Une équipe de rêve : Jaiyah Saelua tient sa victoire

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Une équipe de rêve - Jaiyah Saelua
Par François TOUMINET|Ecrit pour TF1|2015-04-03T21:13:00.000Z, mis à jour 2015-04-03T21:17:48.000Z

Premier joueur transgenre à évoluer dans une rencontre officielle de la Fifa, Jaiyah Saelua, née Johnny, est l'un des personnages centraux du documentaire Une équipe de rêve qui sortira sur les écrans en France le 10 juin prochain. L'histoire atypique de la sélection des Samoa américaines à la recherche du premier succès de son histoire. Rencontre.

La pire équipe du monde, comme on la surnomme depuis sa défaite en 2001 face à l'Australie 31 à 0, compte dans ses rangs quelques personnages hauts en couleur. Parmi eux, Jaiyah Saelua, premier joueur transgenre à avoir disputé un match de qualification à une Coupe du monde.

Un succès inattendu
Juchée sur de hauts talons, une cigarette sensuellement tenue du bout des doigts, elle capte immédiatement l'attention des passants. Sa veste en cuir, d'un jaune criard, sa jupe, aussi courte que ses ongles et ses cils sont longs, font aussi leur effet. Sans parler de son mètre quatre-vingt-trois qui en impose. Sur le trottoir, devant l'Hôtel Atala, dans le 8e arrondissement, Jaiyah Saelua patiente sagement avant de nous accorder une heure de son temps. Dans le film-documentaire, dont elle est vient vanter les mérites - Next Goal Wins (Une équipe de rêve en français), qui sortira en France le 10 juin - la jeune femme (26 ans) ne passe pas non plus inaperçue. Défenseur(se) central d'une sélection - les Samoa américaines - considérée comme la pire du monde et dont la quête d'une première victoire sert de trame au film, elle crève l'écran. Pas un hasard si c'est elle qui est envoyée au front pour la tournée promotionnelle en escale à Paris. New York, Londres, Sydney ou encore Yokohama avaient auparavant eu le privilège de la découvrir.

« C'est ma responsabilité de partager »
Car, oui, Jaiyah Saelua est une vraie découverte. Les plus avertis sur la chose footballistique se souviennent peut-être de son nom, ou plus sûrement de sa plastique, quand elle fût officiellement reconnue par la Fifa comme le premier joueur transgenre à avoir disputé une rencontre de qualification pour le Mondial. C'était en 2011. Aujourd'hui encore, inévitablement, les questions tournent autour de ce sujet sans que cela ne la contrarie. Au contraire. Son statut d'ambassadrice de la population transgenre ne lui pèse plus. « Au départ, j'étais un peu effrayée car tout cela était très nouveau et je ne savais pas comment les autres pays du monde percevaient les personnes transgenres et notamment dans le sport, confie-t-elle. Ça m'a été donné sans que j'aille le chercher mais aujourd'hui c'est ma responsabilité de le faire. Je veux partager. J'espère être une voix pour les autres femmes transgenres qui se sentent limitées dans leur pays. »

Une leçon de vie
Dans le sien - les Samoa américaines, archipel du Pacifique situées à 3700 kilomètres de Hawaï où elle réside aujourd'hui - les Fa'afafine, comme on les appelle là-bas, se sont affranchis des barrières depuis longtemps. Son intégration dans l'équipe nationale en a été naturellement facilitée. « Les Fa'afafine sont très respectés aux Samoa. Historiquement, ils sont vus comme un genre supérieur aux femmes et aux hommes, presque comme des demi-dieux. La colonisation, la religion ont un peu changé tout ça, mais ce respect reste. » Un respect qui transpire dans le documentaire et qui en a déjà dérouté certains. « Ça en dit long sur la société occidentale, remarque-t-elle en militante. Ils revendiquent leur développement, leur civilisation. Mais ils ont encore beaucoup de choses à apprendre quand on parle de leur perception des cultures indigènes. »

Jaiyah ose même un parallèle qui trouve son sens, entre son propre épanouissement au sein de sa sélection et celui de ses semblables dans son pays (environ un millier de transgenres sur 65 000 habitants). Elle en tire une belle morale : « Chez nous, tout le monde est accepté selon ses différences. C'est une des raisons qui fait qu'il y a très peu de délinquance et que la plupart des gens comme moi réussissent leur vie. Même s'il faut toujours s'en donner les moyens... » Une leçon parmi d'autres (avec celles de générosité, d'unité, de combativité, d'universalité du sport...) que le film, réalisé par les Britanniques Mike Brett et Steve Jamison, révèle au grand jour.