Le poids de l'éternité

Voir le site Téléfoot

Le poids de l'éternité
Par Maxime DUPUIS (à Johannesburg)|Ecrit pour TF1|2010-07-11T18:30:02.000Z, mis à jour 2010-07-11T18:30:02.000Z

Espagne - Pays-Bas est l'affiche inédite de la finale de la Coupe du monde 2010. Dans l'histoire, aucun des deux pays n'a jamais décroché le Graal. Les acteurs qui vont fouler la pelouse de Soccer City dimanche soir en sont conscients. Les vainqueurs seront ceux qui auront les épaules pour assumer.

Si les Espagnols et les Néerlandais ont un point commun, c'est bien celui d'être rompus aux joutes de haut niveau. Ibères et Bataves ont, pour la plupart, participé à quelques rencontres qui empêchent de dormir, laissent la bouche sèche et accélèrent les palpitations. Quelques finales, ici de coupes d'Europe, là nationales. Pas mal... Tout ceci ne comptera plus dimanche sur les coups de 20h30, quand Howard Webb donnera le coup d'envoi de la dix-neuvième finale de la Coupe du monde. Les 46 éventuels acteurs de ce rendez-vous hors du commun le savent bien. Leurs deux entraîneurs aussi. Cette finale du Mondial, comme toutes les autres depuis 80 ans, ne se gagnera pas seulement avec les jambes et grâce à la vista de Xavi ou de Sneijder. Mais aussi dans les têtes et avec les tripes.


Une finale de Coupe du monde est comme un 100 mètres olympique. Sauf si l'on s'appelle Usain Bolt, le talent ne suffit pas. Ce rendez-vous quadriennal est, pour le commun des mortels, unique dans une vie. Rares et privilégiés ceux qui ont goûté à plusieurs reprises à la saveur, parfois douce, d'autres fois amère, d'une finale de Coupe du monde. Du côté Néerlandais, comme chez les Espagnols, égalité parfaite. Le poids de l'histoire sera le même : écrasant, pour des raisons différentes.


Casillas et son estomac


L'Espagne va terminer dimanche soir un cycle exceptionnel de deux années. Dans l'histoire, seuls les Allemands de l'Ouest en 1972 et 1974 et les Français en 1998 et en 2000 ont réussi à remporter Mondial et Euro (ou l'inverse) dans la foulée. La Roja à l'occasion de rentrer dans ce cercle ultra-fermé. Et cela n'est pas anodin. On l'a senti samedi en conférence de presse. Aucun Espagnol présent sur le podium n'a fait le fier à bras. "Je suis un peu nerveux", a reconnu Iker Casillas, capitaine espagnol. "C'est un match incroyable. Je sais qu'au coup d'envoi, j'aurais un nœud dans l'estomac." Même son de cloche chez son partenaire Xavi. Lui a tout gagné, sauf la Coupe du monde. Et c'est loin d'être un détail : "Je suis pressé d'y être mais on est un peu anxieux forcément."


Du côté néerlandais, pas de doublé en vue. Mais l'occasion de sacrer un pays considéré comme un roi sans couronne depuis la génération Cruyff. Footballeurs de génie battus lors de deux finales d'affilée, 1974 et 1978, les Néerlandais, aujourd'hui représentés par Giovanni van Bronckhorst et ses coéquipiers, ont l'occasion d'effacer ces déceptions, à peine atténuées par le titre européen décroché en 1988. Bert van Marwijk a bien compris l'attente qui accompagnait ce rendez-vous et pesait sur les épaules de ses hommes. Alors, évidemment, il tente de dégonfler la bulle : "Le passé, en l'occurrence très lointain, n'est pas un fardeau pour la génération 2010. Nous avons l'occasion de réaliser quelque chose d'unique, c'est la seule chose qui compte. Personnellement, c'est le match le plus important de ma carrière. C'est quelque chose. Aucun Néerlandais n'a été champion du monde mais on se doit de prendre cette finale comme un match ordinaire", assure-t-il.

Si Bert van Marwijk se veut serein et a même paru lointain samedi soir, protégé par une carapace d'indifférence, Giovanni van Bronckhorst s'est montré plus ouvert. Inquiet "Gio" ? Le capitaine néerlandais jouera dimanche le dernier match de sa carrière et se dit prêt : "Dans ma carrière, j'ai joué suffisamment de finales pour assumer." Ça, c'est ce qu'il croit. Rendez-vous dimanche vers 20h20 lorsqu'il passera à côté du trophée des trophées. Pas sûr qu'il ait la même assurance. On dit que l'âme pèse 21 grammes. L'éternité, elle, est bien plus lourde.