Par la volonté d'un homme

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Par la volonté d'un homme
Par Eurosport|Ecrit pour TF1|2010-04-29T21:28:04.000Z, mis à jour 2010-04-29T21:28:04.000Z

L'Inter est donc de retour au sommet du football européen. C'est le succès d'un groupe mais, avant tout, le triomphe d'un homme, José Mourinho. Entraîneur et personnage hors normes, le Portugais cristallise autour de lui les animosités les plus féroces comme le respect le plus profond.

Petit retour en arrière. José Mourinho s'est vraiment révélé au grand public européen un soir de février 2004. Lorsque son FC Porto a sorti à la surprise générale Manchester United, l'entraîneur portugais, extatique, a bondi sur la pelouse d'Old Trafford dans une scène de joie restée célèbre. Ce fut sa véritable naissance médiatique. Six ans plus tard, au Camp Nou, Mourinho a répété à peu près les mêmes gestes après la qualification de l'Inter pour la finale de la Ligue des champions au détriment du Barça. Entre ces deux scènes, Mourinho est devenu un personnage central du football européen. Jamais un entraineur n'avait été autant starisé.


Par la volonté d'un homme

Aux yeux de tous, la réussite de l'Inter est d'abord la sienne. Mourinho a complètement transformé cette équipe. D'un groupe talentueux mais impersonnel, il a su tirer le meilleur parti. Il a donné une personnalité à une équipe qui en était dépourvue jusqu'alors. Sa personnalité hors normes et son autorité lui permettent de tout obtenir de ses stars. Il y a un côté gourou chez lui. Il parviendrait à faire accepter à des cadres supérieurs de trimer 15 heures par jour en bleu de travail à l'usine tant que c'est pour le bien de l'entreprise. Il n'est qu'à voir comment Diego Milito et Samuel Eto'o se sont sacrifiés dans les tâches défensives mercredi soir à Barcelone.


Petites phrases et bourreau de travail


Il y a deux aspects chez Mourinho, indissociables l'un de l'autre, qui lui confèrent ce statut à part dans la galaxie des entraîneurs. Sa compétence et sa personnalité. Sur le premier point, il fait l'unanimité. Les qualifications de l'Inter face à Chelsea et le Barça sont, avant tout, des chefs d'oeuvre d'ordre tactique. Mourinho a surclassé Guardiola comme il avait dompté Ancelotti. "Mourinho est un phénomène", se délecte Massimo Moratti, dont le recrutement du technicien lusitanien fut assurément la meilleure idée de ces 15 dernières années. "Il est tellement intelligent, poursuit le président des Nerazzurri. Mais le plus fort, c'est la capacité qu'il a de transmettre cette intelligence à ses joueurs et à son équipe." Mourinho, ou l'intelligent contagieux. Mais c'est vrai, José a donné la leçon contre Barcelone. Le "Fabulous Eleven" du Barça n'a pas eu raison du "Special one."


Ce qui nous amène donc au côté si spécial, auto-décrété d'ailleurs, du Portugais. Mourinho, c'est le charisme personnifié. Une gueule consciente de sa gueule. Et qui s'en sert. José Mourinho est aussi modeste qu'il est stupide. C'est dire s'il est intelligent. "Quand je suis arrivé à Chelsea, ma tête était déjà énorme. Aujourd'hui, elle est encore plus grosse", avait-il un jour déclaré devant des journalistes anglais médusés. Mais l'animal médiatique joue de sa force de séduction et d'irritation. Ce petit jeu l'amuse et, plus important encore, le conforte dans sa posture. Il sert d'écran de fumée. Car derrière les petites phrases, Mourinho est avant tout un bourreau de travail, qui sait qu'on n'a rien sans rien.


Un Domenech qui gagne


De par sa personnalité, et, ce n'est évidemment pas négligeable, parce que ses résultats parlent pour lui, José Mourinho est adulé partout où il passe. Lors de son retour à Stamford Bridge au mois de février, il a été accueilli comme un héros. A San Siro, les Nerazzurri sont fous de lui. Et si le Portugais joue souvent la comédie quand il parle, il était bien sincère mercredi soir au Camp Nou à l'évocation de ses liens avec le peuple intériste. "J'étais déjà très proche des tifosi de Chelsea, mais je le suis encore plus de ceux de l'Inter", a-t-il confié, avant d'ajouter une inévitable pirouette. "J'aime l'Inter et ses supporteurs, mais pas le football italien." Tout Mourinho tient dans cette phrase. Attachant et agaçant. Avec lui, la provocation n'est jamais loin.


Toujours en première ligne, il est le personnage central de son équipe. C'était déjà le cas à Chelsea où il avait d'ailleurs réussi l'exploit d'obtenir un salaire plus élevé que celui de Frank Lampard, la vedette des Blues. Beaucoup lui reprochent de trop se mettre en avant, de faire parler davantage de lui que de son équipe. C'est ne pas comprendre que c'est aussi une façon de mieux protéger son groupe. Entraîneur énervant, Mourinho se fait détester du reste du monde pour mieux fédérer autour de sa personne ceux qui lui sont proches: staff, joueurs, supporters. Il défend toujours ses joueurs quand ils sont attaqués, se réservant seul le droit de les juger. A moins qu'ils n'adhèrent pas à ses principes d'exigence, comme Balotelli, les membres de son effectif n'ont rien à craindre. Mourinho est prêt à tout pour eux s'ils sont prêts à tout pour lui. Il est un pare-feu. Il se plait à cristalliser autour de sa personne les critiques et parfois même la haine. Il aime qu'on l'aime mais se délecte plus encore de l'inimitié qu'il peut provoquer. En ce sens, il y a du Domenech chez lui, sauf que le sélectionneur tricolore a camouflé la partie séduction pour ne garder que la faculté à exaspérer. Alors, faut-il vraiment reprocher à Mourinho de se prendre pour la star de l'Inter? Et si c'était simplement vrai?


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