Dans l'actualité récente

L'oeil de Téléfoot - Le Red Star veut redevenir un grand club... sans tourner le dos à son ADN populaire

Voir le site Téléfoot

Red Star   Téléfoot
Par CReaFeed|Ecrit pour TF1|2017-04-27T06:00:11.723Z, mis à jour 2017-05-15T11:16:58.347Z

Revenu dans le monde professionnel il y a deux ans, le Red Star cherche encore son modèle sportif et économique. Il n'a ni stade, ni centre de formation, ni modèle à long-terme. Le club de Seine-Saint-Denis travaille pour les bâtir tout en conservant l'identité populaire et banlieusarde qui fait sa singularité. Pas une mince affaire.

8 avril 2017. Le Red Star reçoit le Gazélec Ajaccio. Malgré l'enjeu XXL du match dans la course au maintien, les Audoniens sont apathiques, dominés toute la rencontre. Ils s'inclinent trois buts à zéro, quittent la pelouse sous les sifflets de leurs supporters et se voient englués à la dix-neuvième place du championnat de Ligue 2. Le stade Jean-Bouin, déjà bien peu garni, se vide dans le silence, dans une forme de résignation.

C'est l'illustration de tous les maux du Red Star. De ce club issu de la ville de Saint-Ouen qui était, un an jour pour jour auparavant, aux portes de la Ligue 1 - il a manqué la montée d'un point - et qui bataille aujourd'hui pour sa survie au niveau professionnel. Plus globalement, le Red Star peine à endosser le costume du "deuxième club parisien" que beaucoup voudraient lui voir prendre.

Son histoire récente a plus à voir avec les montagnes russes qu'avec une progression linéaire. Il y a eu l'élite (la regrettée D1) jusqu'en 1975, puis la descente aux abîmes de la Division d'Honneur, puis la remontée progressive, le titre de champion de National en 2015, cette première saison au-delà de tous les espoirs en Ligue 2… et une deuxième vécue comme un supplice. A chaque fois, le Red Star a tenté de se construire sur la base de son identité. A chaque fois, il a dû composer entre son histoire et son avenir, son succès et son ADN.

"Pour moi, c’est l’axe fondamental, résume Patrice Haddad, le président du club. Nous faisons en sorte que le Red Star retrouve son ADN de manière totale. Il n’est que partiel aujourd’hui." A chaque étape de sa croissance, "le Red" a été accusé de tourner le dos à son histoire. Il fallait voir, ce samedi-là face à Ajaccio, la banderole déployée, comme à chaque fois, par ses supporters : "Le Red Star… c'est Bauer !". La revendication ne porte ni sur les joueurs, ni sur le recrutement, ni sur les dirigeants… mais sur le stade, devenu culte en raison de sa mitoyenneté avec les immeubles du 93, bien visible sur les images télévisées. "On ne se sent pas chez nous ici, glisse Enzo, un quadra croisé dans les travées du stade, écharpe du club au cou. Regardez où on est, franchement, en plein 16e arrondissement de Paris ! Ce n'est pas ça, le Red." 

L'équipe de Saint-Ouen qui joue dans le 16e arrondissement

La symbolique, c'est vrai, vaut son pesant d'or. Le quartier général du Red Star cette saison, c'est ce stade brillant de l'Ouest parisien, situé à quelques mètres du Parc des Princes et construit pour le club de rugby du Stade français. Pour un club que d'aucuns voudraient construire en opposition avec le PSG - Paris contre la banlieue, en somme -, l'image est un peu loupée. Elle devient même cruelle lorsqu'on observe un groupe d'adolescents se diriger vers l'entrée du stade… et n'avoir d'yeux que pour les légendes du PSG affichées en posters à l'entrée du Parc, de l'autre côté de la rue.  "On essaie de répondre à une certaine stature mais la question des structures est compliquée, admet Patrice Haddad. Aujoud'hui, le Red Star est un club qui essaie de retrouver son stade. L'objectif final, c'est de revenir à Saint-Ouen, au stade Bauer. Mais ça demande beaucoup d'efforts."

A l'intérieur du stade, le spectacle n'est pas franchement plus reluisant. Il y a bien ce kop qui chante, ne s'assoit pas et donne de la voix sans discontinuer pour encourager les siens. Mais les quelque 200 ou 300 courageux apparaissent comme une goutte d'eau au vu des 16.000 places - vides pour la plupart - de l'enceinte. "Beaucoup des fidèles" de Bauer, le mythique stade de Saint-Ouen, "ne viennent pas à Jean-Bouin", indique Enzo. "Soit parce qu'ils n'ont pas le temps, soit parce qu'ils trouvent ça trop loin, soit parce qu'ils s'y refusent par principe. Moi, je suis là, mais je les comprends tout à fait."

Alors, il y a bien un nouveau public de supporters du Red. Ceux-ci sont un peu bobo, venus au Red Star grâce à la médiatisation des deux dernières années, une sorte de "hype" autour de cette équipe soutenue par François Hollande himself. Enzo confirme : "Il y en a qui ne viennent que depuis l'année dernière et la remontée en Ligue 2, c'est vrai. Et puis, certains sont là parce que ça fait un match de foot pas cher à aller voir pas loin de chez eux, dans les beaux quartiers. Ce sont des sympathisants, on va dire, pas des supporters (rires)". Le président Patrice Haddad est loin de s'offusquer : "Où qu'il soit, le Red Star est un lieu de rencontres. C'est un lieu qui permet à une jeunesse de penser qu'elle a des possibilités. On est dans un club familial. Ce que l'on veut, c'est que ce soit maintenant une très grande famille, qui accueille donc des nouveaux membres."

François Hollande et le Red Star

Aucun joueur formé au club

Et Jean-Bouin n'est ni le premier ni le seul exil forcé du Red Star depuis qu'il a retrouvé le monde professionnel. La saison dernière, c'est même hors de la région parisienne qu'avait trouvé refuge le club audonien. A Beauvais, plus précisément, à plus d'une heure de Paris. Avec, là aussi, une ambiance moribonde, des travées bien vides et un spectacle souvent décevant. Sportivement, les conséquences ont été désastreuses. Le Red a fini meilleure équipe de Ligue 2 à l'extérieur… et 12e à domicile ! Cette dichotomie lui a probablement coûté la montée en Ligue 1.

Cette difficulté à maintenir le lien avec l'histoire ne s'exprime pas qu'à travers la problématique du stade. Sur le terrain aussi, le Red Star a dû s'exporter. L'écurie audonienne est une des seules en Ligue 2 à ne pas être dotée d'un centre de formation. Résultat : aucun joueur de l'effectif professionnel n'a été formé au club. "L'équipe manque de tauliers, de vrais leaders, atteste Laurent Pruneta, journaliste en charge du football francilien au Parisien. Il n'y a plus de joueurs du cru. Certains supporters ont, du coup, un peu de mal à se retrouver dans cette équipe et dans l'image un peu "bling-bling" et "bobo" véhiculée par les dirigeants."

L'été dernier encore, l'effectif a connu un turn-over majeur, avec le départ de plusieurs joueurs cadres (Sliti à Lille, Da Cruz à Reims, Fournier à Auxerre…). En décembre, c'est l'entraîneur, Rui Almeida, qui a été limogé, remplacé par son adjoint Manu Pires et Claude Robin, éphémère entraîneur de Troyes en Ligue 1 la saison dernière. Depuis, des joueurs ont été recrutés à tous les postes, dont certains encore cet hiver, à l'image de Ronald Zubar, l'ancien défenseur de l'OM, 31 ans, qui n'a toujours pas disputé la moindre minute sous les couleurs du club.

A cette instabilité, s'ajoute une difficulté à maintenir le lien avec la base. A commencer par un vivier de jeunes joueurs parisiens et franciliens pléthorique que peine encore à attirer le Red. En interne, l'équipe première semble vivre à mille lieues du reste du club. D'abord parce qu'elle en est physiquement éloignée, les professionnels s'entraînant à Gennevilliers, à six kilomètres. Ensuite parce que le club ne s'est pas encore doté de structures dignes du monde professionnel. "Le club fait un gros travail de formation mais il a pris beaucoup de retard dans ce domaine, affirme Laurent Pruneta. La réserve n'évolue qu'en DSR (7e division), c'est compliqué de sortir des jeunes pour la Ligue 2. Le projet de création d'un centre de formation traîne un peu, aussi."

Cinq Coupes de France au palmarès

Le club, malgré ces contraintes, veut afficher sa volonté de maintenir son identité populaire. C'est en ce sens qu'il fallait notamment comprendre la nomination, en 2013, de Steve Marlet comme directeur sportif. Formé au club, l'ancien attaquant des Bleus, de Marseille ou de Lyon fait aujourd'hui figure d'homme fort du sportif au Red Star, dont il est une sorte de caution historique. A l'inverse, d'autres techniciens du "cru" ont vu leur influence réduite. Sébastien Robert, qui avait fait monter le club du National à la Ligue 2, n'a plus que des responsabilités sur les catégories de jeunes.

Il a laissé sa place sur le banc des pros à des entraîneurs recrutés, comme le Portugais Rui Almeida. "Mon rôle, c’est d’aller chercher ce qui manque au club. Et aujourd’hui, il faut souvent aller le chercher à l’extérieur, à commencer par certaines compétences, se défend Patrice Haddad, tout en étant optimiste. Toute la culture d’appartenance au Red Star va grandir en même temps que le club, avec la création du centre de formation notamment."

(Crédit photo : RedStar.com)

Steve Marlet

Pas question, pour autant, de rompre avec ce vivier parisien si pléthorique en joueurs, en entraîneurs et en supporters. Le Red Star multiplie les initiatives pour associer le paysage amateur local à sa réussite. Ce samedi-là, par exemple, à Jean-Bouin, toute l'école de football de l'USM Malakoff était conviée à assister à la rencontre, mais aussi à y officier en tant que ramasseurs de balles ou pour accompagner les joueurs sur la pelouse. "Le Red Star reste très suivi, affirme Laurent Pruneta. Il a conservé une image populaire dans la région parisienne." C’est une priorité à en croire Patrice Haddad, le président du club : "J’essaie d’être fédérateur d’un mouvement dans le département, mais aussi dans la région. Notre rôle, c’est de lier le Red Star à la banlieue, au Grand Paris."

S'il parvient à se maintenir puis à se pérenniser dans le monde professionnel, le problème de sa double ambition restera entier : devenir un grand club tout en restant populaire. Comme il l'était dans les années 1920, 1930 et 1940, quand il remporta cinq fois la Coupe de France. Pour Patrice Haddad, c’est un "travail de longue haleine" : "Quand je suis rentré dans le club en 2008, il y avait 300 supporters. Aujourd’hui, ce qu’on doit faire, c’est presque du porte-à-porte pour faire connaître notre club. Le Red Star a une mémoire collective, une image sympathique. A nous d’en faire connaître la réalité."