OM : comment Garcia s’est vacciné contre la pression à l’AS Roma

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Par Mickaël Olivier et Paul Giudici - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-10-28T12:47:25.016Z, mis à jour 2016-10-28T13:17:19.977Z

Rudi Garcia, le nouvel entraîneur de l’OM, sait qu’il s’est engagé pour le club français où la pression populaire et médiatique peut être déstabilisante. Mais il en a vu d’autres au cours de ses deux saisons et demi à l’AS Roma, en Italie.

S’il veut avoir une idée de ce qui l’attend à l’Olympique de Marseille, Rudi Garcia peut regarder ce qui se passe chez le grand rival, le Paris-SG. Le club parisien court après le « bon » entraineur depuis que QSI l’a racheté en 2011 avec l’idée - pour ne pas dire l’obsession - d’atteindre les sommets du football européen. Carlo Ancelotti n’était pas assez malléable pour les nouveaux actionnaires. Laurent Blanc n’était pas assez performant en Ligue des champions. Et Unai Emery, recruté cet été, est actuellement concurrencé par Nice et Monaco dans le Championnat de France. Il ne survivrait pas à un tel désordre et Paris en serait encore à chercher son entraîneur idéal.

Garcia, engagé par une nouvelle équipe dirigeante, qui possède le même objectif que le PSG, peut aussi regarder dans le rétroviseur à Marseille pour s’habituer à l’idée que la durée de ses nuits va se réduire. A Marseille, les entraîneurs qui ont laissé une empreinte au cour du dernier quart de siècle ont tous été des personnages loin des normes, mélanges d’autorité technique et de personnalité débridée comme Raymond Goethals (1991-1993, une victoire en Ligue des champions), Eric Gerets (2007-2009) ou Marcelo Bielsa (2014-2015). Didier Deschamps a aussi laissé une trace profonde en faisant revenir les trophées à Marseille en 2010. Mais il l’a aussi quitté malheureux, miné, au bout du rouleau, avec quinze kilos de trop, rattrapé par la pression affolante qui s’abat sur l’équipe quand les résultats ne suivent pas et que les coulisses deviennent un panier de crabes.

Garcia a accepté d’être l’homme qui va ramener l’OM au premier plan et créer les conditions d’une victoire en Ligue des champions, objectif assumé par le nouvel actionnaire, l’Américain Frank McCourt. Avec cet objectif sportif, il a accepté d’amortir la pression que les médias et le public marseillais vont placer sur l’équipe. Par rapport à son passage réussi à Lille (2008-2013 avec le doublé Championnat/Coupe en 2011) et ses derniers souvenirs du championnat de France, le changement est radical. Mais si Garcia peut affronter un tel challenge avec la maîtrise nerveuse qui caractérise son personnage, ce n’est pas uniquement en raison de sa forte personnalité. C’est aussi parce qu’il a déjà connu ça dans des proportions supérieures en Italie, à Rome, où il a passé deux saisons et demi entre l’été 2013 et février 2016.

Rudi Garcia : « S’ils étaient venus accueillir une rock star, la scène n'aurait pas été fondamentalement différente »

Lundi 17 juin 2013. Rome. Aéroport de Fiumicino. Rudi Garcia s’est mis d’accord avec la Roma quelques heures plus tôt pour un contrat de deux ans avec option sur deux autres. A l'insistance de Walter Sabatini, son directeur sportif alors sous pression, il a été nommé entraîneur avec pour mission de relancer une équipe sans boussole depuis deux saisons. Garcia était à New York quelques jours plus tôt pour rencontrer James Palotta, PDG de Raptor Group, propriété du club de la capitale italienne. « Je pensais arriver à peu près incognito et me fondre dans la foule des voyageurs pour récupérer mes bagages, écrit Rudi Garcia dans son autobiographie, Tous les Chemins mènent à Rome (paru en 2014 aux éditions Hugo Sport). Sans bruit, quitte à raser les murs pour n'alerter personne. Je désirais la plus grande discrétion, j'allais être servi. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir devant moi un mur de caméras et de micros, une bonne vingtaine de journalistes qui jouaient des coudes et une centaine de tifosi qui hurlaient leur passion pour la Roma. Hallucinant. S’ils étaient venus accueillir une rock star, la scène n'aurait pas été fondamentalement différente. On m'avait pourtant prévenu mais je n'en revenais pas. »

A Marseille, Garcia est arrivé plus discrètement. « Marseille est ce qui peut se rapprocher le plus de la pression qui s’exerce en Italie, mais avec moins de monde », détaille Christian Damiano, adjoint de Claudio Ranieri entre 2009 et 2011 à Rome. Le Français a une idée précise du tourbillon dans lequel Garcia s’est construit en tant que manager. « A Rome, Milan ou Turin, c’est un matraquage permanent, avec beaucoup de commérages et d’espionnage, nous raconte-t-il. Les conférences de presse sont toujours bondées. Trois défaites et vous êtes menacés ! Vous subissez un bombardement. C’est ce qui arrive à Frank De Boer en ce moment avec l’Inter Milan. Il y a aussi des tables rondes tous les soirs sur des tas de chaînes télé. Pareil pour les radios. »

« La pression médiatique est énorme, avait lui-même raconté Garcia à La Voix du Nord en novembre 2013. Après un match, il me faut une heure avant de venir devant la presse écrite. Je dois répondre aux questions des quatre chaînes de télévision avec un ordre bien précis et une radio. Ce qui me prenait un quart d’heure à Lille me prend au moins une heure ici. » Garcia a connu ces situations où un homme n’a plus l'impression de s’appartenir. « Je ne profite pas beaucoup de la vie à Rome, notait-il. Un titre n’a rien trouvé de mieux que de mettre ma maison dans le journal. J’étais un peu fâché et j’ai dit que ça ne se faisait pas. Mais le mal était fait. »


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Christian Damiano : « Le plus difficile, c'est la présence des ultras quand ça va mal »

Cette pression de fou, Garcia l’a domptée très vite et a inspiré sa première conférence de presse tout en maîtrise à Marseille. Son agilité avait bluffé les habitués du centre d’entraînement de Trigoria, avant même la série de dix victoires qui a caractérisé son début de saison. Dès son arrivée à l’aéroport de Fiumicino, il a mis tout le monde dans sa poche en improvisant un « Forza la magica » (« vive la magie ») à destination des tifosi. Sa première décision fut d’apprendre l’italien et il a demandé à l’assemblée, dès sa première conférence de presse, que toutes les questions soient posées en italien. Après son premier entraînement, dans un contexte de crise aiguë pour la Roma, son cran l’a installé comme un de ces "Mister" que l’Italie vénère : « Ceux qui critiquent les joueurs, ceux qui critiquent le club, ces gens ne peuvent pas être des supporters de l’AS Roma. Quand tu aimes ton équipe, quand tu aimes ton club, tes joueurs, tu encourages, tu encourages ton équipe. Au pire, ce sont des tifosi de la Lazio. »

Des deux pressions, celle des fans et celle des médias, la première a été la plus lourde à assumer. « Le plus difficile, c'est la présence des ultras quand ça va mal, raconte Damiano. Vous avez les supporters qui vous approchent dans la rue et vous menacent. Quand on est arrivé à la Roma (après deux journées et autant de défaites, en remplacement de Luciano Spalletti en septembre 2009), la Roma était dernière. L’équipe était menacée. On était retranché dans le camp d’entraînement. On entendait les bombes agricoles la nuit. Il y avait des policiers régulièrement et à chaque fois 200 ou 300 ultras. C’est une expérience stressante et dangereuse. Parfois les gens ne vont plus au stade parce qu’ils ont peur. Quand ça se passe bien en revanche, c’est impressionnant. » Avec moins d’amplitude, cette dualité du public dans ses emballements se rapproche du quotidien à l’OM.


Christian Damiano : « On n’est pas préparé à autant de pression »

En Italie, Rudi Garcia avait été recruté pour être le « Alex Ferguson de la Roma », selon les termes de son premier entretien avec son actionnaire. Il est resté un peu plus de deux saisons, sans titre de champion, son objectif affiché à son arrivée. « La pression médiatique vous ronge petit à petit dans n’importe quel club, lâche Damiano pour justifier que ce projet ne soit pas allé au bout. Deux ans, c’est une période normale. Quand on vous met sous pression, vous êtes obligés de démissionner. Vous ne pouvez pas durer plus longtemps. Rudi Garcia a fait un très beau parcours. Mais il a été obligé (de partir). On n’est pas préparé à autant de pression. »

Le projet marseillais possède un horizon à quatre ans. Mais l’analyse du parcours de ses prédécesseurs indique que Rudi Garcia serait aventureux de se projeter jusque-là. Didier Deschamps est resté trois ans et a fini lessivé malgré un honorable quart de finale de Ligue des champions en 2012. Marcelo Bielsa a à peine dépassé une saison. Eric Gerets est resté deux ans. A Rome, Garcia a connu « deux années exceptionnelles (2013-2015), tant sur le plan du jeu que des résultats », selon les propres termes de Sabatini, directeur sportif qui l'a nommé puis débarqué, dans une interview à L’Équipe. Les résultats de Garcia en Ligue des champions ont beaucoup pesé dans la balance. La meilleure façon d’avoir la paix en interne sera de réussir dans une compétition où il n’a jamais brillé. Ni à Lille, ni à Rome.