Pourquoi Nice a le droit de rêver au titre de champion

Voir le site Téléfoot

Oeil de Telefoot OGC Nice
Par Paul Giudici - Agence Creafeed|Ecrit pour TF1|2016-10-27T10:11:03.725Z, mis à jour 2016-10-28T12:53:44.091Z

Largement leader de la Ligue 1 à la surprise générale, l’OGC Nice a le droit de rêver à un titre de champion surprenant, comme Montpellier en 2012 ou Leicester en Angleterre en 2016.

L’OGC Nice de 2016-2017 a la valeur du PSG de 2015-2016. C’est un constat improbable mais les chiffres comparés des deux derniers débuts de championnat de France sont implacables. Le succès glané dimanche à Metz (4-2) par les joueurs de Lucien Favre a conforté la première place des Niçois en Ligue 1 avec vingt-six points sur trente possibles. Huit victoires en dix matches, aucune défaite : seuls le PSG de l’an dernier et le Lyon de 2006-2007 ont déjà réalisé pareille performance dans l’histoire du championnat de France. L’un et l’autre ont été parmi les champions les plus autoritaires depuis la création du foot pro en France, en 1933. Nice, pour l’instant, est du niveau de cette élite.

Dans les couloirs de Saint-Symphorien, après la rencontre, les premières questions « tabou » ont commencé à poindre. « Il est trop tôt pour penser au titre ou quoique ce soit, a balayé Alassane Pléa, auteur d’un triplé, désormais meilleur buteur du club (6 buts). Comme le coach nous dit, il faut jouer chaque match pour le gagner. C’est ce qu'on fait en ce moment. Mais le championnat reste long. » « On ne s’enflamme pas, a précisé Wylan Cyprien. On sait qu’on n’est pas à notre place. On en profite tant que ça dure. » Nice, dixième budget de Ligue 1 (42 millions d’euros selon les estimations de L’Équipe), plane très au-dessus de sa valeur économique.

L’entraîneur suisse Lucien Favre est le grand artisan de la réussite azuréenne. Fin mai, après l’annonce du départ de Claude Puel, Jean-Pierre Rivère, le président niçois, n’avait pas attendu vingt-quatre heures pour nommer son successeur. Il avait attiré un nom en vogue, longtemps convoité par l’OM. Peu médiatisé en France, Favre est reconnu depuis neuf saisons en Allemagne, où il a été désigné à trois reprises « meilleur entraîneur de Bundesliga » pour son travail au Hertha Berlin (2007-2009) puis au Borussia Mönchengladbach (2009-2015). Mais lui aussi refuse de voir beaucoup plus loin que ce quart de championnat qui est un authentique chef-d’oeuvre. « On ne fait pas de prévisions. On se concentre sur la semaine de travail et sur le prochain match face au FC Nantes (dimanche). »

En leur temps, Montpellier et Leicester ne voyaient pas non plus « au-delà du prochain match ». Montpellier, c’est l’équipe qui a détourné le PSG version QSI de son premier titre de champion de France, en 2011-2012. Leicester, c’est l’effectif qui a terrassé le Big Four et toutes les armadas de stars de la Premier League en Angleterre lors de la saison 2015-2016. C’était impossible, mais ils l’ont fait. Désormais, tout le monde prend Nice au sérieux pour une telle épopée.

« Même Koziello se retrouve parfois remplaçant alors qu’on le disait incontournable »

Nice a le potentiel pour écrire pareille histoire. Il faut juste donner aux Aiglons le temps de s’en convaincre. « Jusqu’en janvier, on ne pensait pas au titre, rappelait Riyad Mahrez, leader technique des Foxes et élu meilleur joueur de Premier League, dans L’Équipe mag, à trois journées de la fin de la saison dernière. Là, c’est devenu possible, mais on ne se prend pas la tête. On a eu un peu de chance aussi. C’était cette année ou jamais. »

L’OGC Nice a le droit de penser que la formule s’applique aussi à lui-même. Le PSG a du mal à se mettre en route. Lyon pointe déjà à treize points. Marseille ne reviendra pas au premier plan du jour au lendemain. Seul Monaco, à quatre longueurs du leader, suit le rythme. « Ils font les efforts les uns pour les autres, à eux de conserver cette humilité et cette abnégation, avertit Elie Baup, aujourd’hui consultant TV. Le danger, c’est que quelqu’un dans l’équipe veuille faire plus de bruit qu’un autre. Jusque-là, c’est du bonus. Après, si vous êtes champion d’automne, vous pouvez commencer à y croire. » Ce titre officieux, Nice l’avait frôlé à la trêve en 2002-2003. Il était un point derrière l’OM. Lyon avait été champion de France au printemps. Nice, dixième, et alors promu et sauvé in extremis, n’avait pas tenu.

Cette histoire est tout le contraire de celle de Montpellier. Lors de la saison 2011-2012, le club de Louis Nicollin ne figurait qu’à la deuxième place à mi-parcours. Les joueurs de René Girard avaient été intouchables à partir de janvier pour terminer la saison avec 82 points. « On l’a fait en refusant toujours de se mettre ça dans la tête ou de s’enflammer », prévient Garry Bocaly, champion de France en 2012. Le latéral droit assure n’y avoir songé « qu’à cinq ou six journées de la fin ». « On s’était réunis dans le vestiaire entre joueurs, sans le staff. Et là on s’était dit qu’on avait un truc à aller chercher. Qu’il fallait qu’on aille au bout. »

 

Comme le Nice d’aujourd’hui, le MHSC s’avançait avec un mélange de jeunes joueurs issus du centre de formation (Stambouli, Cabella, Yanga-Mbiwa…) et de quelques anciens. « On avait la chance d’avoir des mecs comme Pitau, Pionnier ou Jeunechamp, estime Bocaly. On était à l’écoute. Nice a sa star avec Balotelli. Nous on avait Giroud mais qui n’avait pas encore la dimension d’aujourd’hui. Je me demande si Nice n’a pas plus d’armes que nous à l’époque. »

Pour l’instant, Lucien Favre parvient à conserver, voire améliorer, l’identité de jeu développée par son prédécesseur Claude Puel. Fort de l’arrivée en juin d’investisseurs chinois et américains, l’OGC Nice a pu palier les départs d’Hatem Ben Arfa, de Valère Germain, de Jérémy Pied et de Nampalys Mendy. Sans cette nouvelle surface financière, il aurait été inconcevable de voir débarquer Younès Belhanda, Dante et surtout Mario Balotelli (5 buts depuis la reprise) le même été.

Au-delà de ces trois recrues expérimentées (neuf titres de champion à eux trois parmi les cinq grands championnats), l’OGCN a aussi misé sur quelques espoirs : Cyprien (21 ans), Dalbert (23 ans) ou Lusamba (19 ans). Et après Vincent Koziello la saison passée, c’est au tour de Malang Sarr (17 ans) d’émerger du centre de formation. « Des garçons comme Dante, Balotelli ou Belhanda, ce sont des joueurs qui ont l’expérience des titres, rappelle Baup. A côté, les jeunes répondent. Même Koziello se retrouve parfois remplaçant alors qu’il semblait incontournable. Cela veut dire qu’il y a un banc assez élargi. »

Un calendrier abordable

Pour l’instant, Nice escalade tous les obstacles. Son équipe ne semblait pas en mesure de jouer à la fois la Ligue 1 et la Ligue Europa ? Les Niçois ont en partie répondu à la question. Ils se sont imposés à Salzbourg jeudi (1-0), puis contre Metz dimanche, pourtant privés de Dalbert, de Paul Baysse et de « Super Mario » Balotelli. Qu’importe les absences. Ce Nice-là s’en accommode et s’adapte. Favre n’hésite pas à changer de schémas d’une rencontre à l’autre. Cela avait été le cas, avec une certaine réussite, contre Marseille (3-2), le 11 septembre, pour la compte de la 4e journée. Le Suisse alterne entre une défense à cinq ou à quatre, évolue avec une ou deux pointes. Et au milieu, la qualité de jeu déployée par les Seri, Cyprien et autres demeure aussi constante qu’élevée.


L’équipe surprise est déjà une valeur sûre. Après avoir déjà affronté et battu Marseille (3-2), Monaco (4-0) ou Lyon (2-0), le calendrier niçois s’annonce abordable. Les prochaines étapes vont mener l’OGC Nice à évoluer contre Nantes, Caen, Saint-Étienne, Bastia, Guingamp et Toulouse. Et le 11 décembre, toute l’agitation autour de la capacité de Nice à jouer le titre s’amplifiera ou retombera. Nice affrontera le PSG au Parc des Princes. Si le match avait lieu demain, miser sur une défaite niçoise serait très imprudent.