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Le racisme, ce fléau qui pourrit toujours plus le football italien

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Boateng, Muntari : exclus pour comportement violent !
Par Nicolas BAMBA|Ecrit pour TF1|2017-05-09T13:43:22.640Z, mis à jour 2017-05-09T13:50:43.810Z

Ces derniers jours, plusieurs faits de racisme ont agité la Serie A italienne. Sulley Muntari, Medhi Benatia et Sinisa Mihajlovic ont été pris pour cibles. Muntari a même quitté le terrain, face aux insultes et à l'apathie des arbitres. Le Ghanéen appelle au boycott pour se faire entendre. La Fifa est décidée à agir.

Les vieux démons du football italien ne sont pas morts. Ils sont toujours là et ternissent à nouveau l'image de ce sport. Le 30 avril dernier, Sulley Muntari, joueur de Pescara, quittait le terrain de Cagliari avant la fin du match : le Ghanéen ne supportait plus les insultes racistes d'une partie du public et la non-réaction de l'arbitre... qui a même fini par lui adresser un avertissement pour contestation.

Muntari ignoré et puni, Benatia insulté à la télévision...

Deux jours plus tard, la Commission de discipline a décidé... de suspendre Muntari pour avoir quitté le terrain sans autorisation ! Depuis, l'ancien Milanais a été innocenté, alors que cette affaire faisait un tollé en Italie. Mais le cas du Ghanéen a remis en lumière les problèmes du foot italien avec le racisme.

Autres exemples le 6 mai, après le derby Juve-Torino. En pleine interview à la RAI, une chaîne de TV italienne, Medhi Benatia s'est interrompu après avoir entendu dans son oreillette quelqu'un le traiter de "Marocain de m...". La RAI a présenté ses excuses et lancé une enquête pour déterminer l'auteur de l'insulte. Sinisa Mihajlovic, l'entraîneur serbe du Torino, a lui déclaré que dans les tribunes, des spectateurs l'avaient encore insulté de "Gitan de m...".

Très ému, Muntari assure que "ça empire"

Cela fait des années que la Serie A traîne cette triste réputation de championnat gangrené par le racisme. Des actions sont menées de temps à autres, mais le mal persiste. Dans une interview accordée à CNN, Sulley Muntari a les larmes aux yeux quand il évoque des faits qui se produisent en fait "à tous les matches". "On en parle peut-être une ou deux semaines, puis c'est fini. Et un ou deux mois après, ça recommence. (...) Il y a tant à faire."

"Je suis humain", confie le milieu de terrain, quand il parle de ces fois où il ne tolère plus sans rien dire et ose réagir face à la xénophobie. Pour lui, avec les années, "la situation empire" au lieu de s'améliorer. "Le foot italien et l'un des meilleurs du monde. On a des joueurs merveilleux, un super championnat. Ça ne devrait pas arriver, dans le foot italien".

Les joueurs plaident pour la grève, la Fifa soutient

Sulley Muntari défend une idée : celle d'une grève des joueurs pour protester. "Je serais l'un des premiers à y prendre part. Où que ce soit", promet-il. "On se battra ensemble Sulley, on est avec toi ! On doit vaincre le racisme", tweete l'Ivoirien Yaya Touré. "J'ai aussi subi le racisme quand je jouais en Italie. Je suis à 100% avec vous, les frères", ajoute le Ghanéen Asamoah Gyan. Kevin-Prince Boateng et d'autres joueurs se sont aussi manifestés.

L'idée d'une grève n'effraie pas la Fifa. Interrogé par la FifPro (le syndicat international des joueurs), le président Gianni Infantino condamne "les idiots" coupables d'insultes et soutient Sulley Muntari. Il appelle les officiels confrontés à des faits de racisme à arrêter les matches, faire passer une annonce d'avertissement, puis interrompre les matches et sortir les joueurs du terrain si les insultes se poursuivent.

En septembre dernier, la Fifa a dissout son groupe de travail contre le racisme (formé en 2013), estimant que sa mission était "accomplie" et qu'il appartenait "aux confédérations et aux fédérations d'appliquer (ses) recommandations". Un choix qui fut critiqué à l'époque au sein même de la Fifa, où nombreux sont ceux qui estiment qu'il y a encore "beaucoup de travail". Aujourd'hui, cela paraît encore plus clair, surtout en Italie. Gianni Infantino semble avoir entendu le message. Il va parler avec Sulley Muntari et promet : "On va travailler ensemble".