Comme un malaise...

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Comme un malaise...
Par Maxime DUPUIS, envoyé spécial à Knysna|Ecrit pour TF1|2010-06-20T16:30:05.000Z, mis à jour 2010-06-20T16:30:05.000Z

Patrice Evra, Jean-Pierre Escalettes et Jean-Louis Valentin n'ont pas convaincu en conférence de presse, samedi au sujet de l'affaire Anelka. Entre tentative de minimisation de l'incident et de détournement du sujet, les trois hommes se sont empêtrés dans leurs contradictions.

Ils sont arrivés à trois, Patrice Evra, capitaine de l'équipe de France, Jean-Pierre Escalettes, président de la Fédération Française de Football, et Jean-Louis Valentin, DG de la FFF. Pendant une demi-heure, montre en main, ce petit monde a réagi sur l'affaire Anelka, celle qui a poussé la Fédération à l'exclusion du joueur, coupable d'avoir insulté Raymond Domenech, jeudi à la mi-temps de France-Mexique (0-2). A l'arrivée, il ressort de cette conférence de presse comme une sensation de malaise. Gigantesque. L'impression que l'affaire qui secoue aujourd'hui le monde du football français et fait vaciller la FFF sur ses bases n'aurait jamais vu le jour si L'Equipe n'avait pas sorti l'info.


D'entrée de jeu, Jean-Pierre Escalettes commence par soutenir mordicus que la décision aurait été la même sans le scoop du quotidien, mais le patron de la FFF passe peu trop vite sur la forme pour être convaincant auprès de ses interlocuteurs et des Français. Le président souligne son choc lorsqu'il a découvert en Une et de manière "ostentatoire" les insultes de l'attaquant de Chelsea. Le message est brouillé. Une image confirme cette impression. Ce rictus de gêne sur le visage de Patrice Evra au moment de répondre à la question "Anelka aurait-il été exclu du groupe si l'info n'avait pas filtré ?" Le capitaine de l'équipe de France ne répondra jamais, coupé par le président de la FFF qui ne souhaite "pas refaire le monde".


Le capitaine de l'équipe de France se montre plus bavard lorsqu'il s'agit de lancer la chasse au "traitre". Cette fois, c'est terminé. Le groupe n'est plus sain. Les masques tombent. Enfin, serait-on tenté de dire. "Quand tu te rends compte qu'il y en a un qui sort toutes les infos, je ne dirai plus que le groupe est sain. Je ne peux plus me le permettre", affirme-t-il. "Le problème, ce n'est pas Anelka mais le traitre qui est parmi nous. Il faut éliminer ce traitre."


Evra connaît le traitre


Ce traitre, qui est-il ? Patrice Evra le connait-il ? "Bien sûr", répond-il avant d'être coupé. Cette révélation attendue n'ira pas plus loin, même si quelques minutes plus tard, il reviendra sur le sujet et affirmera que "quelqu'un parmi nous veut du mal à l'équipe de France". Un échange est lancé entre le joueur et un journaliste qui lui reproche la mise à l'écart de la presse depuis le début de la Coupe du monde. Escalettes arrive à la rescousse et revient sur le sujet initial : "Il y a des choses qui ne doivent pas sortir du vestiaire. Parce que c'est l'équipe de France, ça devient une affaire d'Etat. Je ne minimise pas la chose, assure le président de la FFF. Mais en faire la première page, c'est quand même gros."


Mais si c'est "gros" et que ça ne méritait pas un tel traitement, pourquoi Anelka a-t-il été prié de faire ses valises ? La FFF pédale dans la semoule. Jean-Pierre Escalettes assure que les mots, pas exactement ceux écrits dans L'Equipe selon lui, restent tout de même "inadmissibles", avant d'ajouter : "Ça a dépassé ce que l'on peut entendre dans un vestiaire." Généreusement, il nous livre même la version des faits telle qu'elle lui a été rapportée : "Nico est allé dans son coin et a prononcé ces paroles de manière audible. Raymond a continué. Il a fait semblant de ne pas entendre et a terminé son discours avant d'aller voir Nico et lui dire, tu ne rentres pas en deuxième mi-temps."


"L'obsession numéro un : vous débarrasser de Domenech"


Pendant ce temps, Jean-Louis Valentin écoute. Patrice Evra, la mâchoire serré et le regard noir, a hâte d'en finir. Et Raymond Domenech ? Il n'est pas là. Une nouvelle fois. Pourquoi ? "Il n'était pas prévu", lance Escalettes du tac-au-tac. "Vous non plus", lui répond-on de manière collégiale. Le sélectionneur donne l'impression de se dérober. Jean-Pierre Escalettes, pompier de service, défend son sélectionneur. "Vous en revenez toujours à votre obsession numéro un : vous débarrasser de Raymond Domenech", accuse-t-il. Un peu facile et hors sujet pour le coup. Surréaliste jusqu'au bout, cette demi-heure se terminera par un aveu : tous les joueurs ont défendu Anelka et souhaitaient le voir rester. Même le traitre.