Le vrai rôle de Fekir n’est pas (encore) de marquer, mais de faire marquer les autres

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Nabil Fekir Oeil de Telefoot
Par Nick Carvalho - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-10-14T10:30:28.280Z, mis à jour 2016-10-17T09:49:36.737Z

Contraint de jouer à la pointe de l’attaque lyonnaise, Nabil Fekir n’affiche pas le rendement attendu à son poste. Son vrai registre, c’est de faire briller les autres.

Il s’y est essayé à plusieurs reprises. De toutes les manières : de loin, de près, en force, en finesse. Sans réussite. Benjamin Lecomte, le gardien adverse, a tout repoussé. Le 24 septembre, Lorient s’est imposé face à Lyon (1-0), lors de 7e journée de Ligue 1. Nabil Fekir, lui, est reparti bredouille du stade du Moustoir. Ce jour-là, l’international français a été intenable sur le front de l’attaque. Toujours dans les bons coups, remuant en contre-attaques, précis dans ses ouvertures. Il ne lui a manqué qu’une seule chose, l’essence même du football et du poste d’attaquant : marquer un but.

Revenu de blessure à la mi-septembre, l’attaquant de vingt-trois ans dépanne en pointe, en l’absence d’Alexandre Lacazette, indisponible jusqu’à cette semaine. Sur ses quatre matches disputés depuis son retour, deux d’entre eux l’ont été dans ce rôle inhabituel. Et pas forcément idéal. La première fois, c’était à Lorient, jour de défaite. La deuxième, c’était à Saint-Etienne, en Ligue 1, le 2 octobre. Ce soir-là, les Gones ont battu leurs rivaux de toujours (2-0). Là-encore, Fekir n’avait pas réussi à marquer, malgré une prestation convaincante et une passe décisive.


Sur ce point, Fekir est encore perfectible (2 buts cette saison). C’est un chiffre modeste pour un tel joueur. Lors de sa seule saison aboutie au plus haut niveau, à savoir en 2014-2015, il figurait dans le top 10 du classement des buteurs avec treize réalisations (9e). Face à Montpellier, le 21 septembre, il avait même été auteur d’un doublé, le jour de son retour (5-1). Mais ses nombreuses tentatives infructueuses prouvent qu’il a encore une marge de manœuvre importante.

Fekir n’est pas un neuf

Jusqu’à présent, Fekir n’est pas un buteur. Il fait marquer les autres. Fekir n’est pas un numéro neuf. Il est « neuf et demi » comme aiment le dire les Italiens. C’est dans cette liberté qu’il se plaît le plus, là qu’il est le plus dangereux. A ce poste, il peut décrocher, s’excentrer à gauche, à droite, redescendre d’un cran, repartir à toute vitesse. Cette saison, il a connu son match le plus abouti à ce poste, face à Montpellier, le 21 septembre (5-1). Face au MHSC, Fekir avait marqué un doublé. L’un de ses deux buts en dit beaucoup sur son style de jeu.

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A la suite d’une phase collective ponctuée par des passes en première intention, Fekir hérite du ballon. Situé à droite de l’attaque, à quelques mètres de la surface montpelliéraine, il repique dans l’axe, fixe ses adversaires directs et transmet à Rafael, parti dans son dos. Le Brésilien lui remet immédiatement. Fekir conclut ce une-deux d’un but du gauche. Sur cette action, Fekir est partout : à la construction, à la conclusion, en dehors et à l’intérieur de la surface de réparation. Une telle omniprésence n’est pas à la portée d’un attaquant de pointe, même un faux numéro neuf. Accompagné d’un attaquant devant lui, et non derrière, Fekir peut combiner avec lui, s’appuyer sur lui, et surtout, le faire briller.

Fekir a besoin de Lacazette

Son association avec Lacazette, justement, a été la grande force de Lyon, en 2014-2015, lors de sa meilleure saison. A eux deux, ils avaient pesé pour plus de la moitié des buts de leur équipe en Ligue 1 (40 sur 72, soit 55,5 %). Et, comme Fekir, Lacazette avait réussi sa saison la plus prolifique, avec vingt-sept réalisations en Championnat. C’est avec lui qu’il s’entend le mieux, que Lyon joue le mieux. Et c’est avec lui que Fekir peut grandir, et devenir un meilleur buteur.


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A l’époque, Lacazette lui servait de point d’appui. Il attirait l’attention des défenseurs, par ses appels, par sa présence. Fekir s’engouffrait dans le dos des défenseurs, s'immisçait dans les espaces, s’éclipsait pour mieux frapper. Il en a les qualités. Il percute, il est vif, il est technique. Koscielny, son coéquipier avec les Bleus, le dit lui-même en conférence de presse, le 4 octobre dernier : il a les qualités pour réussir au plus haut niveau international.

Il y aurait même du Lionel Messi chez le Lyonnais, selon les témoins les plus enthousiastes : « Il me fait penser à lui dans ses petits pas d’ajustements, dans ses appuis et ses un contre un. » Koscielny s’est bien gardé de citer la qualité principale de l’attaquant argentin : sa propension à marquer des buts à la pelle. A terme, l’objectif de Fekir n’est pas d’en faire autant. Ce ne serait pas réalisable, tant Messi est unique en son genre. N’en marquer que la moitié serait déjà remarquable. A ce moment-là, seulement, le parallèle avec le joueur de Barcelone et un positionnement de vrai numéro neuf aura sa pleine légitimité.