"On jette des noms en pâture..."

Voir le site Téléfoot

Default tf1 image
Par Propos recueillis par Cédric ROUQUETTE|Ecrit pour TF1|2010-07-10T14:15:02.000Z, mis à jour 2010-07-10T14:15:02.000Z

Fernand Duchaussoy, possible futur président de la FFF, comprend que Laurent Blanc ne se sente pas l'âme d'un "Père Fouettard". Il assure que la Fédération prendra ses responsabilités dans les suites à donner à la grève des Bleus. Lesquelles ? S'il est candidat, M. Duchaussoy dévoilera son idée.

FERNAND DUCHAUSSOY, Laurent Blanc a-t-il raison de rouvrir les portes de l'équipe de France assez clairement aux grévistes de Knysna?


Il n'est pas responsable de ce qui s'est passé auparavant. Il a raison de dire que c'est à nous de prendre nos responsabilités. Mais je suis incapable de vous dire pour l'instant ce que nous ferons. Comme un simple citoyen, j'aimerais savoir exactement ce qui s'est passé. Et on peut envisager autre chose que des sanctions sportives. Des sanctions économiques sont plus faciles à metre en place. Ce qui était prévu sur leur contrat, le donner pour le foot amateur, par exemple. Il y a des tas de possibilités.


Vous êtes le patron du football amateur, membre du bureau de la FFF, possible candidat à la succession de Jean-Pierre Escalettes. Pourquoi dîtes-vous que vous parlez comme un simple citoyen ?


J'ai une idée de ce qu'il faut faire mais pas légitimité, pour l'instant, pour les imposer. Il faut d'abord trouver une solution pour savoir ce qui s'est réellement passé tout en évitant la chasse aux sorcières. On est en train de jeter des noms en pâture et ça ne m'a pas l'air sain. Il faut rassurer les gens. Les joueurs n'ont pas mesuré les conséquences de leurs actes. Ils n'ont pas eu conscience de ce qu'ils représentaient pour la nation. C'est de l'enfantaillage, il faut en tenir compte. Le conseil fédéral du 23 juillet devra se prononcer.


Mais les amateurs ont été scandalisés par ce qui s'est passé et on a l'impression que personne ne veut du bébé, maintenant.


Et moi, vous ne pensez pas que ça m'a scandalisé ? Attendez, ça m'a traumatisé. Je l'ai vu sur place, je n'en revenais pas, je suis encore sous le choc. Voir ça quand on s'occupe du foot amateur... Je suis revenu d'Afrique du Sud, je suis allé à l'assemblée générale de mon club. Et là j'ai vu de près la difficulté de trouver un président, des éducateurs, des gars qui amènent les gamins à l'autre bout de la région pour un match, trois sous pour boucler le budget, payer les arbitres... C'est le monde du football que je connais. Les joueurs étaient à mille lieux de ça et ça m'a fait beaucoup de peine. Que faire ? Si je suis candidat à la présidence, je le dirai.


Laurent Blanc dit qu'il va avoir besoin d'une fédération forte...


Il l'aura. L'histoire le montre. En 1993, des événements presque identiques s'étaent produits après la non-qualification pour la Coupe du monde, l'affaire Furiani, l'affaire VA-OM. Quatre ans après, on était champion du monde. C'est la vie du foot. On sort d'un événement dramatique. On a une fédération forte à moderniser et on a des tas d'idées.


Qu'avez-vous retenu de la première conférence de presse de Laurent Blanc ?


L'envie et la passion. C'est ce qu'il faut redonner à l'équipe de France et, en même temps, redonner l'équipe de France à tous les Français. Ils en ont été privés. L'équipe s'est enfermée dans une espèce de bulle. Il faut revenir vers les vrais supporters. Quand on voit ce qui se passe en Allemagne, en Espagne, à Montevideo... (NDLR, l'entretien a été réalisé avant les demi-finales), c'est ça le football! On s'est privé de ça. Les Bleus, c'est l'équipe de tout le monde, je l'ai toujours dit. Blanc veut redonner de l'envie, de la dignité, de la confiance. Je n'en attendais pas moins de lui. Il va faire beaucoup de bien.


A qui va-t-il s'adresser ces prochaines heures, puisque la FFF cherche un président ?


M. Escalettes est toujours là, et il y a un directeur général (NDLR : Jacques Lambert). La période transitoire sera courte. On pourra construire dès le 23 juillet si on se met d'accord sur un projet avec les professionnels.


Il y a une guerre pour la mainmise sur les Bleus, serez-vous attentifs à ce que demandent les pros ?


On ne va pas créer une loi uniquement pour la Fédération française de football. Il y a d'autres équipes de France, et elles dépendent de leur fédération. En dehors de Knysna, on ne peut pas dire que la FFF marche aussi mal que ça. On a fait énormément des choses ces six dernières années avec Jean-Pierre Escalettes. L'Euro 2016 n'était pas gagné d'avance. On a tout oublié pour se cristalliser sur un événement inadmissible. L'équipe de France n'est pas l'équipe des pros. Pourquoi ne serait-elle pas l'équipe des 2.140.000 licenciés, ceux qui ont signé, sont "allés chez le toubib", font vivre le football en France tous les jours ?


Les pros veulent changer la gouvernance de la FFF avec un directoire et un conseil de surveillance. C'est possible?


Je ne sais pas si la gouvernance de la FFF est l'urgence absolue. On est dans une crise instantanée. Il faut rebondir rapidement et ne pas faire n'importe quoi. Il y a beaucoup de choses à faire et il faut les faire ensemble, avec les pros. Un clash serait la pire des choses pour Laurent Blanc au moment de remettre la mécanique en route.