Le rêve africain d'Eto'o

Voir le site Téléfoot

Le rêve africain d'Eto'o
Par Julien CARRASCO avec The Guardian|Ecrit pour TF1|2010-06-09T09:55:00.000Z, mis à jour 2010-06-09T09:55:00.000Z

Samuel Eto'o va vivre un rêve : disputer une Coupe du monde en Afrique. Pour sa troisième participation à l'épreuve, l'attaquant et capitaine du Cameroun a exposé pour The Guardian son point de vue sur le football africain, sur les polémiques du football camerounais et sur sa propre carrière.

Samuel Eto'o est ému : "C'est incroyable". Lui qui vient de vivre deux saisons extraordinaires avec Barcelone et l'Inter Milan, va connaître des émotions encore plus rares : il va disputer la Coupe du monde avec le Cameroun. "J'ai toujours rêvé de jouer une Coupe du monde en Afrique, et voilà que cela va devenir réalité !", a-t-il confié lors d'un entretien donné à the Guardian. "Quand je serai en Afrique du Sud, cela sera comme si j'étais au Cameroun. J'ai toujours dit ça. Avant même le Cameroun, j'appartiens à l'Afrique. Je vis en Europe, mais je dors en Afrique." L'heure n'est pourtant pas au sommeil des braves.


Les Lions camerounais sont plus fragiles qu'indomptables ces derniers temps et le groupe conduit par Paul Le Guen doit s'appuyer sur le talent et l'expérience de son capitaine pour faire bonne figure. Pour leur sixième participation, ils espèrent pourtant toujours faire mieux que l'équipe mythique de 1990, quart de finaliste en Italie. La comparaison est d'ailleurs délicate au pays. Récemment, une polémique a opposé Eto'o et Roger Milla, le héros de l'époque. Eto'o a même envisagé de quitter la sélection pour marquer sa désapprobation après les critiques de l'ancien (selon Milla, Eto'o aurait fait ses preuves en club, pas en sélection). Il a surtout été suffisamment énervé pour prendre un carton rouge lors du premier match de préparation contre le Portugal.


"Comme la plupart des Africains, j'ai dû travailler plus que les autres"


"Les gens devraient me respecter", rétorque-t-il indirectement à Milla. "Jouer des quarts de finale, ce n'est pas la même chose que gagner la Coupe du monde ! Ma carrière ne s'arrête pas aux quarts. J'ai gagné les Jeux Olympiques (2000), deux CAN (2000 et 2002) et combien de Ligue des champions ? (3, deux avec Barcelone 2006 et 2009, une avec l'Inter Milan en 2010)". Le joueur est touché dans son amour-propre. Milla était son idole. Quand il avait neuf ans, il "courait de joie dans les rues de Douala (Cameroun)", même après la défaite devant l'Angleterre. Aujourd'hui, il s'agit de donner le meilleur pour un événement exceptionnel pour lui, son pays, et surtout, le continent.


A travers sa propre histoire, Samuel Eto'o veut également faire comprendre les enjeux de la compétition. Jeune joueur africain, international à quinze ans, mais arrivé seul à Madrid. Il a connu les "prêts", les incertitudes, a eu plus de chances que certains de ses compatriotes (son ami Olisse le Nigérian par exemple), la gloire, malgré le racisme parfois dans les stades, et la concurrence sur le terrain : "C'est pour ça que je suis si fier d'être Africain pendant cette Coupe du monde. Comme la plupart des Africains, j'ai dû travailler plus dur que les autres",


"Le monde est-il prêt pour qu'une équipe africaine gagne la Coupe du monde ?"


Selon lui, le temps de la reconnaissance est venu : "la question n'est pas de savoir si une équipe africaine peut remporter la Coupe du monde, mais si le monde est prêt à voir une équipe africaine remporter la Coupe du monde." "Ce Mondial donne l'occasion de montrer quelque chose de différent de l'Afrique, poursuit-il fièrement. Le monde va être surpris. Cela pourrait être la plus belle Coupe du monde de l'histoire !" Et Samuel Eto'o Fils, 29 ans, qui a connu les terrains de l'Ecole de Football des Brasseries Cameroun academy, le Camp Nou et Guiseppi Meazza, sait qu'il incarnera, à l'instar de Didier Drogba, malheureusement blessé, le symbole de cette nouvelle Afrique. Jouer les premiers rôles du Mondial ? Ce serait incroyable non ? "Toute ma vie est incroyable, assume-t-il.