Les trois conditions pour que Ben Arfa s’épanouisse au PSG

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Hatem Ben Arfa   PSG Oeil de Téléfoot
Par Paul Giudici - Agence CReaFeed|Ecrit pour TF1|2016-11-10T16:12:00.453Z, mis à jour 2016-11-10T16:12:01.486Z

Après avoir effectué la meilleure saison de sa carrière à Nice l’an dernier, Hatem Ben Arfa peine à gagner la confiance de son entraîneur, Unai Emery. Pour qu’il s’impose au PSG, nous avons trouvé trois conditions.

Il aura dû attendre novembre et la douzième journée Ligue 1 pour signer son premier geste décisif sous le maillot du Paris-SG en Championnat. Contre Rennes (4-0), dimanche dernier, Hatem Ben Arfa a mis à profit les vingt-deux minutes de temps de jeu accordées par Unai Emery pour offrir un but à Marco Verratti. Après près de trois mois de compétition, son tableau de bord affiche une passe décisive - un centre en retrait bien senti - et zéro but.

La statistique supporte difficilement la comparaison avec la saison dernière. A la même époque, “HBA” avait déjà marqué à sept reprises et offert deux passes. Il terminerait la saison avec 17 buts. Seuls Ibrahimovic, Lacazette et Cavani feraient mieux. Nice en 2015/2016, c’est la saison la plus aboutie de sa carrière. Elle lui aura permis de finir à la quatrième place en L1, d’être nommé au Trophée UNFP de meilleur joueur de la saison et de retrouver l’équipe de France.

Libre en juin dernier, Ben Arfa s’est fait draguer partout en Europe. Même le FC Barcelone a tenté de le recruter pour soulager son trio Neymar-Messi-Suarez. Lui a privilégié la France et Paris, la ville de cœur du natif de Clamart (Hauts-de-Seine). Tout semblait réuni pour que, à vingt-neuf ans, l’enfant surdoué - parfois terrible - du foot français s’impose dans un grand club. Quatre mois plus tard, il ne compte que 217 minutes de temps de jeu en L1 et à peine neuf en Ligue des champions. Lui entend toujours réussir au PSG et exclut tout départ au mercato hivernal. Il reste convaincu que sa situation va évoluer.

C’est possible, mais sous certaines conditions. Nous en avons déterminées trois. Son entraîneur Unai Emery détient les clefs.

Condition n°1 : qu’il soit managé différemment

Hatem Ben Arfa est un joueur “qu’il faut peut-être prendre dans le sens du poil.” Le conseil vient d’Alain Perrin, l’homme qui a orchestré la meilleure saison de Ben Arfa à Lyon (2007-2008). Il met le doigt sur le premier frein à sa réussite à Paris : il a besoin d’être reconnu, sinon cajolé, pour tout donner au groupe auquel il appartient.

Or, depuis son arrivée, ses relations avec Unai Emery sont complexes. L’entraîneur espagnol attend plus de travail de la part de l’international français (15 sélections) et le lui fait savoir en public. Le Basque le bouscule là où Claude Puel, l’an passé à Nice, semblait le choyer. “J’attends des performances plus élevées de sa part, avait insisté l’ancien technicien du Séville FC à la veille de la réception de Saint-Étienne (1-1) le 8 septembre. Il est ici pour cela et peut le faire. J’attends qu’il soit moins personnel et plus collectif. A Nice il faisait souvent la différence individuellement. Au PSG, il doit plus combiner avec ses partenaires. J’attends aussi qu’il fasse plus de travail défensif. Il doit améliorer son travail et attendre l’opportunité de jouer et de bien faire. S’il joue dix minutes, il doit bien jouer ces dix minutes.”

Titulaire et décevant face aux Verts, Ben Arfa avait assisté aux quatre rencontres suivantes depuis les tribunes. Une méthode radicale et surprenante. Le joueur n’a pas bronché en public. Son clan un peu plus. Il regrette notamment le peu de discussions entre les deux hommes. “Il faut accepter d’être patient, lui conseille Alain Perrin. On entre dans le registre de la compréhension des statuts. Je ne sais pas quelles sont ses relations avec l’entraîneur. Mais moi je lui parlais régulièrement. En privé, dans le bureau. Il était assez réceptif.”

Ce n’est pas la solution pour laquelle semble opter Emery pour l’instant. “Chaque entraîneur a sa méthode, rappelle Cris, partenaire de Ben Arfa à l’OL (2004 à 2008), désormais entraîneur des U19 du club. Il essaye d’aller un peu plus loin pour tirer quelque chose d’autre du joueur. Après, cela fonctionne ou non.”

Ce travail, les Niçois s’étaient évertués à le faire la saison dernière. “L’objectif était de lui redonner de la confiance pour qu’il s’exprime le mieux possible sur le terrain, explique Jean-Pierre Rivère, le président du Gym qui l’avait relancé après son interdiction de jouer pendant six mois. On voulait qu’il retrouve du plaisir.” Quitte à le traiter de manière un peu différente de ses partenaires. Son ancien coéquipier Nampalys Mendy, aujourd’hui à Leicester, avait souligné qu’il “avait besoin d’être aimé”, dans les colonnes de l’Équipe le 20 septembre. C’est vrai qu’il n’était pas au top pendant les entraînements. Il mettait toujours de la qualité, mais au niveau de l’intensité, il ne donnait pas tout. Il en gardait pour le match.”


Condition n°2 : qu’il ait davantage de liberté

L’effectif niçois n’a rien de comparable avec celui de Paris. Ben Arfa était LE joueur qui pouvait tout changer avec l’OGCN. ll ne bénéficie pas des mêmes dérogations dans un club du Top 8 européen. “C’est un artiste mais il est dans une équipe où il y en a beaucoup, confirme Rivère. Le cas de Nice n’est pas transposable à Paris. On l’avait pris pour certaines spécificités. Il est un peu hors-norme et on essayait de tirer le maximum de son style de jeu.”

Lors de ses entrées en jeu avec le PSG, Ben Arfa a tendance à vouloir trop en faire. Il veut faire basculer le match mais ne retrouve plus le relâchement qui était le sien à Nice. “C’est un garçon qui a besoin d’une certaine autonomie, de liberté, explique Perrin. A Nice l’équipe tournait autour de lui. Il pouvait s’organiser. Il a du mal à s'accommoder des contraintes tactiques. Notamment sur le travail défensif. Avec le temps, je pensais qu’il y arriverait davantage.”

Avec un entraîneur féru de tactique et adepte des séances vidéo à rallonge tel qu’Unai Emery, Ben Arfa n’est pas tout-à-fait lui-même. Si on est un peu trop précis dans les consignes, ça peut brider le joueur, ajoute son ancien entraîneur. Cela le freine dans son expression même s’il a le désir de répondre aux attentes. Parfois les joueurs de son profil ne savent plus s’il s’agit d’une prise d’initiative ou s’ils sortent du cadre. Il y a des hésitations et le joueur ne se lâche pas.”

“On essayait de corriger ses points faibles mais surtout de s’appuyer sur ses forces, éclaire Rivère. Hatem est un compétiteur, quelqu’un qui a besoin de jouer, de toucher le ballon. A Nice, on insiste beaucoup sur cette notion de plaisir. Mais quand on joue peu, on peut perdre un peu en prise de risque. Quand on n’est pas en confiance, c’est plus compliqué de tenter.”


Condition n°3 : que le PSG change de système de jeu

Pour que Ben Arfa trouve sa pleine expression, Emery doit revenir au 4-2-3-1 qu’il avait instauré en début de saison, notamment lors du Trophée des champions contre Lyon (4-1). Ce jour-là, il avait aligné Ben Arfa en pointe. C’est aussi le dispositif qu’il utilisait le plus à Séville. Mais le retour au 4-3-3, marque de fabrique du PSG sous Laurent Blanc (2013 à 2016), apporte davantage de garanties à l’équipe tout en marginalisant les chances de jouer de Ben Arfa.

“C’est un numéro 10, c’est évident, insiste un proche du joueur. On l’a fait jouer avant-centre. Il peut jouer gardien de but aussi… Si Paris veut avoir un joueur exceptionnel, vous le mettez derrière un attaquant. Ce n’est pas devenu un canard boiteux du jour au lendemain !”

La concurrence est rude. Les saisons de Lucas ou de Di Maria n’ont rien de fantastiques non plus, mais Emery les considère comme plus fiables. L’ancien Lyonnais retrouve le banc - ou n’en sort pas -  après chaque mauvaise prestation. Ses concurrents ont souvent une deuxième chance, voire une troisième si ce n’est un chèque en blanc pour l’Argentin recruté 63 millions d’euros en août 2015. Dans la hiérarchie, Ben Arfa pourrait même passer derrière Javier Pastore, enfin remis de ses problèmes à répétition aux mollets.

Imaginer Ben Arfa glaner une place de titulaire aujourd’hui, revient à miser sur des suspensions ou blessures de ces trois joueurs. A Nancy (2-1), le 15 octobre, l’entraîneur basque lui avait même préféré le jeune Jonathan Ikoné (18 ans) pour débuter à gauche. “Hatem est plus à l’aise à droite mais Lucas est aussi plus à l’aise à droite et en ce moment je préfère de la stabilité, s’était-il justifié. Je veux aussi faire jouer les joueurs là où ils se sentent le mieux.”

En creux, Emery confirme que l’ancien Niçois n’a pas les qualités suffisantes pour jouer ailleurs qu’à droite dans son 4-3-3. “Avec moi, il évoluait surtout sur le côté gauche, rappelle pourtant Perrin. Cela lui permettait de rentrer sur son pied droit. Il avait été très performant. Mais son meilleur poste, c’est derrière l’attaquant comme à Nice. Il peut partir à droite, à gauche, toucher des ballons et être concerné par le jeu. Quand il est exilé sur un côté, il peut se déconcentrer.”

Ben Arfa est dépeint comme serein et calme vis-à-vis de cette situation pour l’instant. Mais combien de temps pourra-t-il accepter ce statut précaire ? Les bases d’un cercle vertueux existent. “Mais il faut lui donner du temps de jeu, s’inquiète un proche. Il a besoin de retrouver le rythme des matches.” Et avec lui, la confiance de son entraîneur.