La revanche des bannis

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La revanche des bannis
Par Vincent BREGEVIN|Ecrit pour TF1|2010-05-21T15:02:09.000Z, mis à jour 2010-05-21T15:02:09.000Z

Mis à la porte du Real l'été dernier, Wesley Sneijder (Inter) et Arjen Robben (Bayern) se retrouvent à Santiago-Bernabeu pour la finale de la Ligue des champions, samedi (20h45). Une revanche pour les deux Néerlandais, qui ont su prouver leur valeur dans leur nouvelle équipe.

Le Real a ses raisons que la raison ignore. Wesley Sneijder et Arjen Robben en sont le plus bel exemple. Les deux Néerlandais, nés en 1986, avaient rejoint la capitale espagnole au début de la saison 2007/2008. Ils l'ont quittée l'été dernier, pour les mêmes raisons. Sacrifiés au nom de la politique néo-galactique de Florentino Perez, ils ont été contraints de partir. Mis à la porte, pour permettre à la Maison Blanche de récolter quelques liquidités après avoir acquis à pris d'or Kakà (68 millions d'euros) et Cristiano Ronaldo (94 millions d'euros) notamment. L'Inter et le Bayern Munich ont flairé le bon coup. Pour à peine 16 millions d'euros, le club lombard a récupéré Sneijder, acheté 27 millions d'euros à l'Ajax. Son homologue bavarois en a rajouté 10 pour s'offrir Robben, venu de Chelsea pour 46 millions d'euros. Ils ne vont pas s'en plaindre. Samedi, les deux joueurs seront en lice pour un fabuleux triplé (Coupe, championnat, Ligue des champions) à Santiago-Bernabeu. Dans l'antre du Real qui, lui, a d'ores et déjà conclu sa saison, blanche.


Le pied de nez fait d'autant plus mal aux Madrilènes que les deux joueurs ne voulaient pas quitter Madrid. Artisans du dernier titre de champion d'Espagne du Real, en 2008, ils souhaitaient faire partie du nouveau projet de Perez. Avec une certaine légitimité. Malgré quelques blessures, Sneijder et Robben avaient convaincu au Real. Ils étaient aussi très appréciés du public. Mais la volonté des deux Néerlandais s'est heurtée à celle de leurs dirigeants, qui n'ont pas été irréprochables dans la gestion de ces départs. "Ils m'ont très mal traité mais je préfère ne pas en parler. Ce qui s'est passé est très bizarre. Le coach (Manuel Pellegrini) dit qu'il compte sur moi mais il y a des gens dans le club qui ne comptent pas (sur moi). J'étais très heureux ici, je ne peux pas le nier. Ca me fait de la peine de partir (...) mais c'est la vie", déclarait un Sneijder très amer à son arrivée à Milan. Cette amertume a également été ressentie par Robben, un brin moins polémique. "Je ne veux pas partir mais le club veut me vendre", a lâché l'ailier néerlandais à la fin du mois d'août dernier. "Je veux jouer et le Bayern a dit que j'étais le bienvenu là-bas".


Ils avaient leur place au Real


Et Munich, à l'instar de l'Inter pour Sneijder, a bien fait de lui tendre les bras. La semaine où le Real se faisait piteusement sortir par Lyon de la Ligue des champions, Robben envoyait le Bayern en quart de finale d'une merveille de frappe face à la Fiorentina. Et Sneijder délivrait à Samuel Eto'o la passe décisive de la qualification face à Chelsea. Les deux Néerlandais ont été décisifs en Coupe d'Europe, c'est déjà énorme mais ça ne s'arrête pas là. Robben a été l'artisan du titre de champion d'Allemagne du Bayern. Enorme depuis le début de l'année 2010, il a même fait oublier Franck Ribéry, la coqueluche de l'Allianz-Arena depuis 2007. Sneijder a été aussi impressionnant à l'Inter. Il s'est tout de suite imposé comme le leader technique de la formation de Jose Mourinho, qui a su tirer le meilleur du joueur formé à l'Ajax. Son numéro 10 est aujourd'hui au sommet de son art, à l'image de sa magnifique demi-finale face au FC Barcelone. Buteur et passeur au match aller, le Néerlandais a aussi effectué un travail défensif remarquable sur Xavi, montrant des qualités qu'on ne lui connaissait pas.


A les voir jouer, on se dit que les deux joueurs avaient certainement leur place au Real Madrid cette saison. Kakà décevant ou blessé, le club merengue a souvent dû s'en remettre à Guti ou à Rafael van der Vaart pour conduire le jeu, dans un secteur où Sneijder n'aurait manifestement pas été de trop. En fait, le départ du Néerlandais est loin d'être passé inaperçu. En attaque, si Robben aurait eu moins de ballon du fait de la présence de Ronaldo, l'ancien joueur de Chelsea avait quand même des choses à apporter. Le jeu du Real, trop souvent axial, y aurait gagné en largeur. On ne refait pas l'histoire. Mais le plus drôle est peut-être à venir. Selon les médias espagnols, le Real cherche justement un attaquant capable d'évoluer les côtés et un milieu créateur. Robben et Sneijder correspondent parfaitement aux profils recherchés. De là à dire que Madrid va rapatrier les deux Néeerlandais pour le double, voire le triple, du prix auquel il les a vendus, il y a un pas qu'on ne franchira pas. Même si le Real a ses raisons que la raison ignore.