque. Là encore, les expériences étrangères de ces joueurs n’ont pas toutes été couronnées de succès. Dimitri Payet s’est engagé à West Ham, qui n’est pas le grand club promis par beaucoup d’observateurs. André Ayew a de son côté pris la route de Swansea malgré des intérêts présumés des clubs milanais ou de l’AS Roma. Etrange. Malgré une bonne première saison outre-Manche, il quitte les Swans et s’engage en faveur de West Ham. Gravement blessé à la cuisse en ouverture du championnat, il a fait son retour sur les pelouses fin octobre.

Florian Thauvin a lui aussi pris la décision de rejoindre l’Angleterre après le départ de Bielsa. Le Français s’est engagé à Newcastle mais n’a pas connu la progression espérée. L’attaquant y a fait banquette six mois avant d’être prêté à Marseille. Il n’y retournera ensuite pas.


Thauvin - Newcastle


Auteurs de très bonnes prestations à Marseille, André-Pierre Gignac s’est engagé à la surprise générale chez les Tigres de Monterrey, au Mexique. Malgré de bonnes statistiques, aucun grand club n’est venu frapper au portillon. L’attaquant a continué d’enfiler les pions et a même fait son retour chez les Bleus. Il connait toutefois un exercice 2016-2017 plus compliqué avec cinq buts en 14 rencontres.

Ainsi, aucun joueur de l’équipe type de Marcelo Bielsa n’a réussi à s’imposer à l’étranger dans un grand club. Beaucoup n’ont pas su se montrer à la hauteur du niveau qu’ils avaient développé sous les ordres de l’Argentin. Ont-ils été surestimés ? Probablement. L’importance de Marcelo Bielsa, quant à elle, a certainement été sous-estimée.