Téléfoot / Wimbledon - Federer, la légende qui aimait le football

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Par Alexandre COIQUIL|Ecrit pour TF1|2017-07-20T12:30:46.302Z, mis à jour 2017-07-21T07:27:21.614Z

Vainqueur de son 19e tournoi du Grand Chelem et d'un historique huitième titre à Wimbledon, dimanche à Londres, Roger Federer a de nouveau marqué de son immense empreinte l'histoire du tournoi anglais et du tennis. Pourtant, le Suisse n'a pas que la petite balle jaune dans son cœur. Il est aussi un amoureux du ballon rond. Un sport qui a accompagné ses jeunes années et qui l'accompagne toujours.

Federer : une vie entre le tennis et le football 

Question à 19 millions de dollars : qu'est-ce qui rapproche Rafael Nadal et Roger Federer ? Allez, c'est facile. Il y a les victoires en Grand Chelems certes, une passion dévorante pour ce magnifique sport qu’est le tennis et le sport en général, l’amour de la compétition et probablement bien d’autres choses dont on ignore l’existence. Mais il y a également le football. 

Si l'amour pour un sport devait réellement se mesurer, probablement que Rafael Nadal aime actuellement plus le football que Federer. Devenu au fil des années le plus grand supporter du Real Madrid dans le monde entier, le Taureau de Manacor en est également devenu son meilleur ambassadeur.  Rien de l’actualité du géant madrilène, n’échappe au Majorquin qui connaît son dossier sur le bout des ongles. Dernière preuve en date à Roland-Garros où l’homme aux dix Coupes des Mousquetaires avait détaillé à Guy Forget, le directeur du tournoi, le schéma de jeu à venir du Real Madrid qui allait affronter (et battre) la Juventus Turin en finale de la Ligue des champions à Cardiff. Et le tout avec une extrême minutie et une passion débordante. 


Joueur au talent reconnu par tous, Nadal, qui tape dans la balle dès qu'il en a l'occasion, a été confronté comme de nombreux joueurs sur le circuit - comme Roberto Bautista Agut qui avait évolué dans les équipes de jeunes à Villarreal - à son plus jeune âge au choix cornélien de devoir choisir entre le football et le tennis. L’histoire officielle dit que la décision n’a pas été difficile pour le clan Nadal, tant Rafael était doué raquette en main. On le croit sur parole. 


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"Si Federer avait choisi le football, Il serait allé jusqu'en équipe nationale"

Une histoire moins connue des passionnés de tennis, mais tout aussi énigmatique : le rapport qu'entretient Roger Federer avec le football. Vainqueur dimanche dernier de son 19e titre du Grand Chelem à Wimbledon, où il est également devenu le joueur le plus titré de l’histoire du tournoi devant son idole Pete Sampras et le Britannique William Renshaw (7 titres), l’Helvète a lui aussi été confronté à un cruel dilemme lors de ses jeunes années : choisir entre le football et le tennis. Avec cette grande incertitude qui existait autours des deux options pour son futur. Là aussi, l’histoire officielle dit que le choix n’a pas réellement traîné. Déjà champion national chez les moins de douze ans, Federer avait déjà atteint un certain niveau au moment de trancher. 

Grand amateur de sport de balles, le Bâlois a longtemps partagé son temps entre les courts de tennis de son club à Bâle, le Tennis Club "Old Boy", l'un des plus prestigieux de la ville suisse, où sa mère Lynette était inscrite, et le club de football du Concordia Basel, lui aussi un des plus réputés de la troisième ville du pays, sans toutefois avoir le standing du géant, le FC Basel. Si Nadal a le RCD Mallorca dans la peau, ainsi que le Real Madrid, Roger Federer a logiquement passé la bague au doigt au FC Basel dont il est un indéfectible supporter et représentant. La légende est tenace, mais Federer n’a jamais été convié à rejoindre les rangs du FCB durant ses jeunes années. 



Revenu sur le devant de la scène en Europe lors de la saison 2002/2003, où il s’était qualifié pour le sélectif 2e tour de la phase de groupes de la Ligue des champions, en éliminant le Liverpool de Gerard Houiller au passage, le FCB et ses couleurs bleu et grenat, qui ont inspiré le maillot du Barça, est resté un client sur la carte européenne où il se qualifie souvent pour la C1. Son image est elle aussi associée de manière indélébile à celle de Federer qui se rend aussi souvent qu’il peut au Parc Saint-Jacques. Dernier exemple en date la saison dernière où le natif de Bâle, alors en pleine période de repos après sa blessure au genou, avait assisté à la rencontre de C1 entre son club de toujours et le Paris Saint-Germain. Ce jour-là, l'impression qui dominait c'est que le club de la capitale affrontait un peu le FC Bâle de "Federer." Ou quand la notoriété d'une seule personne explose tout un cadre. 

L'attrait des grands sportifs pour le ballon rond a probablement contribué à la montée en puissance du football en Suisse depuis trente ans. Une montée en puissance retardée par le grand creux vécu par l'équipe nationale de football, l'historique Nati qui avait disparu des écrans radar des compétitions internationales (40 ans sans Coupe du monde entre 1966 et 2006, première participation à l'Euro en 1996) lors de la deuxième partie du XXe siècle. Le football a aussi souffert de la comparaison avec les sports nationaux. Les résultats de l'équipe nationale de hockey sur glace ainsi que les exploits sur les skis de Pirmin Zurbriggen, Dider Cuche et consorts ont toujours eu plus de poids, surtout une fois l’hiver arrivé. L’autre amour de RF, va pourtant à cette Nati, la sélection nationale de football, dont il est un très grand supporter devant l’éternel. Un supporter sévère mais juste. Un supporter critique quand il faut l'être, comme lors de la Coupe du monde 2014 où il avait dit tout fort ne pas croire aux chances des hommes d'Ottmar Hitzfeld. Quand l'icône parle, on l'écoute. La caisse de résonance est énorme.



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C’est dans "Roger Federer - The Greatest", l’une des nombreuses biographies de Roger Federer écrit par le journaliste Chris Bowers, où on en apprend le plus sur le footballeur qu’il était et qu’il aurait pu devenir. Cela ne surprendra personne mais l’homme aux 19 Majeurs et aux 93 titres sur le grand circuit a évolué au poste d’attaquant lorsqu’il portait le maillot bleu intégral du Concordia Basel. Attaquant, ce poste qui attire la lumière et qui conserve aussi un statut unique de poste le plus personnel. Et au football, Federer se débrouillait bien de l’avis général. Alors la question se pose : aurait-il pu passer professionnel ? Oui a en croire Seppli Kacovsky, son premier professeur de tennis au TC Old Boys de Bâle. Resté dans l’ombre de l’Australien Peter Carter, le mentor de Federer, et de Pierre Paganini, l’historique préparateur physique de l’ancien N.1 mondial, le Tchèque est celui qui lui a donné les bases de son tennis et qui le connaît sous un aspect différent.

"Je suis personnellement convaincu que si Il avait choisi le football, Il serait allé jusqu'en équipe nationale", a analysé Kacovski dans la biographie de Chris Bowers. "Je ne l'ai vu jouer que deux fois Mais Il a avait marqué trois buts en deux matches. Sur l'un de ces buts Il avait pris le ballon dans son Camp, avant de remonter le ballon sur 60 mètres et marquer." Si le Tchèque n’était pas un spécialiste du ballon rond, son avis n’en perd pas pour autant en poids. Quand Federer jouait au football, il était tout aussi impliqué que sur un court de tennis. Même trop à en croire son compatriote et ami d’enfance, Marco Chiudinellli qui a eu la particularité d’affronter Federer sur les courts de tennis mais aussi sur les terrains de football quand il évoluait dans les équipes de jeunes du FC Basel. "Quand on gagnait avec Bâle, Il pleurait. Quand le Concordia gagnait, c'est moi qui pleurais. Cela signifiait beaucoup pour nous", expliquait également dans la biographie "Federer" l’actuel 150e au classement ATP. 

Même son de cloche chez Theresa Fischbacher, l’ancienne instructrice de Federer à l’école primaire bâloise de Neuewelt où le football était roi. Pas de doute pour elle, Federer était un mordu absolu du ballon rond. "Il était difficile de l'imaginer sans un ballon dans les pieds. Il disait souvent : "Je veux devenir un footballeur." Pendant longtemps j'ai ignoré qu'il jouait également au tennis. Et même si je l'avais su j'assume le fait de dire que cela devait être une activité secondaire à cause de sa passion pour le football", a-t-elle détaillé. "Je dois admettre qu'il était très bon et Je n'aurais pas été surprise qu'il devienne footballeur."


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Le choix qui n'en était pas un

Passé professionnel en tennis en 1998, après avoir remporté Wimbledon chez les juniors et également remporté l’Orange Bowl aux Etats-Unis, le prestigieux tournoi américain, considéré comme étant un cinquième Grand Chelem dans le circuit juniors, Federer a toujours insisté sur le fait qu’il ne serait probablement pas devenu un footballeur professionnel quand on a lui posé directement la question. La raison est simple : il a depuis son plus jeune âge toujours donné une priorité au tennis. Au point de rater un nombre conséquent d’entraînements avec le Concordia. Le football a d'ailleurs souvent eu vocation à lui changer les idées quand cela ne fonctionnait pas au tennis. Et vu le caractère explosif du bonhomme dans ses jeunes années, l'autre sport a fait du bien. De l'avis général, le Bâlois avait surtout un caractère trop "individualiste" pour s'épanouir dans un sport où il faut savoir accepter ses propres erreurs, mais également celles des autres. Le grand combat du Federer jeune en version multipliée.

"Je jouais au tennis et au football en semaine. Mais j'ai toujours privilégié le tennis par rapport au football. Donc je ne pouvais pas participer à tous les entraînements", a appuyé le Suisse dans sa biographie "Federer".  "Le coach me disait que si je ne participais pas à toutes les sessions Il ne pourrait pas me mettre dans l'équipe. Je ne pouvais pas d'ailleurs participer à tous les matches car je j'essayais aussi de jouer des tournois de tennis même si je savais que je jouais dans l'une des meilleures équipes et que j'étais surclassé.

Federer offrant le titre de champion de Suisse au FC Basel et le but de qualification à la Coupe du monde pour la Nati, un rêve mort-né qui est même devenu une légende. La tentation de l’imaginer offrir le même plaisir jubilatoire dans un autre contexte est en effet très forte. Elle prête à tous les fantasmes et aux raccourcis possibles. Très analytique, Federer n'a jamais vraiment envisagé l'option ballon rond. "Je savais que je ne pourrais pas pratiquer les deux jusqu'à ma mort. J'aurais dû par exemple améliorer mon pied gauche, qui était mon principal point faible. Donc j'ai finalement pris la décision d'opter pour le tennis", a conclu l’homme le plus titré de l’histoire de Wimbledon qui n'a jamais changé de discours sur le sujet.

A y réfléchir sérieusement, heureusement que Federer, forte tête au caractère volcanique lors de son adolescence, n’a pas choisi de persister avec le Concordia et opté pour de bon pour le tennis. Heureusement aussi que Toni Nadal ait été assez persuasif pour que le petit Rafael garde sa raquette de tennis en main, et abandonne son coup droit à deux mains pour s’essayer de jouer avec son mauvais bras, le gauche, au lieu d'aller trop traîner sur les terrains de football. Le football a bien failli nous priver de la plus grande rivalité de l'histoire moderne du sport et du tennis en lui-même (on laissera les experts débattre pour hiérarchiser Federer / Nadal dans l’histoire du tennis). L’histoire, elle, en a voulu autrement. Et on la comprend.


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La balle de match de Federer à Wimbledon 2017





Federer et ses idoles : Entre Sampras, Edberg et Pelé, Henry a une place bien spéciale dans le coeur du Suisse

Les idoles d'enfance de Federer se comptent sur les doigts d'une main. En tennis, cela a toujours plutôt simple, l'homme aux 93 titres sur le grand circuit aimait les attaquant qu'étaient Stefan Edberg et Pete Sampras, qui comptent à eux deux neuf victoires en simple à Wimbledon, le tournoi référence pour Federer qui en a fait son jardin. 

Au football, il y en a eu un peu plus : Pelé, Marco van Basten, Gabriel Batistuta, Zinédine Zidane et Luis Figo ont les faveurs du Suisse qui aime décidément les esthètes et ce qu'ils peuvent produire. Ce qu'on retient surtout, c'est que Federer aime les joueurs offensifs, capables de faire le bon geste au bon moment et de créer quelque chose.



Il y a par contre un sportif qui a une place encore plus spéciale dans le panthéon personnel de Federer : Thierry Henry, qu'il a tout particulièrement admiré et qu'il cite souvent en exemple.  Ce respect, Federer, pudique, ne l'a jamais crié sur les toits mais il l'a fait savoir maintes et maintes fois Au point même de prendre sa défense après la polémique de la main menant à l'égalisation de l'équipe de France face à l'Irlande en barrages de la Coupe du monde 2010 (0-1, 1-1 a.p). 

"Tout s'est passé en une seconde. On ne peut pas lui en vouloir pour avoir continué à jouer si l'arbitre n'a rien vu. C'est la faute du système et de l'arbitre. Cela arrive tellement souvent. Il y a tellement de buts qui ne sont pas des buts. C'est seulement un de plus", avait-t-il expliqué se montrant même favorable à la vidéo dans le football. "Avec la technologie qui existe, ils pourraient peut-être faire quelque chose comme ce qui existe en hockey. On ne peut pas arrêter le jeu tout le temps et tout analyser, mais on peut faire certaines choses."





Sources articles : 

Les citations sont tirées du livre Roger Federer: The Greatest écrit par Chris Bowers et paru en 2010.

Passage sur Thierry Henry : Le Parisien

en savoir plus : Equipe de Suisse de Football

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