Le point de non retour

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Le point de non retour
Par Laurent VERGNE|Ecrit pour TF1|2010-06-21T15:30:03.000Z, mis à jour 2010-06-21T15:30:03.000Z

Nicolas Anelka a connu une trajectoire sinusoïdale chez les Bleus depuis ses débuts en équipe de France il y a plus de douze ans, multipliant les coups d'éclat en dehors du terrain, rarement sur la pelouse. L'histoire ne pouvait que mal finir. Il est sans doute temps qu'elle se termine.

Dans le psychodrame digne de Dallas qui se trame en Afrique du Sud depuis 72 heures, Nicolas Anelka aura tenu un rôle central. Au bout d'une carrière internationale s'étalant sur une douzaine d'années mais qui n'aura jamais pu se départir de son aspect chaotique (ce fut même sa principale caractéristique), l'attaquant de Chelsea tient sa place dans l'histoire. Pas la plus enviable. Il restera à jamais comme le premier joueur français exclu de la sélection en pleine Coupe du monde. Et ce ne pouvait être que lui. Depuis ses débuts en bleu, il a entretenu des rapports conflictuels, parfois même franchement houleux, avec tous les sélectionneurs.


Pour lui, l'histoire se termine mal. On voit mal comment elle pourrait continuer. Anelka a 31 ans. Sportivement, il n'a jamais pu, ou su, se rendre indispensable chez les Bleus. Ce n'est pas que le fruit du hasard s'il a dû attendre 2010 pour jouer sa première Coupe du monde, après avoir goûté sa toute première sélection au printemps 1998. Alors qu'il va devoir tourner une page, Laurent Blanc, le nouveau sélectionneur, aura-t-il intérêt à s'appuyer sur un Anelka? C'est loin d'être sûr. Sans cette "affaire", son avenir paraissait déjà obstrué. Mais en perdant le contrôle de ses nerfs jeudi soir dans le vestiaire tricolore à la mi-temps du match contre le Mexique, l'ancien Parisien a signé la fin de son parcours en bleu. "Le joueur s'est déshonoré. Il ne peut plus porter le maillot de l'équipe de France", a estimé Michel Hidalgo samedi.


Au-dessus d'une institution


L'ancien sélectionneur est d'autant plus dans le vrai qu'Anelka a trop craché dans la soupe pour se voir offrir une nouvelle (dernière?) chance. En se défendant samedi sur le site internet de France Soir, Nicolas Anelka a eu cette phrase: "J'ai beaucoup de respect pour l'équipe de France". Or tout, dans son parcours, indique le contraire. En 1988, Eric Cantona avait apparenté Henri Michel à un "sac à merde". C'était grave et il avait été sanctionné. Logiquement. Mais Canto avait limité sa rancœur au seul sélectionneur, pas à l'équipe de France. Anelka, lui, a été plus loin. Fin 2002, lorsque Jacques Santini l'a appelé chez les Bleus afin de pallier le forfait de Sidney Govou, le natif du Chesnay avait fait le déplacement jusqu'à Roissy (où étaient rassemblés les Français) pour… refuser cette sélection au cours d'une conférence de presse surréaliste. "Je n'ai pas besoin de l'équipe de France, je suis au-dessus de ça", avait-il dit. Et d'annoncer un peu plus tard, dans une interview fracassante au Daily Mirror en février 2003, qu'il ne voulait plus remettre les pieds en sélection, sans lier son avenir à celui de Santini, comme Cantona l'avait fait avec Michel. Il s'était placé au-dessus, non pas d'un homme, mais d'une institution.


Peut-être aurait-il alors fallu tirer les conséquences des paroles d'Anelka et lui donner satisfaction en le maintenant définitivement à l'écart de l'équipe nationale. Cela lui aurait évité cette triste sortie. En 2004, avant l’Euro, Anelka a bien bredouillé des excuses, semblant comprendre que la sélection était au-dessus de lui, mais l’impression n’a pas duré. L'un des nombreux torts de Raymond Domenech aura finalement été de tendre à nouveau la main à l'enfant terrible, fin 2005. Depuis 2007, il était incontournable, et c’est curieusement via un clash avec celui qui s'est entêté à lui accorder sa confiance - malgré ses piètres performances - qu'Anelka a clos son histoire en bleu. Patrice Evra a estimé samedi que les gens ne connaissaient pas l'homme, en écho aux propos de Deschamps, Desailly ou Zidane qui, douze ans plus tôt, saluaient l'état d'esprit irréprochable de la star alors naissante d'Arsenal. Il n'y a aucune raison de ne pas les croire. Malheureusement, les faits les contredisent. Aussi spectaculaire en dehors du terrain que terne dessus, Anelka n'a eu de cesse, par ses propos et ses coups d'éclats, d'afficher un état d'esprit individualiste. Tout le contraire de ce qui fait un grand international. Pourquoi Anelka s'est-il échiné envoyer valdinguer une carrière si prometteuse? Mystère. Les raisons qui l'ont amené là où il se trouve aujourd'hui sont confuses. Nettement plus que son avenir en bleu, parfaitement limpide.