Souvenirsde Torshavn

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Souvenirsde Torshavn
Par AFP|Ecrit pour TF1|2009-08-12T09:30:00.000Z, mis à jour 2009-08-12T09:30:00.000Z

C'est la troisième fois depuis le début de l'ère Raymond Domenech que l'équipe de France pose ses valises aux Iles Féroé. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les deux premiers voyages à Tórshavn sont restés dans les mémoires. Pour le meilleur et pour le pire...

LE JOUR OÙ DOMENECH A CHANGÉ


Raymond Domenech peut en témoigner. Il se passe toujours quelque chose aux Iles Féroé. C'est là-bas que l'actuel sélectionneur de l'équipe de France a dirigé son premier match officiel à l'extérieur. En cas de nul ou de défaite, cela aurait sans doute été le dernier. Son Chypre à lui. Quand les Bleus débarquent à Torshavn en septembre 2004 pour leur troisième match des éliminatoires de la Coupe du monde 2006, ils sont en plein doute après deux nuls au Stade de France face à l'Eire et Israël. Orpheline de plusieurs cadres, dont Zidane et Makelele, qui ont pris leur retraite internationale après l'Euro portugais, la France se cherche une âme. Mais aux Iles Féroé, elle est surtout venue chercher trois points. Elle ne demande pas plus. Elle va les obtenir, au terme d'un match insipide, remporté 2 à 0, dont un deuxième but, signé Djibril Cissé, en position de hors jeu.


A l'issue de la rencontre, Domenech lâche une phrase qui va faire du bruit et lui sera reprochée: "Aujourd'hui, j'ai vraiment raclé les fonds de tiroir." Une petite phrase que Robert Pires, alors un cadre du groupe, ne lui a jamais pardonné. Il faut dire que l'ancien Messin s'était permis de critiquer les choix tactiques du sélectionneur. La réponse de ce dernier s'était voulue cinglante. Elle scellera la rupture entre les deux hommes. C'est après ce match que le sélectionneur a opté pour un mode de communication bien particulier, où la langue de bois côtoie le cynisme. "A la fin du match, expliquera-t-il plus tard, j'avais dit qu'on avait été mauvais. J'avais le droit de le dire car on avait même été particulièrement mauvais. La veille, on avait fait le pire entraînement qu'il m'ait été donné de diriger. Même durant ma carrière d'entraîneur de club. A l'époque je n'étais pas langue de bois. Maintenant je ne dis plus 'on a été mauvais', je dis 'on pouvait faire mieux !' " Pour l'anecdote, après le match, le brouillard avait empêché l'avion des Bleus de décoller. Les joueurs n'ayant pu bénéficier d'un jet privé envoyé par leurs clubs avaient dû patienter avant de repartir. Une histoire d'avion qui prête à sourire. Mais trois ans plus tard, quand les Français vont revenir aux Féroé dans le cadre des éliminatoires de l'Euro, plus personne ne va rigoler...


LA PEUR DE LEUR VIE


Souvenirsde Torshavn

"On a vraiment cru qu'on allait y passer." Patrice Evra résume le sentiment général qui a envahi les joueurs et le staff de l'équipe de France ce 13 octobre 2007. Au terme d'un incroyable périple, les Bleus ont bien failli ne jamais arriver à Torshavn. Ils décollent, avec du retard, de Villacoublay le vendredi matin. Direction... Aberdeen, en Ecosse, pour une escale destinée à faire le plein. Il y aura ensuite la frustration d'une demi-journée d'avion pour rien, des conditions climatiques dantesques rendant l'atterrissage impossible. L'avion des Français tourne en rond dans le ciel nordique, sans jamais pouvoir se poser. Résultat, finissent par rester dans l'avion, notamment pour une escale-dîner le vendredi soir à Bergen avant de tenter et manquer un nouvel atterrissage dans la nuit) de 10h45 à 23h00 vendredi. "C'était spécial, cela devait durer deux heures et demie et cela a duré quatorze heures, cela n'arrivera qu'une fois", raconte Nicolas Anelka.


Il en rigole aujourd'hui. Mais, quand le samedi, l'avion finit par se poser à quatre heures du coup d'envoi de la rencontre, plus personne ne plaisante, car la catastrophe est proche. C'est l'heure des sueurs froides: vent, piste courte, montagne proche, rétablissement brusque, tout y passe. "Des atterrissages comme ça, je n'en veux plus", lançait Domenech après la rencontre. "On a cru qu'on allait y rester", a récemment raconté Evra. "On a eu peur quand on a vu la colline de près", avoue Franck Ribéry. "Des atterrissages comme ça, je ne le ferais pas deux fois" , conclut Domenech. Paradoxalement, le patron des Bleus voit rétrospectivement dans cet évènement un acte fondateur de son groupe. "Dans la difficulté, explique-t-il, personne n'a protesté. En fait, c'était un vrai bon moment, pas évident, mais un bon moment à vivre", expliquait-il. Il n'empêche. Mardi, l'avion des Bleus s'est posé sans le moindre problème. Et ceux qui étaient là en cette journée d'octobre 2007 ont dû ressentir un profond soulagement.


TITI, L'EGAL DE PLATINI


La morale de l'histoire, c'est aussi que, malgré ses lacunes et malgré ses frayeurs d'ordre diverses, l'équipe de France a toujours trouvé le moyen de s'en sorti à Torshavn. Son joueur le plus emblématique de ces dernières années y a même écrit une page importante de son histoire personnelle. Et s'ils ne sont pas forcément nombreux à garder un grand souvenir de leur voyage aux Féroé, Thierry Henry fait partie de ceux-là. En octobre 2007, les Bleus se sont fait peur dans les airs, mais pas sur le terrain. Cette fois, leur victoire est nette et sans bavure (0-6). Auteur du deuxième but, Henry frappe pour la 41e fois sous le maillot bleu, pour sa 95e sélection. Il égale le record établi 20 ans plus tôt par Michel Platini. "C'est extraordinaire d'égaler le record de Michel Platini, souffle celui qui est alors la star d'Arsenal. C'est un joueur qui a fait rêver la France entière à son époque. Ça me fait plaisir d'avoir égalé ce record, mais le plus important était de gagner ce match". Henry le battra définitivement quelques mois plus tard, à Nantes, face à Lituanie.


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